Bienvenue sur mon blog.

Bienvenue sur mon blog où je publierai de temps en temps des textes libres,

des photos, des articles sur tous les sujets qui m'intéressent,

et beaucoup, beaucoup, beaucoup de musique...

 

Les deux playlists que j'ai faites ne fonctionnent plus, ou alors une fois sur cinq...

Je vérifie de temps en temps les articles que je poste dans "Best of musique"

et si les vidéos ne fonctionnent plus, je les remplacerai alors par

des liens directs vers des sites de vidéos.

 


Pour me contacter, rendez vous sur le Chemin de Traverse,
entre le Chaudron Baveur et la boutique Ollivander's.

Ou alors cliquez sur "Contact" dans le module

de présentation à droite..



Certains articles de ce blog ont été publiés sur :

Si vous désirez y ajouter des commentaires, cliquez ICI.

Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 18:23

carte-des-malouines_165.png C'est reparti ! Ca chauffe à nouveau aux Malouines. L'Argentine prétend que les Malouines (Malvinas) sont argentines. Les Britanniques, qui y sont définitivement installés depuis 1833, prétendent que les Malouines (Falklands, qui est le nom officiel) sont britanniques. Ce dialogue de sourds a déjà engendré une guerre en 1982, et voilà que la tension monte à nouveau à quelques semaines du trentième anniversaire de ce conflit armé. Le Royaume Uni a dépêché sur place un destroyer, ainsi que le Prince William, pilote d'hélicoptère de son état, envoyé dans cet autre bout du monde en mission de six semaines. L'Argentine, de son côté, dénonce la militarisation de l'Atlantique Sud et se plaind auprès de l'ONU. Chacun voit en l'autre une nation belligérente prête à rallumer la mèche, le Royaume Uni affirmant que le déploiement militaire d'un seul bâtiment n'est qu'une simple manoeuvre défensive de routine, l'Argentine annonçant par la voix de sa Présidente ne chercher à récupérer ces îles que par la voie diplomatique et économique.

Certes, ce fut l'Argentine qui déclencha les hostilités en 1982 en envoyant ses troupes débarquer sur une terre qui n'était pas sous sa juridiction. Il faut dire que le gouvernement argentin de l'époque n'était pas ce qu'il est maintenant devenu, car la junte était alors au pouvoir, et l'on peut en effet penser que l'Argentine démocratique d'aujourd'hui saura cette fois éviter cet écueil de la guerre. Certains pensent que ce pays ne fait en réalité que convoiter, désormais, le pétrole de cette zone. Et sans pétrole ni position géostratégique de choix, quel intérêt auraient les Britanniques à vouloir conserver à tout prix ce bout de terre perdu au large de l'Amérique latine, battu par les vents, où vivent des colonies d'oiseaux, environ trois mille personnes et cent fois plus de moutons ?

Ces personnes, arguent les Britanniques, sont britanniques, descendantes de Britanniques (1), et affirment fermement vouloir rester britanniques. Les Argentins, quant à eux, enseignent à chacun de leurs enfants dans les écoles que les Malouines sont argentines et que les Anglais ont volé leurs îles. Cette revendication sur les Malouines est également perçue comme une façon de maintenir l'union nationale en Argentine. Les récupérer serait alors une mission patriotique. Les Malouines sont situées à plus de 12000 kilomètres des côtes Britanniques, et seulement à 480 km de celles de l'Argentine. Cela constitue-t-il un motif légitime de revendication ? Et si les Britanniques prétendent et que les Argentins prétendent eux aussi, alors à qui appartiennent vraiment ces Iles ? Ces deux pays ne seraient-ils en effet que "deux chauves se battant pour un peigne", selon les propres termes de Jorge Luis Borges à propos de la guerre des Malouines de 1982 ?

 

Les Malouines sont-elles une colonie ? Pour essayer de le savoir, il faut bien sûr remonter le temps et examiner de près le passé. Chose peu aisée vue que l'histoire des Malouines semble assez compliquée. Qui dit "colonie", dit alors, logiquement, "peuple colonisé". On peut penser (à priori, mais l'on peut aussi débattre de cette idée) que l'on ne colonise pas une terre inoccupée, surtout si elle n'appartient à personne. On s'en empare, plutôt, on s'y installe. Cela dit, il est difficile de nommer autrement que "colonie" une terre sur laquelle un groupe de personnes venues d'ailleurs, parfois de très loin, décident de s'établir. Quoi qu'il en soit, il n'y avait personne aux Malouines, aucun peuple "autochtone", lorsque les premiers immigrants ont débarqué. Si une terre appartient de droit au premier qui s'y est installé, plutôt qu'à son dernier occupant en date, alors reste à savoir qui y est arrivé le premier. Même ce sujet fait l'objet de polémiques et d'incertitudes.

