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Les deux playlists que j'ai faites ne fonctionnent plus, ou alors une fois sur cinq...

Je vérifie de temps en temps les articles que je poste dans "Best of musique"

et si les vidéos ne fonctionnent plus, je les remplacerai alors par

des liens directs vers des sites de vidéos.

 


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Mardi 3 novembre 2009

En 2007, Tom Petty a reformé Mudcrutch, son premier groupe,
auquel appartenaient déjà Mike Campbell (guitar) et Benmont Tench (piano).
Le disque ci dessus est sorti en 2008.



A écouter absolument : Shady Grove.
(Désolée pour la pub qui est diffusée juste après la vidéo, mais on n'est pas obligés de l'écouter non plus )



Vraiment super, ce "Lover of the Bayou" !





"Orphan of the Storm"
J'aime beaucoup, beaucoup, beaucoup ce morceau...





Et pour finir,  Scare Easy


Un album cinq étoiles !!!



Si vous souhaitez mieux connaître Tom Petty et ses Heartbreakers, cliquez ICI.

Par Surya - Publié dans : Best of musique
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Jeudi 29 octobre 2009

« Je veux franchir les limites et les barrières qui séparent les différentes cultures, mélanger les différents styles de musique, les laisser se couler et s’entremêler dans une danse commune. La musique est la seule langue que le monde entier comprend, au-delà des cultures, des religions et des croyances – de la musique pour le corps, le cœur et l’âme. »

 

Telle est, à peu près traduite, l’introduction que l’on peut lire sur le site internet de Karunesh, de son vrai nom Bruno Reuter, musicien atypique allemand, né à Cologne en 1956. Il s’intéresse à la musique dès son enfance, et a joué dans son adolescence dans des groupes.

Mais c’est après un très grave accident de moto en 1979, dont il a miraculeusement réchappé, qu’il a probablement éprouvé une sorte de révélation. Après avoir côtoyé de si près la mort, sa vie est bouleversée. Il part en Inde, où il vivra quelques années dans un Ashram. Il y prendra le nom spirituel de Karunesh, terme Sanscrit qui signifie ‘Compassion’, et sortira de cette expérience transformé.

 

De retour en Allemagne, il rencontrera des musiciens du monde entier, s’intéressera à la World Fusion, musique mêlant les influences traditionnelles de la World Music avec des compositions plus ‘modernes’, et se plongera également dans la musique New Age, de relaxation et de méditation. Il sort son premier album en 1984. Très créatif, jamais à cours d’inspiration, il n’a plus cessé de composer depuis. Karunesh a récemment sorti un nouvel album.

 

A des années lumière de beaucoup de musiques « New Age » que l’on pourrait qualifier de superficielles, voire même d’inconsistantes ou creuses, la musique de Karunesh est la fusion parfaite de tous ces styles très différents évoqués plus haut, qui composent sa musique si personnelle, si riche, une musique d’une grande délicatesse mais aussi d’une grande pureté (tout particulièrement dans le titre « Calling Wisdom »), si pleine de chaleur et de sensibilité comme dans le morceau « Ancient Voices », d’où il ressort un grand sentiment de paix et de sérénité. Beaucoup de ses morceaux sont de véritables joyaux musicaux, des pierres précieuses taillées avec beaucoup de soin et de finesse.

 

Sur nombre de ses disques, les morceaux unissent à la perfection les influences indiennes et d’Extrême Orient, qui sont ses principales sources d’inspiration, et sur d’autres, on trouve des morceaux qui reflètent les influences orientales, turques ou arabes, ou celles de la musique aborigène avec l’introduction du didgeridoo sur l’album Global Spirit.

Outre les instruments modernes ou électroniques qu’il utilise, les sons d’une grande subtilité des cloches et des « chimes », ces carillons faits de tubes métalliques très souvent utilisés dans les musiques de relaxation, Karunesh intègre donc des instruments traditionnels des musiques du monde, tels les flutes ou les xylophones asiatiques, en particulier du Japon et de Chine, ou le tabla et le sitar indiens.

Il ajoute parfois à ses compositions des voix humaines, glissant par exemple au milieu du morceau « Calling Wisdom » des voix très mystérieuses, caractéristiques de son style, où le chant semble venir directement de l’au-delà, à moins qu’il ne soit le produit d’un mélange totalement homogène entre toutes les langues et les sonorités que les Hommes ont inventées, ou associant également les voix d’artistes interprétant des mélodies traditionnelles comme c’est le cas pour « Penjab » ou « Om Namo ! »

Une courte introduction d’une minute trente environ, où l’un des instruments est plus particulièrement mis à l’honneur, précède aussi très souvent la mise en place de tous les instruments, y compris les synthétiseurs.

 

C’est sans doute cette recherche du mélange parfait, de la synthèse et de la fusion totales entre les différents styles de musique, entre tous les êtres, entre le ciel et la terre et tous les éléments, qui caractérise le mieux la musique de Karunesh.

 

« Il est important qu’il y ait dans mes compositions un lien entre le corps, le cœur et l’âme. Le rythme est la nourriture du corps, les mélodies celles du cœur, et les atmosphères celles de l’âme. »

 

 

Quelques suggestions d’albums parmi les nombreux qu’il a produits.

 

2001 - Zen Breakfast. Influence asiatique majoritaire. C’est sur cet album que se trouve le magnifique « Calling Wisdom », ainsi que « Returning to Now », et d’autres belles compositions. Un de ses meilleurs albums.

 


2003 – Global Spirit, qui contient entre autres le titre « Punjab », et « Call of the Tribes ».

 

 



2004 - Call Of The Mystic. Influences asiatiques et indiennes, sur lequel on trouve le sublime « Ancient Voices », mais aussi « Monsoon’s dance », « For the Joy of it All », ou encore « Hearing you Now ». Il est souvent considéré comme son meilleur album.

 


2006 - Joy Of Life. Influence indienne majoritaire sur cet album, comme le suggère la pochette du disque. On y trouve aussi des titres comme « Flowing Bamboo », ou "Shruti’s Song."

 

 

Il existe également une compilation intitulée « L’essentiel de Karunesh » où l’on peut toutefois regretter une coupure brutale dans le démarrage de la flute chinoise du morceau « Calling Wisdom ». Dans la version originale que l’on peut entendre en cliquant sur le lien ci-dessous, l’instrument démarre en effet avec beaucoup de douceur.

 

 

A écouter sans plus tarder.

 

1) Calling Wisdom. Une introduction d’environ une minute cinquante à la flute japonaise, relayée ensuite par une flute chinoise. Superbe titre à classer parmi ses plus beaux morceaux.

 

 

2) Ancient Voices. Magnifique morceau, peut être même son plus beau, d’iinspiration indienne, que l’ont peut écouter sur google vidéo. Pas d’image, juste le son, et la vidéo doit être démarrée manuellement.

On peut également l’écouter directement sur le site qui l’héberge où il est parfois un peu plus long à se charger.

Un court extrait est également présent sur le site officiel de Karunesh.

 

 

3) Om Namo !  Beau titre influencé par les mélodies turques, présent sur le disque Global Village, non présenté ici.

 

 

4) Punjab. Belle chanson d’inspiration indienne.

 

 

Site officiel de Karunesh.

 

Quelques photos de l’artiste.

 

 

 

 

 

Par Surya - Publié dans : Best of musique
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Mardi 27 octobre 2009
Par Surya
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Mercredi 14 octobre 2009

Quelles sont donc ces empreintes géantes découvertes en avril dernier à Plagne, dans le massif du Jura, entre Oyonnax et Bellegarde ? La région n’est pourtant pas réputée pour héberger des Dragons, le célèbre Yéti ou un autre de ces redoutables monstres mythologiques. Rassurez vous, il s’agit en fait de traces de Dinosaures, de la famille des Sauropodes, dont font partie les Diplodocus et les Brachiosaures, ces derniers ayant tenu le rôle des « gentils » dans le film « Jurassic Park ». Mais si le film était sympathique et visuellement réussi, il ne faut pas oublier que les Dinosaures appartiennent au monde de la réalité. Ils ont bel et bien peuplé notre planète, et la rencontre avec les traces de leur lointain passage provoque toujours un grand émoi chez les scientifiques.

 

 

Des traces, seulement des traces, mais alors, quelles traces ! Elles mesurent entre 1,20 et 1,50 mètres de long, et on peut même lire jusqu’à 2 mètres de long dans certains articles ! On imagine la taille colossale des pieds qui les a faites ! Il s’agit ni plus ni moins des plus grandes traces de Dinosaures découvertes à ce jour.

La taille de ces traces laisse songeur quant à la taille des bêtes elles-mêmes. Il suffit de regarder cette image pour se rendre compte du gigantisme impressionnant des Dinosaures de la famille des Sauropodes, parmi les plus grands animaux, sinon les plus grands, ayant vécu sur Terre. De nos jours, seule la baleine bleue, menacée d’extinction, avec ses 180 tonnes et ses 31 mètres de long, est en mesure de rivaliser avec eux.

Les Dinosaures sont nos prédécesseurs, ils ont été les habitants, les maîtres incontestés, avant leur extinction définitive, de « notre » planète, que nous avons désormais tendance à considérer comme notre propriété exclusive, au détriment de la nature que nous n’avons de cesse de vouloir modifier à notre guise, et des animaux (on devrait même dire, des autres animaux que nous) que nous pourchassons et exterminons dans la plus grande indifférence.

Les Dinosaures font partie d’un passé si lointain, qui remonte à tant de millions d’années, sur une Terre où les paysages n’avaient tellement rien à voir avec ce qu’elle est devenue aujourd’hui, qu’on a un peu l’impression que tout cela s’est en réalité passé sur une autre planète. On a en effet trop souvent tendance à oublier que c’est bel et bien ici, sur Terre, notre bonne vieille Terre comme dirait le capitaine Haddock, que se sont baladés des millions de Dinosaures de toutes espèces et de toutes tailles (et dont les seuls tableaux de classifications donnent déjà le vertige), qu’ils ont évolué en toute liberté et en tous lieux, et pourquoi pas même à l’endroit précis où vous vous trouvez actuellement, mis à part bien sûr que le panorama a bien changé depuis lors.

Notre arrivée sur Terre n’est qu’un concours de circonstances, et si la météorite géante (l’une des théories expliquant la soudaine disparition des Dinosaures) n’avait pas provoqué le cataclysme que l’on connaît, nous ne serions peut être pas là pour en parler.