 

Alors, qui ? A qui appartenaient les Malouines avant de passer sous contrôle britannique ? Aux Argentins. L'Argentine a en effet possédé ces îles de 1820, apparemment, à 1833, date à laquelle les Britanniques en ont pris le contrôle. Mais nous verrons plus tard que ce n'est pas aussi simple que cela. En tout cas, logiquement, les Argentins et les Britanniques ne devraient pas être les seuls à revendiquer les Malouines, vu qu'il y a sans doute eu quelqu'un d'autre avant eux. On remonte un peu plus loin dans le temps, un peu comme le ferait un télescope dont la puissance nous permet de voir de plus en plus loin dans le passé de l'univers, et là, on tombe sur des Iles Malouines appartenant aux Espagnols. Gérées par la puissance coloniale établie... à Buenos Aires. On pourrait donc penser que les Espagnols ont également des droits sur les Malouines, puisqu'ils en ont également été les propriétaires légaux.

Mais au fait, de qui les Espagnols tenaient-ils donc les Malouines ? Cédées à l'Espagne en 1767 par... la France ! C'est en effet Bougainville qui fut le premier à s'y installer véritablement en 1764, en compagnie de nombreux marins Malouins. C'est d'ailleurs de la ville de Saint Malo que les Iles Malouines tirent leur nom français. Mais alors, pardi, c'est la France qui devrait revendiquer les Malouines !

"Rendez-nous... les Malouines ! Rendez-nous... les Malouines !!"

Mais au fait, euh... les Français furent-ils vraiment les premiers à débarquer ou s'installer aux Malouines ? Eh bien non. Avant Bougainville, le Britannique John Strong y débarqua en effet en 1690, et donna à l'archipel le nom de Falklands. Encore avant lui, c'est le Hollandais Sebald de Weelt qui débarqua en 1600, et nomma ces îles "Sebald". Et avant lui encore, il y a eu John Davis, navigateur et explorateur anglais, en 1592. Des Amérindiens auraient visité les Malouines au seizième siècle. Une chose est sûre, il n'y avait personne sur les îles lorsque le premier Européen y posa le pied.

Cet embroglio de différents propriétaires, découvreurs et visiteurs au fil du temps n'aide pas beaucoup pour se forger une opinion au sujet de qui a le droit de posséder légalement ce territoire, d'autant plus que l'on ne s'est pas jusqu'ici demandé si les nations successives en sont devenues propriétaires par la force, ou si elles les ont acquises, ou reçues gratuitement, de façon tout à fait légale.

 

Par le canon, ou la négociation ? A l'époque de la présence française sur les îles, le Capitaine britannique John Byron arriva en 1765 à l'ouest de l'archipel et y fonda en 1766, au nom du Roi George III, un port, dans lequel s'établirent des Britanniques. Ca ressemble à une prise de possession illégale mais, pour sa défense, il faut faire remarquer qu'il ne savait même pas que les Français se trouvaient déjà dans les parages. Puis les Espagnols auraient acheté l'archipel aux Français en 1767. Tant pis, continuons quand même à les appeler "Malouines"... Trêve de plaisanterie, après quelques déboires et avoir frôlé la guerre, le Capitaine Byron put regagner son port. Plus tard les Britanniques durent se retirer (partiellement ? les sources semblent diverger) en raison des tensions provoquées par la révolution américaine, mais, comptant visiblement revenir, ils prirent garde à poser une plaque commémorative mentionnant leur souveraineté sur le territoire. En 1806, le Gouverneur espagnol s'en fut aussi, après avoir également pris soin de poser sa plaque. Il demeura ensuite une présence espagnole dans l'archipel jusqu'en 1811. Et, à la lecture de Wikipedia, c'est là que l'on commence à s'arracher les cheveux, notamment parce que les différents articles ne relatent pas les détails de l'histoire de la même façon.

Pour simplifier, en 1820, la Frégate argentine ("Provincias Unidas del Río de la Plata", à l'époque) "Héroica" étant endommagée par une tempête, elle fit escale aux Malouines, et son Capitaine y planta tout naturellement le drapeau de la Province, revendiquant la possession au nom de la Province. (2) Les Provincias Unidas n'eurent toutefois jamais vraiment le contrôle de l'archipel en raison du contrôle partiel visiblement conservé par les Britanniques. Après une série d'incidents, les Britanniques décidèrent de réaffirmer leur souveraineté sur l'archipel. Ce fut chose faite en janvier 1833 quand, à la requête des Britanniques, le drapeau argentin fut descendu et remplacé par le drapeau britannique, sans qu'un seul boulet de canon ou aucune balle ne soient tirés. Il faut dire que l'armée argentine était composée majoritairement (3) de mercenaires britanniques, qui refusèrent de se battre contre leurs compatriotes. Les Argentins préfèrèrent donc se retirer. Alors, comment analyser cette défaite argentine, et que faut-il en conclure ?

Les Argentins avaient-ils réellement le droit de hisser leur drapeau et revendiquer la possession de l'archipel lorsqu'est arrivé l'Héroica sur les côtes malouines ? Certes, la récupération de l'archipel, si l'on part du principe qu'il était bel et bien demeuré britannique, s'est faite sans effusion de sang, mais les Britanniques n'étaient pas non plus arrivés avec des bouquets de fleurs à la main, et nul doute que l'armée argentine ne se serait pas laisser ainsi expulser si elle avait eu les moyens de combattre. Une fois encore, une guerre a pu être évitée. Canon, non. Alors, négociation ?

Il demeure difficile de se faire une opinion quant à la souveraineté de l'archipel des Malouines si l'on ne se base que sur les faits historiques. 

 

A 480 kms des côtes argentines, à plus de 12000 des britanniques... En dehors des raisons vues plus haut, quelles motivations peut avoir l'Argentine à revendiquer les Iles Malouines ? Il semble logique que l'Argentine revendique aujourd'hui une terre située à seulement 480 kilomètres de ses côtes. Cependant, les détracteurs de l'Argentine font remarquer que ce qui compte, c'est le fait que le territoire revendiqué se trouve ou non dans les eaux territoriales du pays d'où émane la revendication. Or, les Falklands ne se situent pas dans les eaux territoriales argentines. Si cet argument est recevable, qu'est-ce que cela change, donc, que l'archipel se trouve plus proche, géographiquement parlant, de l'Argentine que du Royame Uni ? Il ne se trouve même pas dans la Zone Economique Exclusive de l'Argentine, puisque cette limite s'étend jusqu'à 200 milles marins au delà de celle des eaux territoriales d'un pays. (4) En conséquence, l'Argentine ne peut donc même pas revendiquer les Malouines comme zone de pêche exclusive. En 2009, l'Argentine a déposé devant l'ONU une demande d'élargissement de sa Zone Economique Exclusive, incluant une part de l'Antarctique disputée au Chili. Cette demande était-elle recevable ?

 

Et maintenant ? Les partisans du Royaume Uni ne manquent pas de faire remarquer que même si l'Argentine avait de bonnes raisons de considérer que les Malvinas lui appartiennent, il faudrait que ce pays balaye devant sa porte et rende au Paraguay les terres extorquées lors de la Guerre de la Triple Alliance

Et puis il y a le pétrole, qui ravive les tensions. Une prospection pétrolière dans les eaux malouines a été entamée en 2010. Les Argentins s'y sont fermement opposés et ont tenté de mettre des bâtons dans les roues des Britanniques. Le problème, c'est qu'actuellement les Falklands appartiennent de fait aux Britanniques, que cela soit justifié ou non, et ils ont par conséquent le droit de forer dans les eaux malouines et de posséder le pétrole qu'ils pourront y trouver. Il est difficile dans ce cas pour les Argentins de justifier leur "plaintes judiciaires devant les plus hautes instances, pour prospection et exploitation de ressources argentines". Qu'ils interdisent leurs ports aux navires britanniques transportant le matériel de forage est une autre histoire, et ils ont, on le suppose, parfaitement le droit de le faire.

Le problème des Malouines réside aussi dans le fait que chacune des parties, arguments à l'appui, considère que c'est dans son bon droit de vouloir posséder ce groupe d'îles. Les Britanniques, qui ne veulent pas entendre parler de céder les Falklands aux Argentins, refusent de négocier également en raison du fait que les habitants de l'archipel ne veulent en aucun cas devenir argentins.