Aux marécages, forêts denses aux climats chauds, aux vertes prairies ou savanes qui recouvraient la Terre à l’époque où elle ne portait pas encore de nom, où ni l’économie, ni la politique, ni l’écologie, ni la science, ni la technologie, ni le langage, ni les conflits (nos cataclysmes des temps modernes, ceux là provoqués de façon intentionnelle) n’existaient pas, évoluaient donc des animaux gigantesques, herbivores ou carnivores, là où se trouvent maintenant dans nos pays, nos régions, des stations de métro, des usines, des déserts, du macadam recouvrant les trottoirs de villes tentaculaires ou de petits villages, des milliers de voitures et leur infernal concert de décibels, des champs cultivés, et encore un peu de nature à l’état sauvage, souvent confinée dans des « réserves » et des « parcs nationaux » pour ne pas la voir disparaître définitivement…

 

Tout a tellement changé que c’est presque hallucinant que l’on continue à retrouver encore des témoignages de l’existence des Dinosaures. C’est peut être aussi pour cela qu’une découverte d’ossements ou d’empreintes provoque un tel émoi. Car, même si les Dinosaures ont disparu depuis des millions d’années, notre planète continue à nous offrir, régulièrement, de nombreuses traces de leur existence, sous forme d’ossements, d’œufs, ou comme c’est le cas ici, carrément de traces de pas !

 

Mais faisons un petit retour en arrière. Les Dinosaures ne sont pas si éloignés de nous, après tout. Lorsqu’ils levaient durant la journée les yeux vers le ciel, si tant est qu’ils aient eu la curiosité de le faire, c’est bien le soleil qu’ils voyaient, le même que celui que nous voyons nous aussi, et la nuit, ils voyaient, exactement comme nous, la lune et ses différentes phases. Nous avons donc au moins cela en commun avec eux.

 

Alors imaginer qu’il y a peut être eu un jour un Dinosaure qui se baladait là où se trouvent maintenant les Champs Elysées parisiens où s’amuser à l’idée de voir soudain apparaître la tête d’un Sauropode à la fenêtre de son appartement situé au sixième étage, est une chose, mais avoir sous les yeux la preuve irréfutable, sous la forme de dizaines de traces de leurs pas, qu’ils sont un jour passés à l’endroit exact où vous vous trouvez actuellement en est une autre, et doit donc provoquer chez les paléontologues une émotion assez indescriptible.

 

C’est donc à l’endroit où sont passés le 5 avril 2009 les chercheurs et passionnés de nature Marie-Hélène Marcaud, enseignante, et Patrice Landry, géologue, tous deux membres de la Société des Naturalistes d'Oyonnax, que ces Sauropodes géants ont un jour imprimé de leurs énormes pieds ces empreintes qui se sont miraculeusement conservées jusqu’à nous parvenir intactes aujourd’hui, des millions d’années plus tard ! Evidemment, si l’on regarde la photo de cet article, ou celles présentées sur celui la, il est clair qu’un profane aurait sans doute du mal à reconnaître qu’il s’agit de traces de Dinosaures.

 

Où allaient-ils ? A quelle vitesse se déplaçaient-ils ? Quel était le but de leur périple et leur destination ? Etaient-ils en train de chercher leur nourriture ou partaient-ils s’installer un peu plus loin, lorsqu’ils ont traversé ce paysage ? La piste qu’ils ont empruntée (on aurait presque envie d’écrire « empreintée », si ce verbe existait) s’étend sur des centaines de mètres !

On trouve dans certains articles de presse relatant l’événement que les Sauropodes sont cousins des Diplodocus, et dans l’article Wikipedia consacré aux Sauropodes et mis en lien plus haut, que les Diplodocus et les Brachiosaures font partie de la classe des Sauropodes. (« On compte parmi les sauropodes les plus longs et les plus imposants dinosaures (brachiosaures, diplodocus, sauroposeidon) »

Tous les Sauropodes se ressemblent, à quelques détails près. Ce sont des quadrupèdes herbivores possédant un gigantesque cou, une longue queue, un corps énorme et une toute petite tête. Leurs pieds étaient même pourvus de griffes. On ne connaît pas l’utilité de celle qui se trouvait sur le pouce, et que certaines espèces semblent même avoir perdue au fur et à mesure des temps, ce que l’on a déduit par l’étude des traces qu’ils ont laissées. C’est d’ailleurs incroyable tout ce que l’on peut déduire par l’observation de leurs traces, par exemple en étudiant l’écart entre chacune d’elles qui renseigne notamment sur leur façon de marcher. On peut imaginer qu’un troupeau de ces Dinosaures avançant sur une piste devait faire trembler le sol au point que cela devait s’entendre peut être à des kilomètres à la ronde.

On sait également que certains Sauropodes possédaient même une armure, par exemple des épines plantées sur leur dos.

On peut voir sur cette image une comparaison de la taille de différents Sauropodes. Le plus long d’entre eux mesurait quarante mètres ! (Cliquer sur l'image pour l'agrandir).

On sait, donc, que les Sauropodes se déplaçaient en troupeau, car c’étaient des animaux grégaires, mais ce qui est étonnant, c’est que selon l’espèce de Sauropode, les troupeaux n’étaient pas constitués de la même façon. Ceux qui mélangeaient les âges se déplaçaient donc tous ensemble, et maintenaient les jeunes au centre du troupeau pour assurer leur protection, tandis que d’autres espèces formaient des troupeaux distincts en fonction de l’âge. Il y avait donc des troupeaux formés exclusivement de jeunes animaux, et d’autres regroupant seulement les adultes. On pense que cela était dû au fait que les jeunes n’avaient pas le même régime alimentaire que les adultes, alors il était plus pratique que chacun se regroupe et aille chercher son type de nourriture de son côté. Du coup, les chercheurs se demandent si, dans ce cas de figure, les adultes s’occupaient des jeunes, ou si les petits apprenaient très tôt à se débrouiller seuls.

On explique également la taille gigantesque de ces animaux par le  fait que cela leur permettait d’avoir un système digestif très long, et donc d’y conserver la nourriture plus longtemps, ce qui assurait leur survie s’ils traversaient une période de pénurie.

 

L’information de la découverte de ces traces de Sauropodes n’a été révélée au public que le 9 octobre dernier. Cette découverte a été qualifiée de colossale et d’extraordinaire par les paléontologues, et des études plus poussées du site devraient avoir lieu durant les prochaines années. Espérons que cela permettra d’en savoir encore plus long sur ceux qui furent parmi les premiers à peupler la planète Terre, et pour la plaisanterie, je dirai bien avant l’arrivée sur Terre d’autres monstres, de taille nettement plus réduite, mais dont le pouvoir destructeur qu’ils s’acharnèrent à exercer sur « leur » planète se révéla nettement plus colossal.

 

 

Principales sources :

 

Nouvel Obs


TF1 LCI


Dinosaures sur Wikipedia


Sauropode sur Wikipedia

 

La photo de la trace de Sauropode provient de Wikipedia et se trouve dans le domaine public. Elle ne représente pas les traces qui viennent d'être découvertes, que l'on peut voir dans les articles de presse référencés ci dessus.

 

 

 

 

 


 

Par Surya - Publié dans : Sciences
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Vendredi 2 octobre 2009

L’artiste Jane Birkin appelle à une veillée silencieuse mardi 6 octobre prochain de 21 heures à 23 heures, en soutien à Aung San Suu Kyi, toujours privée de liberté en Birmanie. Ce rassemblement, pour lequel elle demande de venir nombreux, munis d’une bougie, se tiendra sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris.

 

Aung San Suu Kyi, aujourd’hui âgée de 64 ans, a été condamnée pour le seul fait d’avoir laissé un Américain séjourner brièvement chez elle. Elle a fait appel, mais il a été rejeté le 2 octobre. Ce fait qu’on lui reproche a constitué le prétexte idéal que cherchait le pouvoir en place pour prolonger son assignation à résidence, qui devait s’achever à la fin du mois de mai dernier. Aung San Suu Kyi s’est donc vue infliger dix huit mois supplémentaires de résidence surveillée. Elle a déjà passé plus de quatorze années de sa vie privée de liberté !

 

Aung San Suu Kyi doit absolument être libérée ! Pour elle, assignée à résidence depuis trop longtemps, dont la santé se dégrade et dont la vie a plusieurs fois été menacée lors de tentatives d’assassinat, mais aussi pour les autres détenus politiques du pays et pour le peuple birman tout entier, pour qui elle représente un véritable espoir, celui de faire enfin entendre la voix de la démocratie et de la liberté dans leur pays. Bien entendu, sa nouvelle condamnation l’exclue d’office des prochaines élections de 2010…

Cette femme incroyablement tenace et courageuse a toujours continué de se battre, et n’a jamais baissé les bras. Doit-on la laisser continuer de se battre seule pour la liberté de son pays et de son peuple opprimé ? La communauté internationale a-t-elle l’intention de la laisser mourir privée de liberté, dans sa résidence surveillée, sans faire tout ce qui est humainement possible pour la libérer ?

 

Jane Birkin, qui se bat énergiquement sur tous les fronts pour obtenir sa libération, a également appelé à un retrait de tous les intérêts occidentaux de la Birmanie, ce qui est le vœu de l’opposante birmane, et s’attaque en particulier, et de façon très directe, à la firme Total. En 1992, (c'est-à-dire deux ans après le triomphe aux élections législatives du parti de Aung San Suu Kyi, la Ligne Nationale pour la Démocratie -avec 82 % des voix !-, élections non reconnues par la junte militaire qui a repris le pouvoir) la firme Total a signé avec la junte militaire birmane un contrat pour l’exploitation d’un gisement de gaz, soutenant ainsi financièrement la dictature militaire en place, et se justifiant en avançant l’argument de l’« engagement constructif », supposé créer des conditions de dialogue favorisant le progrès dans le pays… Total a ensuite décidé d’investir dans le social en Birmanie, mais les observateurs ont constaté que les sommes investies ne compensent absolument pas l’énorme soutien financier apporté au régime, qui se chiffre en millions de dollars.

Reste à savoir ce que nos gouvernements feront, à leurs niveaux, pour régler cette situation.

 

Jane Birkin, interviewée mercredi 30 septembre sur France Inter dans l’émission de Stéphane Bern « Le Fou du Roi », a répondu à la personne qui craignait que son rassemblement ne serve à rien, puisque les appels de la communauté internationale ne sont pas pris en compte par la junte au pouvoir, qu’elle est persuadée (et elle l’est à juste titre) que si des millions de personnes se mobilisent, et si l’on tape dans le talon d’Achille du gouvernement birman, c'est-à-dire bien sûr le portefeuille, on obtiendra la libération de l’opposante birmane. Elle a évidemment mille fois raison, car une mobilisation internationale monumentale ne pourra que faire réfléchir, puis fléchir ce gouvernement qui ne respecte pas les droits de l’homme et opprime depuis des années son peuple et celle qui le représente.

 

Tout le monde se souvient des manifestations du peuple birman et des moines bouddhistes qui ont eu lieu il y a deux ans et ont été très durement réprimées. On se souvient de ces Birmans qui défiaient en pleine rue, avec un courage stupéfiant et au péril de leur vie, les soldats postés à quelques mètres d’eux et qui, s’ils n’ont pas été tués, ont souvent écopé de peines de prison hallucinantes, les condamnant en réalité à passer le restant de leurs jours derrière les barreaux.

 

Aung San Suu Kyi a reçu un nombre incroyable de prix, tous aussi prestigieux les uns que les autres. Prix Sakharov, Prix Nobel de la Paix, Prix des Droits de l’Homme, Prix Gandhi, Prix international pour la Paix et la Justice, Citoyenne d’Honneur d’ici et là… C’est très bien, mais ne serait-ce pas encore mieux si on lui accordait maintenant le plus beau d’entre eux, celui pour lequel elle a payé et continue de payer un très lourd prix, plus de quatorze années de sa vie, celui de la liberté enfin retrouvée ?

 

On croit toujours que nous, simples citoyens, ne pouvons influencer, à notre niveau, une telle situation, mais c’est complètement faux. Il y a toujours quelque chose à faire, à tous les niveaux. Et même si la Birmanie semble loin d’ici. Notre engagement de simples citoyens montrera à nos personnalités politiques que nous avons compris que la cause d’Aung San Suu Kyi est importante, et doit être traitée d’urgence.

 

On peut choisir de montrer son engagement de différentes façons, en signant des pétitions, en faisant des dons aux associations de soutien, en participant à des rassemblements comme celui du 6 octobre, ou même, pourquoi pas, si l’on ne peut être présent à l’Hôtel de Ville de Paris le 6 octobre prochain, en mettant simplement une bougie devant sa fenêtre. Toutes les actions, même celles qui peuvent paraître les plus infimes, les plus dérisoires, sont en réalité importantes.

 

Car c’est Jane Birkin qui a raison. Les petites pierres finissent toujours par construire un grand édifice.

Et si tous les citoyens de France et d’ailleurs qui ne pourront se trouver au parvis de l’Hôtel de Ville de Paris à l’appel de cette formidable artiste engagée, qui se bat pour la libération d’Aung San Suu Kyi depuis plus de vingt ans, mettaient mardi 6 octobre prochain une bougie devant leur fenêtre ?

Ainsi, tout le monde, quelque soit l’endroit où l’on se trouve, pourra participer à cet engagement, répondre à l’appel de Jane Birkin, et allumer sa bougie, une petite flamme qui sera symbole d’espoir et de liberté, pour montrer que nous pensons à l’opposante birmane, cette femme exceptionnelle injustement emprisonnée, que personne ne l’oublie, que nous nous sentons tous concernés par son sort et exigeons sa libération.

Combien sommes-nous déjà, rien qu’en France ? Soixante millions ? Si chacun allume une bougie, cela fera soixante millions de bougies qui brilleront dans la nuit du 6 au 7 octobre prochain, soixante millions de petites bougies pour Aung San Suu Kyi…

 

 

 

Info Birmanie

Ce site militant est une mine d’informations, et présente entre autres les dernières nouvelles, une biographie d’Aung San Suu Kyi, des repères historiques sur le pays, des explications sur sa situation politique…

 

L’engagement de Jane Birkin, présenté sur son site, sa lettre ouverte au patron du groupe Total, des liens internet…

 




Commentaire personnel pour cet article :

Merci à Anick R. pour le poème en hommage a Aung San Suu Kyi qu'elle m'a envoyé sur le formulaire "contact" de ce blog".

 

 

 

 

 

Par Surya - Publié dans : International
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Jeudi 1 octobre 2009

Supertramp. Breakfast in America. 1979.
Un de leurs nombreux chefs d'oeuvres musicaux.


Take the Long Way Home

The Logical Song

Breakfast in America




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Quelques titres issus des autres albums de Supertramp.


De l'album "Crime of the Century" (1974)

Hide in Your Shell

Crime of the Century




De l'album "Even in the Quitest Moments" (1977)

Give a Little Bit

Fool's Overture
(Vrai chef d'oeuvre. La musique sur cette vidéo saute une fois ou deux,
mais c'est la seule version studio que j'ai trouvée.)





Par Surya - Publié dans : Best of musique
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Mercredi 30 septembre 2009

Sloane House, un YMCA de New York fermé en 1991, était le plus grand des USA et considéré comme l’un des symboles d’une certaine époque New Yorkaise dans tout le mélange de meilleur et de pire que la ville pouvait offrir en même temps. A Sloane House se sont rencontrés et ont sympathisé des gens du monde entier, mais ont également eu lieu des drames et des crimes. Son seul nom évoque des souvenirs pour celles et ceux qui l’ont connu, et qui ont approché ce New York de l’époque, qui suggérait plus aux Européens, et à beaucoup d’Américains des autres Etats, l’insécurité, la cité de tous les crimes et tous les dangers, qu’un lieu de villégiature tranquille où l’on venait se détendre. Il fallait faire attention, si l’on allait à New York. Surtout dans le métro. A Paris, quand on parlait d’insécurité, on disait souvent : « On n’est pas à New York, ici ! » A l’époque, une boutique de Manhattan vendait même, de façon humoristique, un tee shirt sur lequel était imprimée en gros la phrase : « I took the New York  subway and I survived. » (J’ai pris le métro de New York et j’ai survécu.) C’est dire.

Central Park, notamment, gigantesque parc sans lequel Manhattan aurait besoin d’une greffe urgente de poumon, avait la sinistre réputation d’être dans certaines de ses zones un véritable coupe gorge.

Et puis la municipalité, devant le raz le bol général des New Yorkais, a pris le problème à bras le corps au début des années 90, et a appliqué la politique de la "tolérance zéro".

 

Et pourtant, la grosse pomme, tout le monde voulait la croquer. Elle restait le symbole du rêve américain dans ce qu’il avait de plus fou, de plus gigantesque. Je rêvais moi aussi, depuis toujours, de découvrir cette ville dont j’avais tellement entendu parler, je rêvais de monter tout en haut de l’Empire State Building où, du dernier étage balayé par les vents, l’on peut voir à certains endroits, juste devant soi, une véritable forêt de buildings, le célèbre magasin Macy’s, toujours revendiqué quelques soient les circonstances comme le plus grand magasin du monde, ou encore de l’autre côté, au loin, un « skyline » époustouflant, d’où émergeaient encore à l’époque les deux tours jumelles, et lorsqu’on baisse les yeux vers l’avenue, en bas, les voitures devenues toutes petites, qui foncent comme des jouets sur un circuit électrique.

Et mes baskets me démangeaient encore plus de crapahuter le long de la cinquième avenue, de Broadway, de Chinatown ou de découvrir Greenwich Village, depuis que le groupe Supertramp avait sorti, en 1979, son célèbre album « Breakfast in America », véritable événement musical de l’année, dont je n’avais pas perçu à l’époque  le thème de la critique de l’Amérique et du rêve américain, et qui a tourné et tourné encore sur mon électrophone presque jusqu’à le mettre en panne. Je dévorais des yeux la pochette du disque et je m’étais jurée qu’un jour, moi aussi, je prendrais mon breakfast in America. Des Corn Flakes, un jus d’orange, un café et des Donuts, s’il vous plait, Madame.

 

Ce portrait d’un New York rempli de merveilles mais aussi de dangers, où je me suis rendue pour la première fois en 1988, était-il exagéré dans le négatif comme beaucoup de personnes l’ont pensé ? N’y ayant pas vécu, je ne saurais donner une opinion objective, mais si j’en juge par l’ambiance du lieu où j’ai logé, ce que j’ai vu dans certains quartiers, et certaines scènes de rue auxquelles j’ai assisté, tout laisse à penser que New York était en effet une ville totalement à part.

 

Alors vue la mauvaise réputation de la grosse pomme, j’avais donc une certaine appréhension à me rendre seule là bas, mais mon rêve américain de longue date, le manque cruel d’informations trouvées en France sur le sujet de la politique sociale sous Ronald Reagan (désastreuse) sur lequel je devais me documenter, et mon envie irrésistible de photographier la grosse pomme, m’ont fait entrer un jour, complètement sur un coup de tête, dans une petite agence de voyage et en ressortir quelques minutes plus tard avec un billet pour un aller-retour en charter. Je n’ai pas réfléchi une seule seconde au fait que je n’avais pas les moyens de me loger décemment, même pour vingt jours seulement, dans une ville aussi chère -déjà à l’époque ! Trop tard, le billet était acheté, il fallait me trouver un toit, et le plus « cheap » qui soit !

 

Je voulais évidemment éviter à New York les dortoirs collectifs comme le Tonbridge Club de Londres, où j’avais logé lorsque, partie quinze jours en vadrouille dans la capitale britannique avec des copines de lycée quand nous avions seize ans (avec l’accord de nos familles bien sûr, ce n’était pas une fugue), nous n’avions pas préparé une seule minute notre séjour, nous nous étions seulement dit « Et si on allait à Londres pendant les vacances, les filles ? Oh oui, super génial ! » pour nous retrouver quelques jours plus tard gare du Nord avec nos sacs à dos, puis dans le bateau, et nous rendre compte, mais seulement une fois arrivées sur place le soir, que nous n’avions pas suffisamment de moyens pour nous loger ! Nous avions alors atterri, sur les conseils d’un hippie, au Tonbridge Club, un club de karaté accueillant après 22 heures les routards désargentés. On payait une livre la nuit (neuf francs de l’époque, disons un euro trente cinq), et on dormait par terre dans les salles d’entraînement, sur les fins matelas de sport. Un dortoir pour les filles, un autre pour les garçons. Le seul problème, c’est que même si les bagages pouvaient être laissés sur place, dans la réserve, il fallait attendre vingt deux heures que les derniers cours de sports soient terminés, pour être admis dans les lieux., et partir tôt le matin. Même si à l’époque, en 1980, le quartier, plein de chats errants, de gens éméchés, de téléphones cassés, de murs taggués, et dont certaines rues n’étaient plus qu’un alignement de maisons squattées, n’était pas le plus chic de Londres, ce n’était pas vraiment dangereux et le club était un endroit cool et sympa, où le pire qui pouvait arriver, c’était éventuellement de se faire piquer ses affaires.

 

La seule solution qui me restait, pour New York, c’était Sloane House. Les tarifs de ce YMCA étaient donnés pour une chambre individuelle, avec bien sûr les toilettes et les douches dans des salles communes. Un organisme parisien pour étudiants, qui a fermé boutique peu de temps après, proposait même, en plus, si l’on passait par leur intermédiaire, des réductions supplémentaires pour loger dans cet établissement ! La seule condition était de leur payer la totalité du séjour dès l’inscription, sans possibilité de changer d’avis et se faire rembourser. J’avais trouvé ça pratique, et de toute façon, je n’avais pas trop le choix. C’était ce qu’on pouvait trouver de moins cher. Je prends donc ma réservation, le cœur d’autant plus léger que la dame de l’organisme me dit : « vous verrez, c’est vraiment bien, Sloane House ! »

 

Septembre arrive, je boucle mon sac à dos, je prends mon appareil photo et mon guide « New York en Jeans », et je pars. Dans l’avion, je fais la connaissance d’autres jeunes à côté de qui je suis assise, et on se met à papoter. Ils connaissent Sloane House pour y être allés deux ans auparavant, et leurs visages commencent à pâlir et à s’allonger quand je leur dis que je vais loger là. Ils me préviennent que ça craint vraiment. « Si tu veux un conseil, fais comme d’autres personnes font, pousse ton lit contre ta porte le soir pour dormir. » Même si j’ai un petit choc en entendant ça, je rigole en leur disant que maintenant c’est trop tard, et que je ne peux pas sauter de l’avion en marche.