A chaque anniversaire de la guerre de 1982, les tensions sont un peu ravivées. Cette fois, avec le trentième anniversaire qui approche, cela semble plus sérieux, et la situation est inquiétante.

Cependant, l'Argentine et le Royaume Uni sont-ils vraiment deux chauves se battant pour un peigne ?

Difficile, lorsque l'on n'est pas de parti pris, de se faire une opinion et prendre position. Peut-être faut-il, pour cela, approfondir un peu plus ses lectures, et pourquoi pas reprendre même le problème depuis le début.

Alors c'est reparti. L'Argentine prétend que les Malouines sont argentines, les Britanniques prétendent que les Malouines sont britanniques...

 

Notes.

(1) La majorité de ces trois mille personne est Britannique. Vivent également aux Malouines, selon Wikipedia-en, quelques Français, Portugais, scandinaves et Gibraltariens.

(2) Petit détail sans importance, le Capitaine en question, David Jewett, était Américain, né dans le Connecticut. Cela donna tout de même l'occasion de quelques polémiques. Jewett s'était mis au service de la marine de la Province. Plus tard, il se mit au service de celle du Brésil, et combattit contre l'Argentine.

(3) A près de 80% !! L'article de Wikipedia qui relate ce fait ne nous apprend pas pour quelle raison.

(4) Pour mémoire, 1 mille marin = 1852 mètres. La limite des eaux territoriales, quant à elle, se situe à 12 milles marins. Convertisseur en ligne

 

Source de la carte.




hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : International
Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 13:28

C’est une grève sans précédent qui aura lieu mercredi 30 novembre 2011 au Royaume Uni. Il s’agira en effet de la plus importante grève depuis 1926 !  Les employés du secteur public cesseront le travail afin de protester contre la réforme annoncée de la retraite, qui prévoit de travailler plus longtemps en cotisant plus, pour au final toucher moins. Parmi les actions entreprises, les deux tiers des écoles seront fermées, les bibliothèques et Jobcentres (l’équivallent de notre ANPE) seront eux aussi fermés, le NHS (National Health Service, le système de santé public et gratuit britannique) sera touché, de même que le système judiciaire, et l’on parle de retards et d'annulations de vol, voire de chaos, dans les aéroports.

La réforme a déjà fait l’objet d’une révision, et le gouvernement conservateur de David Cameron espérait au début du mois de novembre que la nouvelle mouture serait acceptée par les syndicats qui, peu satisfaits par ce que le Premier Ministre nommait une « offre juste », ont maintenu leur mot d’ordre de grève.
Le gouvernement britannique argue que la réforme des retraites s’impose dans la mesure où les gens ayant de nos jours une espérance de vie allongée, il est normal que le nombre d’années de cotisations soit augmenté. Le coût des retraites des employés du secteur public, payées par les impôts, ayant augmenté d’un tiers, a-t-il annoncé, il n’était pas possible de laisser ces coûts augmenter encore. Pour justifier sa réforme, le gouvernement britannique avance que de toute façon les retraites du secteur public resteront supérieures à celle du secteur privé. Dans l’ensemble, côté conservateur, on pense également qu’il n’y a pas de raison que ceux du secteur privé doivent continuer à subventionner par leurs impôts les retraites d’un secteur public déconnecté de la réalité économique.
Il semblerait que peu de gens au Royaume Uni contestent l’utilité d’une réforme en elle-même, car le désaccord entre les syndicats et le gouvernement porte sur son contenu et non sur le principe même d’une réforme. Le leader syndical Brendan Barber (Secrétaire Général du Trade Union Congress) précise en effet que ce n’est pas le changement en lui-même qui est contesté, mais le fait que cette réforme, avec ses augmentations importantes dans les cotisations, est injuste et donne le sentiment qu’elle servira surtout à réduire le déficit à court terme.
Les syndicats ont jugé que les améliorations apportées à la réforme par le gouvernement étaient minimes, et espéraient qu’il dépose une offre plus acceptable. « En l’état actuel des choses, le plan pour le 30 novembre est maintenu » a annoncé Barber au début du mois de novembre. Il a plus tard renouvelé auprès du gouvernement sa demande de nouvelles propositions. Il précise que les fonctionnaires sont démoralisés, et sont motivés à faire grève par un immense sentiment d’injustice. Finalement, il pense que le gouvernement conservateur va subir des conséquences au niveau politique si aucun terrain d’entente n’est trouvé. Paul Kenny, un autre leader syndical, a fait remarquer que la grève était inévitable, et que c’était « très dommage ».
Côté Labour, on avance que les modifications de la réforme sont un pas dans la bonne direction, mais qu’il reste beaucoup à faire.
Certains Britanniques sont donc partagés quant au bien fondé de la grève elle-même. Ceux qui sont pour font remarquer qu’elle est justifiée parce qu’il n’est pas normal de devoir travailler plus longtemps en cotisant davantage pour au final recevoir une retraite réduite, et qu’on ne peut avoir la même énergie au travail lorsqu’on est jeune ou que l’on est proche de la retraite. Des employés du secteur privé interrogés par la BBC ne comprennent pas, quant à eux, ce qui motive ceux du secteur public, qui bénéficient de la garantie de l’emploi et sont certains d’obtenir au moins cinquante pour cent de leur salaire à la retraite, à stopper le travail.
Cependant, un sondage de la BBC News révèle que 61% des Britanniques pensent que la grève des employés du secteur public est justifiée. Les jeunes y seraient plus favorables que les personnes déjà retraitées.
Deux millions de personnes sont attendues dans la rue lors des manifestations de mercredi. Devant un pays brusquement à l'arrêt et deux millions -au moins- de personnes dans les rues, quelle sera la réponse du gouvernement conservateur de David Cameron ?
 