 

Dans le bus qui m’amène de l’aéroport Kennedy à Manhattan, je glisse une cassette dans mon walkman et j’écoute pendant presque tout le trajet, mes morceaux préférés de la musique du film « Le Grand Bleu » qui vient de sortir quelques mois plus tôt, et que j’ai enregistrés en boucle.

C’est à la seconde où recommence le premier morceau, « The Big Blue Overture », qu’apparaît soudain devant mes yeux, comme par magie, le ‘skyline’ New Yorkais. L’effet produit est saisissant ! La lumière que le soleil diffuse ce jour là colore la rangée de gratte-ciels de teintes ocres et orangées, et la musique d’Eric Serra donne à cette mégalopole un aspect encore plus fascinant ! Je contemple avec extase la vision de cet alignement de gratte-ciels dont j’ai si longtemps rêvé, dont je reconnais les principaux et dont je connais les noms par cœur, en écoutant la suite de mon enregistrement  :        1    -    2    -    3

C’est beau, presque irréel, et je nage complètement dans mon rêve américain…

 

Le bus me dépose enfin au cœur de Manhattan. Bien qu’épuisée, je décide de rejoindre le YMCA à pieds et commence à descendre l’avenue. Tout est si différent ici, tout est tellement grand, gigantesque, les interminables avenues horizontales tracées en de parfaites lignes droites, le contraste avec les buildings verticaux qui s’élancent vers le ciel, et sont parfois si hauts que lorsqu’on se trouve à leurs pieds, on ne voit même pas leur sommet, et puis tout va tellement vite, les voitures qui foncent, les taxis jaunes qui ne s’arrêtent que le temps de vous prendre, parfois se font des queues de poisson pour arriver le premier devant le client qui a fait signe au bord du trottoir, puis repartent comme des bolides dès la portière refermée, et puis deux automobilistes s’engueulent, s’insultent, j’entends les « f…k you » qui fusent, puis repartent, les piétons ont tous l’air pressés, pire qu’à Paris, c’est la frénésie, l’effervescence totale, ça bouge dans tous les sens, et soudain tout à l’air de tourbillonner autour de moi, j’ai complètement le tournis, il est temps que j’arrive. Je prends à droite la 34ème rue, et arrive enfin devant le bâtiment, au coin de la 9ème avenue.

 

Sloane House. Une immense bâtisse de la fin des années 20 à l’architecture typiquement new yorkaise. Un véritable monstre. Plus de mille quatre cent chambres alignées et empilées sur une quinzaine d’étages, et si ma mémoire est bonne, quatre (ou cinq ?) énormes ascenseurs pour acheminer les gens vers leur destination.

J’entre. L’aspect n’est pas accueillant. Un grand hall froid, des comptoirs d’accueil sur la gauche, devant lesquels de nombreuses personnes font la queue, sûrement depuis longtemps, et les ascenseurs au fond du hall. Il y a un monde fou dans le hall, et pourtant j’ai appris par la suite que ce YMCA, complètement à la dérive, et rebaptisé « Slum House » (slum signifiant bidonville, taudis) ne remplissait déjà plus qu’une infime fraction de ses capacités d’accueil à l’époque.

Des groupes de routards habitués aux voyages sont assis par terre, à côté de leurs sacs à dos, dont l’aspect défraîchi fait penser qu’ils ont déjà fait trois fois le tour du monde. D’autres sont allongés à même le sol et se sont endormis. Je me demande s’ils ont bien une chambre, ou s’ils vont devoir rester dormir dans le hall, faute de mieux. Pendant une seconde ou deux, je me suis demandé, un peu inquiète, si ma réservation depuis la France s’était bien déroulée.

Je passe à la réception, remplis un formulaire, prends ma clé et entre dans un ascenseur. On est compressés, serrés comme des sardines, il faut même prévenir longtemps à l’avance si l’on veut sortir, et je constaterai par la suite qu’il est fréquent qu’on ne puisse tout simplement pas le faire. Dès fois, quand la porte s’est refermée, les ascenseurs ne démarrent pas, et on reste tous coincés dedans en espérant que ça se débloque un jour. Il était également fréquent d’attendre à son étage un ascenseur au moins vingt minutes avant que l’un d’eux n’arrive avec une toute petite place vacante. Mais je ne veux pas prendre les escaliers. D’abord, je ne sais même pas où ils se trouvent, et puis j’ai peur qu’ils soient déserts et que je n’y sois pas en sécurité.

Je ne me souviens plus exactement à quel étage était située ma chambre, mais je crois qu’elle se trouvait entre le quatrième et le septième. Il me semble que c’était le cinquième.

Un jour, jetant par hasard dans l’ascenseur un coup d’œil sur le tableau des étages, je constate avec stupéfaction qu’il passe directement du douzième au quatorzième. Par superstition, aucun étage n’avait été nommé « treizième » à Sloane House !

 

Une fois sortie sur le palier, après avoir dû batailler ferme pour pouvoir émerger de là, et à la recherche de ma chambre, je traverse un long couloir à la moquette complètement fanée et râpée, en marchant littéralement sur un tapis de pop corn. Ca crisse et ça craque à chaque fois qu’on les écrase. C’est vraiment crade par terre, et une odeur bizarre flotte dans l’atmosphère. Ca sent la saleté, ou le manque d’aération, mais je constaterai que de nombreuses personnes fument du haschich ici, d’où l’odeur, ou prennent des drogues dures. Certains étages de l’établissement étaient même connus pour le trafic de drogue qui s’y déroulait tranquillement. Je remarque également que les portes des chambres ne descendent pas jusqu’au sol, il manque quelques centimètres, et je me comprends pas pourquoi tous les occupants sans exception ont bourré l’interstice avec du papier journal, au point qu’il ne reste pas un seul centimètre de « trou ». Bizarre…

 

Ma chambre est une minuscule cellule stricte, et même spartiate, meublée d’un lit pour une personne en armature métallique massive, qui occupe au moins les trois quarts de la pièce. La couverture est rêche et défraîchie, mais les draps sont propres. Le reste de l’espace est occupé par une petite table, dans le tiroir de laquelle je trouverai une bible, et puis finalement une petite penderie et un radiateur qui ne servira pas en cette saison. Certains soirs, la chaleur de ce mois de septembre était telle qu’il m’a fallu dormir la fenêtre ouverte pour avoir un peu d’air, ce qui signifie en fait que, vue la tranquillité légendaire des lieux et le bourdonnement incessant de la ville, je n’ai quasiment pas dormi ces soirs là.

 

On est encore en plein jour, mais avec le décalage horaire, les heures de vol, le retard de cinq heures de mon avion au décollage, je ne tiens plus debout. Je n’ai plus le courage de rien, il faut absolument que je dorme. J’accroche la chaîne de sécurité après avoir fermé la porte à clé, et tente de tirer mon lit pour bloquer la porte, puisqu’il le faut, mais il est si lourd qu’il ne bouge pas d’un demi-millimètre. A croire qu’ils l’ont collé au sol. Tant pis, je m’en fiche, je me couche, et sombre dans le sommeil la seconde d’après.

 

J’ai dormi le reste de la journée et toute la nuit. Je me réveille le lendemain matin, j’allume la lumière, je m’assieds sur le lit, pose les pieds par terre, et voilà que tout d’un coup j’entends comme un petit bruit dans ma chambre, quelque chose qui bouge, ça remue quelque part. Intriguée, je scrute autour de moi, et tout d’un coup, rapide comme l’éclair, un rat fait irruption d’on ne sait où, traverse la chambre comme un dingue, passe juste devant mes pieds, et se sauve en se faufilant sous l’espace de la porte ! Je ne sais pas lequel de nous deux, le rat ou moi, a eu le plus peur de l’autre, à mon avis ce doit être moi, mais même si je n’ai pas crié, mon cœur a bien dû mettre un bon quart d’heure avant de se calmer et de reprendre un rythme de battements normal, et que je parvienne à me remettre de mes émotions. Je me suis alors demandée si j’allais pouvoir rester, mais comme j’avais juste assez d’argent pour manger (et pas dans des restaurants, plutôt au fast food, ou sur le pouce, ou encore avec plaisir au tout dernier « Automat » de New York qui datait des années cinquante et a disparu peu de temps après), et que j’avais prévu de faire au maximum mes trajets à pieds pour ne payer que quelques transports, j’étais bloquée là. Alors j’ai fait comme tout le monde, j’ai acheté des journaux et j’en ai bourré l’interstice entre ma porte et le sol, pour empêcher les rats d’entrer.

 

Je me lève, encore toute émotionnée, me dirige vers la fenêtre dont je soulève la moitié inférieure, et je passe ma tête dehors pour jeter un coup d’œil dans la cour, une cour sombre, aux murs noirs de crasse. Cette cour était une sorte de puits disposé au centre du bâtiment, qui descendait jusqu’au premier étage. Les chambres qui donnaient sur le puits, surtout celles d’en bas comme la mienne, étaient donc sombres, mais d’autres personnes avaient la chance de disposer d’une chambre sur rue. Le sol de cette cour intérieure ne se situe que quelques étages plus bas que ma chambre. Et là, je n’en reviens pas de ce que je vois ! Le sol est littéralement envahi de détritus, de restes de nourriture, de papiers gras, de cartons de pizzas, de cannettes, de débris de verre… et au milieu de tous ces immondices, ça grouille de rats, à la recherche de leur nourriture ! Vision vraiment répugnante, et je referme la fenêtre avec probablement sur mon visage un air franchement écœuré.

Tous les soirs, exactement à la même heure, j’entendrai une sorte de « dziiing ! » sur fond de télévision. C’était le bruit d’une bouteille de verre qu’on balançait d’une fenêtre, qui atterrissait dans cette cour et se brisait en mille morceaux.

 

Les personnes qui logent à mon étage, mais aussi dans les autres étages, ne sont pas toutes des voyageurs. Sloane House loue aussi des chambres à très bas prix pour les étudiants, qui vivent donc là à l’année, et sert aussi, pour de nombreux New Yorkais dans la misère, d’abri temporaire. Ainsi, à mon étage, loge une clocharde, une femme qui parait sans âge, au dernier stade de l’alcoolisme et de la misère, une autre femme sans abri, handicapée, qui se déplace difficilement avec ses béquilles (je me suis toujours demandé comment elle faisait pour arriver à prendre les ascenseurs), et qui me dira un matin, avec une incroyable émotion, « God Bless You » simplement parce que je m’étais levée pour aller lui chercher un sachet de sucre à la cafétéria, et une famille composée d’une mère élevant seule ses trois enfants, qui seraient eux aussi à la rue s’ils ne pouvaient être recueillis ici.

Je ne sais pas qui paye pour eux, ni combien de temps ils ont le droit de rester là avant de devoir repartir. Je vois ici un autre visage de New York, peut être son vrai visage, sa face que l’on voudrait cachée en tout cas. Ce visage là, celui de pauvreté, de la misère, qui s’enlise et s’enfonce sous l’époque reaganienne, ce n’est pas en haut de l’Empire State Building, parmi les touristes, qu’on le rencontre.

 

La devise de l’établissement, ou l’une des devises, je ne sais pas, était « le monde entier se retrouve à Sloane House ». C’était vrai, et c’était là le bon côté de la chose, raison pour laquelle nombre de ses occupants ont plus tard regretté sa fermeture, malgré tous les problèmes qu’il y a eus.  Il y avait à Sloane House des personnes de toutes nationalités, de tous les pays, aux parcours très différents, mais le point commun des occupants, c’est que tout le monde était plus ou moins fauché là bas.

Pourtant, s’il est facile de rencontrer du monde, j’y rencontre peu de personnes car je souhaite rester le moins de temps possible à l’intérieur. Je pars le matin, je rentre le soir. Je ne supporte pas l’ambiance, avec les rats, que l’on croise très souvent ici ou là et qui, en parfait New Yorkais qu’ils sont, ont toujours l’air pressés de se rendre là où ils doivent aller, les beuveries, les « drogueries » ou les altercations dans les couloirs en pleine nuit, les portes qui claquent, les télés qui gueulent depuis les fenêtres ouvertes des chambres qui donnent sur le « puits »… On crève de chaud dans ces petites chambres, et puis soudain, « dziiiing ! », pile à l’heure ou presque, voilà la bouteille quotidienne qui est balancée par la fenêtre.

 

Mais je fais quand même la connaissance de quelques personnes sympas, notamment un jour en descendant au sous sol faire la lessive au Laundromat (j’aurais aimé qu’un entomologiste soit là pour me donner le nom exact de cet espèce de cafard géant de six ou sept centimètres de long, probablement apporté de façon involontaire dans les bagages d’un touriste, qui se baladait tranquillement au milieu des machines à laver et des paniers à linge), je sympathise avec deux étudiantes indonésiennes venues comme moi en touristes, qui me disent détester New York. Je leur demande si ce n’est pas plutôt le YMCA qu’elles détestent, et non la ville elle-même, mais non. C’est aussi New York qu’elles n’aiment pas.

 

New York est une ville qui n’admet aucun compromis. On adore ou on déteste. Pour ce qui est de ce YMCA, je les comprends. Si j’avais eu les moyens, je serais aussi allée ailleurs. Mais tout ne me semble pas non plus négatif. Les salles de bains, aux équipements complètement vétustes, sont malgré tout propres et l’eau est bien chaude, la cafétéria est correcte et c’est là que je prendrai la plupart de mes « Breakfasts in America ». Il y a aussi une petite boutique où l’on vend différentes choses, et les précieux journaux qui finissent sous les portes après avoir peut être été lus.

Par contre, malgré ses nombreux défauts, j’adore quand même New York, si vivant, si tonique, et dans lequel je vadrouille maintenant depuis plusieurs jours, après avoir passé la matinée à la section de Manhattan de la bibliothèque publique, dans laquelle je trouve absolument tout ce que je veux et plus encore, sur la politique sociale de Reagan sous ses deux mandats : articles, chiffres, statistiques, budget, rapports…  J’ai vraiment bien fait de venir !

J’aime Manhattan où il est impossible de se perdre puisque la majorité des rues et des avenues portent des numéros, sauf dans le sud. J’ai essayé un jour, j’ai fait exprès de prendre n’importe quelles rues au hasard, tourner par ici, prendre par là, sans regarder où j’allais, mais au bout d’une heure à essayer désespérément de me perdre, je voyais toujours parfaitement où je me situais et comment trouver mon chemin.

 

Cependant, New York n’est pas, d’une manière générale, une ville facile, et je comprends qu’on ait pu ne pas l’aimer surtout à cette époque où ses nombreux problèmes, dont Reagan n’était pas responsable à la base, puisqu’ils existaient avant lui, étaient cependant largement amplifiés par sa politique de coupes drastiques dans les crédits affectés à l’aide sociale, l’emploi et la santé. Cela a plongé de nombreuses familles, déjà pauvres, dans une véritable misère, jeté des gamins à la rue, et sans doute augmenté la criminalité.

 

New York n’est pas une ville facile, non. Le premier matin qui a suivi mon arrivée, à peine ai-je mis le nez dehors et pris ma toute première photo sur la 34ème rue ouest, on me balance depuis une voiture une bouteille d’alcool à la figure alors que je traversais l’avenue. Décidément, le lancer de bouteilles était à la mode à New York à cette époque. Un autre jour, je croise un ancien vétéran du Vietnam d’une quarantaine d’années, devenu à moitié fou, vêtu d’un treillis militaire qu’il n’avait peut être jamais enlevé depuis son retour, qui faisait des gestes menaçants en direction des passants en hurlant comme un possédé qu’il était allé au Vietnam et qu’il allait tuer tout le monde.

 

Le métro, dont les rames étaient encore entièrement recouvertes des fameux tags qui ont contribué à faire sa réputation de métro « pas comme les autres », et dont on disait qu’il était le plus dangereux du monde, ne m’a pas semblé le coupe gorge que l’on décrivait, même si en effet l’ambiance n’y était pas la même que dans celui de Paris. Là aussi bien sûr, il faut faire la différence entre rester quelques jours dans un endroit, et y prendre le métro deux ou trois fois pour quelques stations, et vivre là en permanence, et le prendre quotidiennement, et il est vrai que les journaux ont rapporté à l’époque où je me trouvais là bas certains faits divers qui s’y sont déroulés.

 

Manhattan m’a semblé beaucoup plus agressif que Paris, c’est sûr. Manhattan est peut être à Paris ce que Paris est aux Provinciaux. Les rues sont plus bruyantes, aussi, avec ce grondement permanent, de jour comme de nuit, qui provient d’on ne sait où, peut être des systèmes de climatisation, et ses sirènes de police omniprésentes, à la tonalité si typique, qui vous déchirent les tympans et vous font penser qu’un meurtre a lieu quelque part toutes les deux minutes.

 

J’ai senti des tensions sociales très dures, période Reaganienne oblige, que de grandes manifestations sur la 5ème avenue ont illustrées en ce mois de septembre 1988.

J’ai également ressenti une atmosphère extrêmement tendue entre la communauté blanche et la communauté noire, à l’époque. Plus qu’un mur entre les deux communautés qui se croisent sans se côtoyer, une vraie tension, palpable, qui alourdissait encore davantage l’atmosphère.

 

Retour à Sloane House. A mon étage, la porte d’entrée de la salle de bain des filles, située loin de ma chambre, de l’autre côté de l’étage, se trouve juste en face de la chambre d’un mec qui ouvre systématiquement sa porte dès qu’il entend quelqu’un arriver dans le couloir, et surtout la porte de la salle de bain s’ouvrir. Il se montre alors torse nu en le bombant au maximum pour jouer les machos culturistes. Au début son manège m’agace seulement, mais à la fin c’était tellement systématique, comme une véritable obsession chez lui, que même s’il n’a jamais été plus loin, ça en devenait tout de même inquiétant. La seule fois où ça m’a donné un peu envie de rire fut quand, précédée d’environ dix mètres dans le couloir par un mec qui rentrait dans sa chambre, à côté de la salle de baiin, le gars a entendu du bruit, a donc ouvert machinalement sa porte et s’est visiblement senti bête en constatant qu’il s’apprêtait à bomber le torse devant un homme. Je suis ensuite passée comme une lettre à la poste. Inutile de préciser que si je souhaitais me rendre aux toilettes la nuit, je ne voulais pas le faire. Des problèmes bien plus graves que cet imbécile bombant le torse sont survenus durant l’existence de ce YMCA, des femmes s’étant fait carrément agresser.

 

J’ai également sympathisé durant mon séjour avec des New Yorkais. Ils m’ont emmenée dans des endroits où je n’aurais jamais osé aller sans eux, comme le sud du Bronx, que nous avons seulement traversé et où nous ne nous sommes pas attardés, mais cela m’a permis de voir de mes yeux ce dont je parlais dans mon sujet. Le sud du Bronx n’avait tellement rien à voir avec Manhattan que j’ai eu peine à croire qu’on se trouve dans deux quartiers différents d’une seule et même ville, New York. J’y ai vu une pauvreté inimaginable, des bâtisses à la limite de l’effondrement, des terrains vagues abandonnés, et même des personnes à la fenêtre d’un immeuble qui avait complètement brûlé. Visiblement, ils y logeaient toujours. Je remarque sur le trottoir, devant un terrain vague que j’ai pris en photo, des tas de petites choses bleues. Je me penche et ramasse une petite capsule en plastique, dont le couvercle est bleu. Ce sont des capsules de crack, m’explique-t-on. Le trottoir en est recouvert ! Et dire que j’avais été choquée par un amas de pop corn sur de la moquette, le jour de mon arrivée !

Nous sommes également allés voir Manhattan de nuit, depuis l’autre côté du Brooklyn Bridge, à Brooklyn Heights. Le New York des mieux lotis. J’ai été éblouie par la beauté féérique de ce spectacle.

Je constate alors que Manhattan ne s’arrête jamais de vivre. C’est comme à Sloane House, on ne dort pas la nuit. La ville vit un peu au ralenti, ce qui permet de faire les travaux de voirie impossibles à effectuer de jour, notamment pour réparer les fameux « nids de poule » qui forment de grands trous dans la chaussée, mais il y a toujours du monde dans les rues, des flots ininterrompus de voitures sur les avenues, toujours des taxis qui sillonnent la ville à la recherche de clients, et les enseignes lumineuses qui clignotent et restent allumées en permanence pour tromper la nuit.

 

Et puis une nuit, vers la fin du séjour heureusement, j’avais ma fenêtre ouverte, mais un silence étrange dominait le bâtiment, pas de télé qui hurlait, pas d’éclats de voix. J’avais tout de même du mal à m’endormir avec le bourdonnement de cette ville qui ne dort jamais, et le raffut des rats tapageurs qui se prenaient les pattes dans les cannettes et les faisaient rouler partout, ou faisaient la java dans les cartons de pizza.

Et tout d’un coup, on entend dans la cour un cri totalement épouvantable qui déchire ce silence relatif, un de ces hurlements qui monte soudain dans les tonalités les plus aigues, qui vous glacent le sang et vous laissent sans voix. Je n’avais jamais entendu quelqu’un hurler comme ça. Ce n’était pas un cri de douleur, mais un hurlement de terreur, une terreur inimaginable, mais aussi et surtout un cri de détresse, et de profond désespoir. J’ai tout de suite su ce qui s’était passé, il était impossible de ne pas savoir que ce cri était celui de quelqu’un qui venait de comprendre qu’il allait mourir dans quelques secondes, et que même s’il refusait avec rage ce qui venait de lui arriver, même s’il voulait désespérément continuer à vivre, il savait qu’il s’était bêtement fait avoir, et que plus rien ne pouvait changer le cours du destin.