 
(Ps : juste une précision, histoire de ne pas trop simplifier : le gouvernement de David Cameron n'est pas totalement conservateur puisqu'il s'agit d'un gouvernement de coalition avec les Liberal Democrats. Celà dit, il y a tout de même 18 ministres conservateurs pour 5 LD)
 
hawaii-separateur.gif
Par Surya - Publié dans : Actualité
Jeudi 17 novembre 2011 4 17 /11 /Nov /2011 10:38

J'adore Michel Polnareff et je ne lui ai même pas encore consacré le moindre article ! Il faut réparer ça au plus vite !! Voici donc quelques titres parmis mes préférés.

 

Holidays (http://www.youtube.com/watch?v=xbRNz2D1w4M&feature=related)

 

La poupée qui fait non  (http://www.youtube.com/watch?v=eGXBA8N9AC0&feature=related) La chanson a été reprise par de nombreux artistes dont les Byrds (http://www.youtube.com/watch?v=QPE5aAhq2bE&feature=related)

 

I love you because (http://www.youtube.com/watch?v=t1hvXNMB6k0&feature=related)

 

Sous quelle étoile suis-je né ? (http://www.youtube.com/watch?v=-3QSwo4Qj38&feature=related)

 

Lettre à France. (http://www.youtube.com/watch?v=WHCJVQNy6O0&feature=related)

 

Love me please love me (http://www.youtube.com/watch?v=EtS0NIwZY_k&feature=related)

 

L'oiseau de nuit (http://www.youtube.com/watch?v=bHeXHy-KPuk)

 

L'homme qui pleurait des larmes de verre (http://www.youtube.com/watch?v=Se_AcoZtNVU)

 

On ira tous au paradis (http://www.youtube.com/watch?v=FNpTAn8saDc&feature=related)

 

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : Best of musique
Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 13:38

 

 La Cinémathèque de Paris présente, depuis le 19 octobre, une exposition consacrée à Metropolis, le chef d’œuvre de Fritz Lang. Œuvre avant gardiste amputée de plus d’un quart de son contenu juste après sa sortie en 1927, présentée en différentes versions selon les pays et le public visé, restaurée, reconstruite en de multiples occasions et tentatives plus ou moins heureuses, on peut dire que peu de films auront connu un tel destin ! Cette exposition exceptionnelle, qui mérite que l’on vienne de loin pour la voir, est présentée à l’occasion de la sortie en France, le 5 octobre dernier, du DVD de la toute dernière version de ce film, patiemment restaurée de 2008 à 2010, qui montre, pour la première fois depuis plus de quatre-vingt ans, le chef d’œuvre dans sa presque intégralité. Un événement à ne pas manquer !