Ce cri n’a duré que deux ou trois secondes, et puis plus rien. Le silence est retombé comme une chape de plomb sur la cour intérieure. Mon cœur s’est mis à battre comme un fou, mes oreilles bourdonnaient, je n’entendais même plus le ronronnement de la ville, et j’ai commencé à ressentir une peur immense, quasiment une crise de panique. J’en avais même du mal à respirer, ma respiration était bloquée, j’avais l’impression qu’il fallait que j’aspire deux fois plus d’air pour avoir le même taux d’oxygène dans les poumons. Je ne me souviens pas du temps que ça m’a pris pour parvenir à reprendre mon souffle, je ne me rappelle pas non plus si j’ai fini par me calmer et m’endormir. C’est comme un trou noir.

 

Je me revois le lendemain matin dans le hall. Il est envahi de flics. Je me demande quoi faire, est ce que je dois aller en voir un pour raconter ce que j’ai entendu, mais est ce que cela va être si utile ? Tout ce que je pourrais dire, c’est que j’ai entendu quelqu’un hurler, et ça, ils n’ont pas besoin de moi pour le savoir, puisqu’ils sont là, on les a appelés je ne sais pas quand, et sont en train de fouiller tout le bâtiment.

 

Je retrouve mes amis New Yorkais et nous échangeons les nouvelles. Ils me disent très calmement, d’un air détaché : « Il y a dû y avoir un meurtre. » Ca n’a pas l’air de les étonner du tout. Je n’ai pas cherché à en savoir plus, mais cela s’est sans aucun doute passé à l’arme blanche, sinon on aurait entendu un coup de feu. La journée s’est ensuite déroulée tout à fait « normalement », et j’ai décidé de ne plus y penser. Lorsque je suis rentrée au YMCA le soir, il n’y avait plus de flics, tout était rentré dans l’ordre et je n’ai plus jamais entendu parler par la suite de cette histoire. C’était juste une nuit ordinaire à Sloane House, un problème de plus dans cet établissement qui en avait déjà vu bien d’autres.

 

Mon séjour à Sloane House ne m’a pas dégoûtée de New York, même si mon premier contact avec cette ville fut plutôt rude. En 1992, repartie cette fois accompagnée, et logés au Vanderbilt YMCA qui, sans bien sûr avoir le confort d’un vrai hôtel, n’avait évidemment rien à voir avec l’autre, j’ai voulu repasser voir « Slum » House pour montrer où j’avais logé. Pourquoi cet espèce de pèlerinage ? Je n’en ai aucune idée. Peut être pour arriver à croire moi-même, en revoyant de mes yeux cet endroit à la fois cosmopolite et sordide, que j’y avais passé vingt jours.

 

Le bâtiment était vide. Totalement désert. La porte était pourtant ouverte, et à l’intérieur, dans le hall immense, désormais fantomatique et plongé dans l’obscurité, il y avait juste un gardien, tout seul, assis à l’entrée derrière une petite table, qui gardait les lieux. Je ne sais vraiment pas pourquoi on avait mis un gardien là, et ce qu’il était supposé garder, puisqu’il n’y avait plus rien. Il nous explique que le YMCA a dû être fermé l’année précédente, à cause de « problèmes ». Quand il nous dit cela, je ne suis pas surprise, mais tout de même, j’aurais dû m’en douter. C’aurait été le contraire, laisser ce YMCA ouvert, qui aurait été complètement aberrant.

 

Le bâtiment a été mis en vente, je l’ai appris par la suite. Il a longtemps été boudé par les investisseurs, l’absence de treizième étage ne les ayant peut être pas totalement convaincus. Il est donc resté vide de nombreux mois, avant d’être finalement reconverti en 1994 en un complexe de logements, dont les loyers sont aujourd’hui, comme partout à New York, totalement hors de prix.

 

 

Notes :

 

La photo du chapeau de l’article montre ma petite chambre à Sloane House.

 

Quelques photos de New York prises lors de ce séjour.

 

Je n’ai jamais pris de photos du bâtiment de Sloane House, mais il en existe plusieurs sur Internet, dont celle-ci.

 

Il existe un blog (en anglais) entièrement consacré à Sloane House, écrit par un immigrant d’origine chinoise, qui y a vécu et travaillé de 1988 à 1990, et qui raconte la vie sur le long terme dans cette institution.  Il offre un compte  rendu bien sûr beaucoup plus détaillé que cet article qui ne reflète que mes vingt jours passés là bas. Certaines pages sont plus intéressantes que d’autres, mais on peut déjà lire celle-ci en introduction,  celle ci et celle là. Il ressort notamment de nombre de ses articles sa stupéfaction devant le laxisme de la police new yorkaise lorsqu’il se passait quelque chose dans le YMCA.

 

 

 

 

Par Surya - Publié dans : Témoignages.
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Dimanche 20 septembre 2009

Pourquoi l’Amour fait-il parfois si peur ? Aime-t-on vraiment une seule fois dans sa vie ? Est ce que l’Amour fait mal ? Ce sont des questions que se posent beaucoup d’entre nous, et dont les réponses peuvent sembler si terrifiantes qu’elles finissent par nous faire craindre l’idée de l’amour lui même, et craindre également celle de se lancer totalement, « corps et âme » comme on dit, dans un Amour absolu. Cet article est un simple article d’opinion, exposant sans ambition quelques réflexions personnelles, un article de pur questionnement, qui ne prétend pas apporter la moindre réponse à ce sujet universel et éternel qu’est l’Amour, qui devrait être le sujet le plus simple du monde, et qui pourtant est peut être en réalité le plus compliqué.



L’amour, celui qui sera nommé ici le véritable Amour, celui que l’on désigne avec un grand A, est probablement la chose la plus mystérieuse et la plus étrange qui existe. La plus rare aussi, peut être. Et la plus précieuse, sans le moindre doute.

 

Mystérieuse, parce qu’on ne sait pourquoi ce jour là, cela vous est tombé dessus, au moment où l’on s’y attendait le moins, pourquoi on a été frappé, terrassé, même, par la foudre, avec une telle force, une telle intensité, ni pourquoi, lorsqu’on regarde l’être aimé, ou sa photo quand on ne peut être en sa compagnie, ou quand on lit et relit quelque chose qu’il a écrit, on se sent envahis par un sentiment qui nous dépasse totalement, qui nous submerge, et par cette certitude absolue qu’il y avait, sur Terre, cette seule et unique personne à qui l’on était destiné, et cette personne, on l’a trouvée.

On se sent alors si léger, on a soudain l’impression qu’il nous est poussé des ailes, et si l’on a des soucis dans la vie, si la vie n’a jamais été tendre avec vous et qu’elle continue à vous faire des misères, on se sent alors tellement fort, prêt à affronter toutes les épreuves qui nous ont jusque là minées et amoindries. On arrive à tout supporter, les problèmes de boulot, les problèmes de fric, les tracasseries administratives qu’on vous fait subir en plus de cela, le reste et plus encore, et plus rien de tout cela n’a d’importance. Plus rien n’a d’importance parce qu’est entrée dans sa vie la seule chose qui compte, la seule chose qui fait que la vie a vraiment un sens et vaille la peine d’être vécue.

Et on balaye alors tout les malheurs de sa vie d’un revers de la main, de cette main qui ne songe plus qu’à prendre celle de l’autre, sa main à lui, pour le restant de nos jours et de nos nuits. On ne songe plus qu’à être à ses côtés quoi qu’il arrive, pour être heureuse de ce qui le rend heureux, le soutenir de toutes ses forces si ça va mal, et être là, tout simplement, pour lui et uniquement pour lui.

 

Parce qu’un jour deux regards se sont croisés, qu’ils se sont fondus l’un dans l’autre, qu’ils ont fusionné, et parce que son regard était si beau, si doux, si profond, si touchant et si plein de sincérité que la foudre a immédiatement frappé.

Et quand la foudre a frappé avec une telle intensité, elle laisse toujours des traces indélébiles, que jamais le temps ne pourra effacer.

 

Ce qui est incompréhensible, c’est ce qui peut pousser certaines personnes à tourner le dos à quelque chose d’aussi beau, d’aussi unique et irremplaçable que l’Amour qu’on ressent ou qu’on vous offre. L’Amour exclusif, l’amour total, celui pour lequel on devient capable de tout donner et de tout sacrifier.

Ce quelque chose dont tout le monde rêve, et quand un jour il est là, il semblerait qu’il soit si effrayant que tous les prétextes soient bons pour penser que ce n’est pas à lui que l’on a affaire, cela ne se peut pas. Cela ne peut pas être aussi sérieux.

Comment peut-on imaginer qu’on ne puisse croire à l’Amour avec un immense A, alors qu’en même temps c’est celui là et pas un autre que tout le monde attend, parfois durant de longues années, parfois (malheureusement ou heureusement, selon les circonstances), sans jamais le rencontrer, mais que malgré tout, nous ne cessons jamais d’espérer qu’il vienne enfin frapper un jour à notre porte ?

 

L’amour, du moins l’idée que la société semble se faire de l’amour, est pourtant délibérément placé au cœur de nos vies et de nos centres d’intérêts. Nous sommes presque conditionnés à l’attendre. Dès l’enfance, la fillette est d’ailleurs préparée à attendre la venue de son Prince Charmant. Et pas une semaine ne s’écoule sans que la télévision ne nous propose un film où l’Amour tient le tout premier rôle, mais dans lequel il prend toujours le visage du doute, de la peur de s’engager totalement , ou le visage hideux de la jalousie des uns, de l’égoïsme des autres, de la trahison, le visage un peu lâche, peut être, de la tromperie, ou celui de drames dans lesquels les deux personnes se déchirent, de disputes violentes ponctuées des inévitables paires de claques qui fusent d’un côté ou de l’autre sur fond de bruitage cinématographique. Espére-t-on nous faire croire que c’est cela, la passion, le grand Amour ? N’est ce pas plutôt remplir du néant que de le montrer sous un tel angle ?

Comme dans le film américain d’Arthur Hiller, « Love Story », où d’autres films aux scénarios sans doute moins dramatiques quand même, doit-on se résoudre à croire que le véritable Amour, tel que peut l’être l’amour « coup-de-foudre », l’amour « passion », l’amour où seul compte désormais l’autre et plus du tout soi même, sera toujours, à terme, condamné d’avance ? Qu’il n’est qu’une illusion, n’a en réalité pas sa place dans la vraie vie (et visiblement même plus au cinéma, l’Amour tel qu’il était montré dans les films Hollywoodiens étant désormais considéré comme de la naiveté, de la mièvrerie), et que la vie, la vraie de vraie, se chargera tôt ou tard, de remettre les pendules à l’heure et de l’ordre dans ce bouleversement ?

 

Tant de questions se posent à propos de l’Amour !

Pourquoi cette difficulté de trouver la véritable « âme sœur » ? Peut être parce qu’il n’y en a qu’une sur Terre, et que c’est sûrement un coup de chance extraordinaire que justement les deux chemins faits pour se rencontrer se rejoignent bel et bien un jour ? Pourquoi l’échec de tant d’histoires d’amour qui semblaient avoir si bien commencé ? Parce qu’il ne s’agissait pas du véritable Amour ? Mais qu’est ce que le véritable amour , alors ? Sans doute, entre autres, celui qui fait que l’on accepte totalement et sans condition l’autre tel qu’il est, en aimant tout autant ses défauts, si humains, que ses qualités, si nobles

 

Pourquoi, finalement, l’Amour est-il toujours considéré comme une prise de risque, et non l’aboutissement du chemin, certes parfois rocailleux et que l’on a parcouru en se déchirant la plante des pieds, pour aller coûte que coûte, et quelques soient les épreuves à traverser, à la rencontre de l’autre chemin, celui qui devait absolument rejoindre le nôtre ?

 

Pourquoi tant de personnes n’écoutent pas leur cœur quand ils se rendent compte, un jour, que dans leur vie, le véritable Amour est venu se présenter, dans toute son intensité, dans toute sa beauté et sa sincérité, mais aussi dans toute sa simplicité, avec cette envie si naturelle de s’exprimer et se vivre, pleinement et complètement…

Pourquoi, quand ils ont compris que l’âme sœur a été trouvée, que l’harmonie totale règne, ou peut régner, certaines personnes déjà engagées n’osent remettre leur vie en question, et vivre ce bonheur total quand d’autres seraient prêtes à tout laisser tomber et à suivre la personne aimée jusqu’au bout du bout du monde, même dans des régions du globe où il fait moins soixante degrés toute l’année ?

Par peur de blesser. Peut être par manque de courage, pour d’autres. A chacun ses raisons, que l’on ne doit pas juger évidemment. Mais dans tous les cas, il ne faut pas craindre les regrets éventuels. Un film bouleversant sur le thème du grand Amour auquel l’’héroine choisit de renoncer par loyauté envers son mari, avec qui elle vit une relation stable et sans histoires, mais dans laquelle elle semble ne pas s’épanouir, est celui réalisé et magnifiquement joué par Clint Eastwood et Meryl Streep : "Sur la route de Madison".

 

Pour certains, qui voient peut être la vie à travers le filtre de la peur, on peut penser qu’il s’agit de l’anxiété à l’idée de s’engager dans l’inconnu, peut être craignent-ils de perdre la maîtrise d’eux-mêmes, de leur libre arbitre, le contrôle de leur vie, d’une vie dans laquelle ils ont construit une forme de régularité parfois simplement rassurante, à défaut d’être satisfaisante ? C’est peut être là le problème du « Est-ce bien raisonnable ? »

 

D’autres, dont le filtre à travers lequel ils regardent la vie semble être celui du « tout psychanalytique, tout explicable » pensent peut être reconnaître dans un sentiment aussi intense, aussi absolu, un comportement immature encore "fleur bleue", ou quelque chose de névrotique, lié à une souffrance passée, à une sorte de nœud qu’il faudrait dénouer, et qui se dénouerait si la personne analysait et comprenait, dans une démarche psychanalytique, l’événement marquant de sa vie qui a bien pu l’influencer par la suite à éprouver un tel attachement ? Ce serait alors la question du « Pourquoi tu l’aimes ? », « Pourquoi c’est lui que tu aimes et pas un autre ? » « Pourquoi à ce point là, finalement ? » etc.Pourquoi ? Pourquoi ? Et pourquoi se poser de telles questions ? Les réponses, si tant est qu’elles existent vraiment, ou que l’on cherche absolument à trouver, sont-elles si intéressantes que cela à connaître ? Que peut-on retirer de positif d’une telle attitude face à un sentiment aussi humain, aussi naturel et aussi fort que l’Amour ?

 

Peut être pense-t-on également, comme cela semble être le cas dans les fictions télévisées, qu’un Amour aussi intense ne peut que s’accompagner de possessivité, de jalousie, ou d’une certaine perte de sa liberté et de son individualité ?

 

Il faut bien évidemment respecter toutes les opinions et les choix concernant la forme d’amour considérée la plus appropriée pour une personne donnée. Tout le monde n’a peut être pas envie de vivre une passion. Mais ce qui est désolant, c’est qu’en dehors de l’amour que l’on pourrait appeler « construction progressive », c’est-à-dire basé sur le schéma considéré comme idéal de la maison dont on poserait méticuleusement chaque pierre l’une après l’autre, l’amour « coup de foudre », l’amour « passion » est trop souvent, pour ne pas dire toujours, présenté, notamment dans les fictions, donc, comme quelque chose de forcément éphémère, de forcément dramatique et pathétique, et donc voué à l’échec, puisqu’au départ les sentiments étaient trop forts, trop intenses, pour donner lieu à une relation équilibrée et durable.

 

Ne serait-ce pas au contraire ces sentiments d’une force inouïe, considérés à tord comme excessifs au point que certains en viennent même à douter de leur sincérité, qui permettent de pleinement et totalement accepter l’autre tel qu’il est, avec tous ses petits défauts de rien du tout, alors que chez tant de couples, ces défauts finissent mallheureusement par entamer petit à petit le quotidien, puis la relation, la ronger, et la mener peut être, finalement vers le néant ? Un néant dont on apprend à se satisfaire au jour le jour, et la vie continue, imperturbable, faute de mieux, ou un néant dont on finit par prendre conscience de l’absurdité, et qui se termine un jour par une séparation.

 

Pourquoi, va-t-on dire en effet, considérer que seule la passion, l’amour total valent la peine d’être vécus, et ne pas vouloir admettre cette peur de s’engager dans une relation totale et fusionnelle, si l’occasion se présente un jour de la connaître, quand on sait qu’il est toujours plus facile et moins douloureux d’assumer une séparation éventuelle (même les contrats de mariage garantissent -en principe- de rester ensemble, mais non de s’aimer jusqu’à la fin de sa vie) avec une personne que l’on a aimée sur un mode moins enflammé, moins fusionnel et moins passionnel ?

 

Comment ne pas comprendre également la peur de s’engager dans une histoire d’Amour absolue, par crainte des conséquences possibles si l’on doit perdre la seule personne à qui on a eu envie de tout donner, à qui on voulait consacrer sa vie entière ?

Et comment se relever du fond du gouffre, remonter la pente du désespoir et reprendre le cours de son existence quand on a connu un tel sentiment Amoureux, mais que par manque de réciprocité, par peur, par doute, indifférence ou autre, on a vu son Amour, pourtant totalement sincère, être impitoyablement rejeté ?

 

Est-ce parce que l’on parle tant d’Amour dans notre société, mais qu’on le met toujours en scène sous une forme dramatique, voire destructrice, qu’il peut faire si peur et si mal, et que cela incite plutôt tant de personnes à chercher à l’éviter ?

 

Autant de questions, posées en vrac et de façon un peu confuses, auxquelles je n’ai pas de réponse, alors je terminerai en citant une réplique du film "Le Dernier Métro" de François Truffaut qui était, d’après ce que l’on connait de lui, une personne hypersensible et hyperémotive, qui a lui même connu de grandes passions amoureuses, et s’est souvent posé des questions très justes et fondamentales.

 

« Est-ce que l’Amour fait mal ?" demande l’un des personnages du film.

-Oui, l’amour fait mal. Comme les grands oiseaux rapaces il plane au dessus de nous, il s’immobilise et nous menace, mais cette menace est aussi une promesse de Bonheur. »

 

 

 

 

 


Par Surya - Publié dans : Opinion
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Mercredi 9 septembre 2009

Cela fera bientôt trente ans qu’elle est enfouie là, à quelques centimètres sous terre, en bordure de la petite route qui longe le champ et s’enfonce ensuite dans la forêt. Elle n’a pas bougé, elle n’a pas rouillé, rien ne l’a endommagée ou désamorcée. Elle est comme endormie, mais en fait elle attend…

 

Cela fera bientôt trente ans qu’elle attend, patiemment, qu’un infortuné vienne la réveiller. Pour elle, n’importe qui fera l’affaire, le premier qui passera et aura le malheur de poser le pied sur elle, parce qu’il ne savait pas qu’elle était là, tapie juste en dessous de lui, ou parce qu’il n’est qu’un enfant qui avait momentanément oublié qu’on ne peut pas jouer ou se promener partout en toute sécurité.

 

Depuis toutes ces années, elle a bien failli exploser plusieurs fois, mais le destin en a décidé autrement. Son heure n’était pas encore venue. La première fois, c’était cette villageoise qui l’a ratée de peu. Elle a eu de la chance, voilà tout. Peut être en a-t-elle eu moins le jour suivant, ou quelques centaines de mètres plus loin. Puis c’est un gamin qui n’est passé qu’à quelques centimètres d’elle. Puis un buffle insouciant. Qui aurait regretté un buffle, de toute façon, à part son propriétaire, pour qui la bête représentait un outil de travail coûteux et indispensable à sa survie quotidienne et à celle de sa famille ?

 

Alors pour l’instant, elle est là et elle attend. Un jour, c’est sûr, quelqu’un va se faire avoir. Si ce n’est demain, ce sera la prochaine fois. Ce n’est qu’une question de temps… A moins que les équipes de démineurs ne parviennent à la dénicher avant. Parfois, ce sont les démineurs eux-mêmes qui se font avoir. Ils ont beau prendre toutes les précautions, porter des équipements de sécurité et vérifier leur matériel de détection avant chaque utilisation, cela ne suffit pas toujours à assurer leur parfaite sécurité.

 

Au Cambodge, on les appelle les sentinelles éternelles. Des mines comme elles, ce pays et tant d’autres en sont toujours truffés. La plupart sont enterrées, et il peut y en avoir partout, dans les champs, les forêts, près des routes. Il y en a encore des millions de part le monde, qui attendent leur tour pour exploser et tuer, ou mutiler à vie, des hommes, des femmes et des enfants, des civils dont la vie va soudainement basculer dans l’horreur, et pour qui la guerre continue encore, même quand elle est, depuis longtemps, officiellement terminée.

 

Des pays minés, il y en a énormément, et sur presque tous les continents. Le Cambodge est en tête, avec l’Angola, la Bosnie, et l’Afghanistan, des pays les plus touchés. Depuis tout petits, les enfants cambodgiens et des autres pays minés connaissent bien le panneau rouge à la tête de mort, dont l’avertissement est toujours traduit dans la langue du pays, que l’on rencontre un peu partout, qui fait désormais partie du paysage mais agresse toujours autant le regard. Au Cambodge, le déminage a pris du retard, et l’on estimait en 2007 qu’il faudrait attendre 2020 pour que soit enfin neutralisée la dernière des quelques millions de mines restantes dans le pays, sur les neuf millions qui y auraient été enterrées.

Encore quelques millions de mines qui attendent leur heure, encore quelques millions de vies potentiellement brisées…

 

 

La guerre est déjà en soi une chose horrible, et le plus insensé est que, l’histoire de l’humanité étant intimement liée à celle de ses conflits, il existe par conséquent une histoire de l’évolution technologique des armements.