metropolis.jpg Fritz Lang était sûrement loin d’imaginer le destin qu’allait connaître son futur film Metropolis lorsqu’il visita, en 1924, la ville de New York, dans le but d’y présenter son film Die Niebelungen qui venait de connaître un énorme succès. L’architecte de formation (il entreprit des études d’architecture pour obéir à son père, mais n’exerça jamais) et amateur d’art fut ébloui par la vision des gratte ciels, notamment le Woolworth, et cette vision lui inspira, dit-on, dit-il lui-même, son futur scénario. D’autres sources affirment qu’ « en réalité, il avait annoncé son projet quelques mois plus tôt, à Vienne, avec Théa Von Harbou. » (1) Théa Von Harbou, sa scénariste puis épouse, qu’il quitta, cette fois de façon définitive, en 1933 lorsqu’il partit en exil, alors qu’elle choisissait de rester en Allemagne et rejoindre le parti nazi. C’est Théa Von Harbou qui est à l’origine du scénario de Metropolis et qui écrivit en 1926 le roman du même nom. Les sources diverses ne précisent pas de façon très claire si le roman fut écrit avant, ou après le scénario.

A l’époque de cette première visite américaine, Fritz Lang, citoyen allemand d’origine autrichienne né en 1890, ne se doutait donc pas que ce pays deviendrait quelques temps plus tard sa terre d’adoption, ayant été contraint et forcé de quitter l’Allemagne après que Goebbels, conquis par son travail, lui ait « proposé » lors d’un entretien de devenir le cinéaste officiel du parti nazi. Lang, qui n’y tenait évidemment pas, s’est sorti de cette situation délicate en demandant un délai de réflexion. Rentré chez lui, il aurait fourré à la hâte quelques affaires dans un sac et aurait sauté, en pleine nuit, dans le premier train pour Paris. Cette version du départ précipité en pleine nuit est parfois remise en question, toujours est-il que Lang s’enfuit bel et bien. Le vent le porta ensuite jusqu’aux Etats Unis. Il y a donc une rupture dans sa carrière entre sa période dite « allemande » et sa période dite « américaine », les films muets qu’il a réalisés appartenant à la période allemande.

 

Expressionnisme. 

Cette période allemande, c’est celle du cinéma expressionniste , bien que Fritz Lang ait refusé, peut-on lire parfois, d’être classé parmi les adeptes de ce mouvement artistique , qui est en fait presque un état d’esprit, en ceci qu’il marqua une rupture dans la manière de représenter la réalité. Son film Metropolis est pourtant considéré comme une des œuvres majeures du cinéma expressionniste allemand (l’exposition le présente comme une œuvre se situant à la frontière de l’expressionnisme et de la Nouvelle Objectivité ), au même titre que Le Cabinet du Docteur Caligari  (2)  de Robert Wiene, sorti en 1920, dont le producteur Erich Pommer avait d’ailleurs proposé le sujet en premier à Fritz Lang, ou le Faust de Murnau (1926).

Le terme « expressionnisme » vient du mot « expression ». Expression déformant les traits naturels du visage au repos, par exemple. Le mouvement expressionniste est flou, il n’a pas vraiment de début, encore moins de véritable fin, bien que sa fin ait été datée de façon officielle, ce qui fait que de nombreux films récents sont qualifiés eux aussi d’expressionnistes. Il n’eut pas de Manifeste comme ce fut le cas pour le surréalisme, et s’est épanoui notamment après la première guerre mondiale en Allemagne, dans le domaine de la peinture, plus tard dans celui de la sculpture et l‘architecture (3), avant son apparition au cinéma. Au niveau architectural, on remarquera bien sûr la tour Einstein , l’observatoire astronomique de 1921 construit à Potsdam. Certains architectes (et peintres) se lancèrent d’ailleurs dans les décors de cinéma. Le décor deviendra par la suite l’un des éléments clés du cinéma expressionniste.

De nombreuses peintures expressionnistes ont vu le jour dès le début du vingtième siècle, puis ont été qualifiées, ainsi que leurs auteurs, de dégénérées par les nazis, qui ne supportaient pas la liberté avec laquelle les peintres exprimaient la réalité. Ces œuvres furent alors bannies des musées. Une exposition de ces œuvres, intitulée « Art dégénéré » eut d’ailleurs lieu à Munich en 1937, que la plupart des gens vinrent visiter animés par un esprit de rejet, de détestation et d’incompréhension totale. Il ne s’agissait pas, pour les artistes expressionnistes, de reproduire la réalité objective, mais celle qui leur est dictée par leur vision intérieure.