Difficile, donc, de dire sans voir le côté absurde de la situation que la fabrication des mines fut améliorée au fil du temps. Et pourtant, l’industrie de la guerre semble comporter, elle aussi, sa branche « recherche ».

 

L’ancêtre des mines aurait été inventé dès le 3ème siècle en Chine. Différentes versions se sont ensuite développées au Moyen Age et durant les siècles suivants, mais c’est lors de la guerre de Sécession aux Etats-Unis que les premières mines dotées d’un détonateur moderne firent leur apparition.

 

Puis les premières mines « antipersonnel » sont apparues lors de la première guerre mondiale. Elles servaient alors à protéger les champs de mines anti-chars.

Au départ, les mines antipersonnel n’ont donc pas été utilisées contre les populations civiles, mais à des fins purement militaires, afin que les mines anti-chars ne puissent être déterrées par les troupes ennemies mais aussi pour défendre les frontières, les ponts ou les camps, et pour entraver les déplacements des troupes ennemies.

 

Elles furent conçues pour blesser gravement, mais non tuer, car l’idée était de détourner d’autres soldats de leur mission, et ainsi ralentir l’avancées des troupes, tandis qu’ils venaient en aide au blessé. Cependant, quand on sait qu’il suffit d’une pression de cinq à quinze kilos pour déclencher une de ces mines, on comprend qu’un très jeune enfant ait toutes les chances d’y passer.

 

Ce n’est que plus tard que les mines antipersonnel ont commencé à être sciemment utilisées contre les civils, pour les terroriser, leur empêcher l’accès aux champs, et empêcher les mouvements de population, lors de conflits internes.

 

Elles furent miniaturisées pendant la deuxième guerre mondiale, et devinrent au fil du temps de plus en plus sophistiquées.

 

Des mines, il y en a de toutes sortes. On a développé, par exemple, des mines que l’on peut larguer par avion. Ce système rend tout repérage de l’emplacement de la mine impossible à effectuer, puisque personne ne sait où elle a atterri. Et comme on n’arrête pas le progrès, des mines dites « intelligentes » furent également conçues. Ce n’est pas une blague, on les a vraiment nommées ainsi. Certaines sont programmables, d’autres sont supposées s’autodétruire après un certain laps de temps. Le problème, c’est que nombre de ces mines, visiblement pas si intelligentes que ça, ne se désactivent pas comme prévu. De toute façon, même si l’on utilise désormais ce type de mines intelligentes, on ne peut pas nier qu’elles ont tout de même été fabriquées et enterrées dans l’unique but de blesser ou tuer, et non juste pour demeurer sous terre pendant quelques temps, en attendant de s’autodétruire bien gentiment. De plus, cela n’empêche pas les autres mines, les « stupides », d’être toujours là, enfouies sous terre depuis les conflits qui ont motivé leur utilisation, et de continuer, au fil du temps, à faire de nouvelles victimes de part le monde. Les belligérants préfèrent d’ailleurs utiliser celles là, en raison de leur coût moins élevé.

 

Combien de temps encore cette situation, dans laquelle il n’est fait aucune distinction entre civils et combattants, va-t-elle durer ? Plusieurs pays continuent de produire ou d’utiliser des mines, pourtant interdites par la convention de 1997, appelée aussi Traité d’Otawa, qu’ils ont refusé de signer.

 

Les mines antipersonnel ont été, et sont toujours, d’autant plus utilisées que leur fabrication est facile, et leur coût de revient très faible. Il n’est souvent que de trois dollars seulement. Les mines sont également fabriquées de manière artisanale dans les pays où se battent des groupes rebelles. En revanche, les détecter et les déterrer revient à plusieurs centaines de dollars pièce. Cette détection et destruction des mines antipersonnel est rendue obligatoire par la Convention de 1997: « Chaque Etat partie s’engage à détruire toutes les mines antipersonnel, ou à veiller à leur destruction, conformément aux dispositions de la présente Convention. »

(Article 1)

Cependant, beaucoup de pays touchés par les mines ne peuvent assumer seuls ces coûts de nettoyage des sols, et comptent sur l’aide financière des ONG et sur la bonne volonté des pays développés.

 

Il existe donc, heureusement, des organismes qui se battent pour faire définitivement interdire les mines de toute nature. Parmi ces organismes, citons par exemple deux ONG : Handicap International, qui se bat pour l’élimination totale des mines antipersonnel et des bombes à sous munition (interdites par le Traité d’Oslo en 2008), ou le HAMAP (Halte Aux Mines Anti Personnel). Il faut citer également le CMAC cambodgien, créé en 1992, financé par l’aide internationale et devenu véritablement un expert du déminage, ou le MAG britannique. Il en existe d’autres, et chacun contribue autant qu’il le peut à nettoyer la planète de ces millions de pièges potentiellement mortels qui l’infestent.

.

Leur lutte est parfois médiatisée par l’action de personnalités, comme ce fut le cas lorsque la Princesse Diana s’engagea à leurs côtés à la fin des années 90, en se rendant notamment en Bosnie et en Angola. La mise en place de la Convention d’Ottawa doit beaucoup à son engagement.

De plus, les associations regroupées au sein de la Campagne Internationale contre les Mines Antipersonnel, ont reçu conjointement, en 1997, le Prix Nobel de la Paix.

 

La convention de 1997 oblige donc les pays à déminer leurs sols, ou les pays possédant des stocks de mines à les détruire. Elle autorise cependant aux pays signataires la conservation d’un certain nombre de mines dans le but de mettre au point des méthodes de détection et former les démineurs.

Ces méthodes de déminage sont variées. Elles peuvent être manuelles, avec une détection centimètre par centimètre au moyen d’un détecteur de métaux. Cette méthode, qui peut donner l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin, est toutefois la plus fiable (même si le détecteur s’affole au moindre bout de métal, monopolisant alors l’attention des démineurs et retardant encore davantage les opérations).

Après le passage du détecteur, on enfonce, en prenant mille précautions, une tige pour sonder le sol. Il ne faut surtout pas que la tige déclenche le détonateur ! Dès qu’elle touche l’objet, les démineurs, retenant leur souffle, s’activent et commencent à le déterrer prudemment.

« Je l'avoue, j'ai toujours peur des mines, mais je travaille lentement et minutieusement, j'ai confiance dans nos équipements. » confiait en 2004 Suon Sambath, démineur au CMAC depuis 1993.

Il existe également des robots démineurs, des chiens démineurs, mais également des rats géants, dressés eux aussi pour retrouver les munitions.

Quand ce n’est pas les villageois qui décident de s’en charger eux-mêmes avec les moyens du bord, car ne pouvant continuer plus longtemps à se priver des champs qu’ils ont besoin de cultiver.

La détection des mines est parfois rendue très difficile par le fait que certaines n’ont pas été fabriquées avec du métal, mais du plastique. De plus, les techniques de déminage évoluent malheureusement avec plus de lenteur que les améliorations technologiques apportées aux mines.

 

Aussi importante que la détection et la destruction des mines est la prévention au sein de la population. Des programmes éducatifs, comme les PEPAM (Programmes d’Education pour la Prévention des Accidents par Mines) existent dans les pays minés pour informer la population des dangers qu’elle encoure. Cette prévention est d’autant plus importante que les survivants des mines, en plus de leur grave handicap, n’ont ensuite pas les moyens d’assumer les frais médicaux, les prothèses… C’est encore plus dramatique pour les enfants, évidemment. Un enfant grandit vite, alors sa prothèse, si toutefois il a la chance d’être appareillé, doit être changée tous les six mois. Un adulte doit la remplacer tous les trois ou cinq ans.

Il est donc très important que les gens, en particulier les jeunes enfants, se montrent extrêmement prudents, et apprennent les gestes qui peuvent les sauver avant qu’il ne soit trop tard, comme par exemple savoir reconnaître les mines pour ne pas les confondre avec des jouets.

 

Au-delà du grand nombre de victimes que font les mines chaque année, il faut également prendre en compte le traumatisme de la population de la zone minée, qui se traduit par exemple par la peur d’aller chercher l’eau dont on a besoin, ou l’appréhension qu’on peut ressentir quand on va cultiver un champ qu’on ne peut se permettre de laisser en friche, en ne sachant pas si ce champ est miné ou non... Beaucoup de paysans préfèrent à juste titre ne pas y aller et laisser les terres à l’abandon, mais dans ce cas c’est toute la communauté qui, faute de revenus suffisants, s’appauvrit de plus en plus, voire même sombre dans la misère.

C’est donc toute l’économie du pays qui est, longtemps encore après le conflit, gravement handicapée par la présence invisible et sournoise des mines.

 

La Convention d’Ottawa a fait son chemin, et l’utilisation des mines antipersonnel dans les conflits actuels est en diminution. Cependant, il est grand temps que la dernière des mines soit enfin déterrée et détruite, et que le dernier pays utilisateur ou producteur se décide enfin à stopper complètement et de façon définitive le recours à ces engins de mort, qui touchent à 80 % les civils, dont beaucoup d’enfants.

Il est temps que les enfants qui vivent dans les zones touchées puissent enfin recommencer à jouer où bon leur semble, sans devoir garder en permanence à l’esprit l’éventualité de sauter sur une mine, sans que l’on doive leur inculquer la peur afin de leur sauver la vie.

 

Et qu’on ne puisse plus jamais lire de témoignages d’hommes, de femmes et d’enfants dont la vie à subitement basculé dans l’horreur, parce qu’ils ont eu le malheur un jour, un simple jour de malchance, de poser le pied juste à l’endroit où il ne le fallait pas…

 

 

« Après l'explosion, j'ai vu de la fumée. J'étais à terre et je ne comprenais pas ce qui arrivait. C'est seulement lorsque j'ai tenté de bouger que j'ai compris que je perdais du sang. »

 

Lay Sokhum, 14 ans. Cambodge. (1)

 

 

« Je n'ai pas réalisé tout de suite ce qui s'était passé. Au début, je n'ai ressenti aucune douleur, mais lorsque j'ai baissé les yeux, j'ai vu que l'explosion avait arraché la moitié inférieure de ma jambe gauche. »

 

Vairavanathar Gengatharan, 53 ans. Sri Lanka. (2)

 

 

« Ma mère m'a demandé d'aller au marché avec ma sœur pour acheter des médicaments pour mon père malade. Nous sommes passées par un chemin que j'avais déjà emprunté très souvent… »

 

Suk Ratha, 15 ans. Cambodge. (3)

 

 

 

Notes de l’article, liens utiles, et sources de l'article.

 

« Sénégal : le triste sort des victimes de mines .»

Agoravox, 21 février 2008.

 

 

 

 

Par Surya - Publié dans : International
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Samedi 5 septembre 2009

Madonna. Ray of Light. 1998.
Pour moi, son meilleur album.


Voici les trois titres que je préfère sur cet album.
Par contre je ne trouve pas les vidéos intéressantes malheureusement,

  "Substitute for Love"

 "Frozen".

"To have and not to hold"





Par Surya - Publié dans : Best of musique
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