« Que pensez-vous de l’expressionnisme ? » demande un personnage au Docteur Mabuse dans un autre célèbre film de Fritz Lang. « L’expressionnisme n’est qu’un jeu… » répond-il. « Pourquoi pas d’ailleurs ? Tout est jeu aujourd’hui. »

Au début, le terme « expressionnisme » signifiait en Allemagne « moderne ». Le mouvement artistique se fonda au départ sur le rejet de l’impressionnisme français, ce qui engendra dans les œuvres produites lignes droites, diagonales, angles aigus et cassés, et représentations de murs en porta faux que l’on retrouvera plus tard dans les décors du cinéma expressionniste. La perspective était traitée de manière différente. Ce qui caractérise notamment le cinéma expressionniste, ce sont donc les décors souvent composés de formes géométriques absurdes, mais également les éclairages brutaux, comme par exemple ceux d’un visage montré en gros plan, les jeux d’ombres et de lumières, les effets de caméra si typiques et les trucages. La nouvelle géométrie architecturale (distorsion des perspectives, rejet des angles droits…) symbolisera également, dans le cinéma expressionniste, l’état mental du personnage, la confusion de l’esprit, la folie étant l’un des thèmes de prédilection de ce courant artistique.

Le thème du double est également très présent dans le cinéma expressionniste, notamment dans les films de Fritz Lang où il joue un rôle primordial (voir la fausse Maria de Metropolis), ainsi que l’absence de nature, les relations d’emprise et de fascination des personnages, le symbolisme, la présence de l’inconscient et la confusion entre le cauchemar et la réalité.

 

Metropolis.

2026. La mégalopole de Metropolis se divise en deux parties bien distinctes : la ville d’en haut, aussi nommée “Cité des Fils” où vit un peuple de nantis insouciant et oisif, dont les seules préoccupations sont de s’amuser, organiser des tournois sportifs et se promener dans les “Jardins Eternels”, sortes de paradis terrestres contrastant avec l’enfer de la ville d’en bas, celle des profondeurs, privée de la lumière du jour, où   vivent et triment les ouvriers des machines de Metropolis, ceux dont dépend la bonne marche de la cité, que l’on désigne par leurs numéros. Il est intéressant de constater que le texte du générique, au début du film, défile de bas en haut, en un mouvement ascendant, lorsqu’il présente le monde d’en haut, et de haut en bas, en un mouvement descendant, lorsqu’il décrit le monde souterrain.

La cité de Metropolis rappelle un peu le Titanic, avec les salles des machines ou suaient sang et eau les ouvriers dont dépendait la bonne marche du navire, tandis que sur les ponts supérieurs, ignorante et insouciante de ce qui se passait en dessous, se délaissait la bonne société. A ceci près que sur le Titanic voyageaient également des passagers de seconde et troisième classe, alors qu’à Metropolis, il ne semble pas y avoir de classes intermédiaires entre les nantis et les miséreux, mis a part pour des personnages comme Josaphat, employés de Joh Fredersen, le créateur et Maître de la cité, et donc forcément un rang ou deux en dessous de lui.

Freder est le fils de Joh Fredersen. Fredersen, un homme froid et insensible qui n’hésite pas à mettre à la porte, autant dire à la rue, Josaphat pour des fautes mineures. Un jour, alors que Freder s’amuse dans les Jardins Eternels avec celle désignée pour lui tenir compagnie ce jour-là, débarque Maria, une habitante de la ville d’en bas, accompagnée de nombreux enfants d’ouvriers ébahis par les merveilles qu’ils découvrent, et dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. « Regardez, ce sont vos frères » dit Maria en désignant aux enfants ces personnes étranges. Les deux « camps » se regardent quelques instants avec dans les yeux la même expression d’étonnement et de fascination que s’ils avaient débarqué sur une nouvelle planète et faisaient pour la première fois connaissance avec ses habitants. La façon dont cette scène est tournée, les effets de caméra utilisés pour montrer Maria et Freder se dévisageant comme s’ils se découvraient à travers un mur de brume, ou comme s’ils vivaient dans deux univers parallèles qui ne pouvaient entrer en contact direct sans créer des interférences, des courts circuits dans l’espace-temps, renforce cette impression d’étrangeté. Pour Freder, c’est le coup de foudre immédiat. Il est fasciné par la beauté naturelle, sans fards, de cette femme au visage angélique. Mais déjà Maria doit partir, chassée par une espèce de Maître de Cérémonie, qui s’éponge ensuite avec soulagement (mais aussi embarras) le visage avec son mouchoir, comme si l’on avait évité de justesse la catastrophe. Son embarras, il le doit au fait que l’on n’est pas supposé montrer aux habitants de la ville d’en haut la réalité du monde d’en bas, les gens, leurs guenilles, leur misère, et risquer ainsi de gâcher leur journée ou corrompre leur esprit. Les deux mondes s’ignorent et s’évitent.

Cependant, la venue de Maria montre que ces deux mondes ne sont pas totalement cloisonnés, et que l’on peut se rendre de l’un à l’autre sans difficulté. Freder décide de descendre dans la ville d’en bas, à la recherche de Maria dont il est désormais éperdument amoureux. Apres avoir pris la place (il lui annonce vouloir échanger sa vie avec lui) de Georgy, l’ouvrier numéro 11811 qui sue dix heures par jour sur une étrange machine en forme de pendule dont il doit manipuler sans cesse les aiguilles, Freder découvre l’insupportable existence des ouvriers, véritables esclaves au service des nantis d’en haut, marchant au pas cadencé, travaillant comme des robots complètement déshumanisés. Pris d’hallucination après avoir assisté à une terrible explosion, Freder voit les ouvriers se faire dévorer par les machines devenues démons. Il découvre également que, le soir après le travail des ouvriers, Maria prêche la paix entre les classes sociales dans les catacombes, situées bien en dessous des niveaux les plus bas de la ville souterraine, dont une partie a été aménagée en une sorte d’église au décor agrémenté de nombreuses croix de bois. Maria croit en la venue prochaine d’un « médiateur », qui saura unir le cerveau (les concepteurs de Metropolis) et la main (les ouvriers de la ville d’en bas) grâce au cœur, qu’il incarnera. « Le médiateur entre le cerveau et la main, c’est le cœur » affirme-t-elle en effet, demandant aux ouvriers à la limite de la révolte de patienter encore un peu. Elle utilise la légende de la tour de Babel pour illustrer ses propos. La tour au sommet de laquelle vivent Freder et son père se nomme d’ailleurs “Nouvelle Tour de Babel”.

Mais déjà, Joh Fredersen apprend l’existence de ces réunions clandestines. Afin d’obtenir de l’aide, il rend visite à Rotwang, un savant à moitié fou qui ne lui a jamais pardonné de lui avoir ravi le cœur de Hel, la femme qu’il aimait, devenue mère de Freder et morte en donnant la vie à son enfant. Fredersen apprend par hasard que le savant construit un robot, à qui il compte donner le visage de Hel dans le but de la faire revivre pour lui. Une dispute a lieu entre les deux hommes, mais ils descendent malgré tout ensemble dans les catacombes et observent à travers un trou dans le mur la réunion à laquelle participe Freder. Fredersen ne reconnaît pas son fils parmi les ouvriers, mais Rotwang a déjà compris (voir le montage de la scène précédente, où   Rotwang présente le robot à Fredersen). C’est alors que Fredersen demande à Rotwang de changer ses plans, et de donner au robot le visage de Maria, afin de lui faire prêcher non plus la paix, mais la révolution. Il aura ainsi un prétexte pour utiliser la violence contre les ouvriers.

Maria est kidnappée dans les catacombes par Rotwang, dans une scène aux jeux d’ombres et de lumières mémorables, et remplacée par son double, une fois son visage donné au robot, qui sème en effet la zizanie, mais en obéissant non aux ordres de Fredersen, mais à ceux de Rotwang qui se sert de cette fausse Maria pour se venger de Fredersen. Les ouvriers se révoltent et détruisent les machines, y compris la principale, la « machine-cœur », provoquant une gigantesque inondation dans la ville d’en bas, sorte de déluge qui paralyse toute la cité, promesse peut-être de l’avènement d’une ère nouvelle, mais dans lequel manquent de périr leurs enfants.

On se doute que Freder est le médiateur qu’attend patiemment Maria. La fin du film montre Grot, le contremaître, et Fredersen, parvenant à surmonter la gêne pour le premier, la répugnance à se rapprocher d’un être socialement inferieur pour l’autre, et se serrant enfin la main, épaulés par le médiateur qui leur montre le chemin de la réconciliation et de la coopération.

Les Américains de l’époque ont vu dans Metropolis la présence de messages communistes, d’appels à la lutte des classes et à la révolution, tandis que d’autres observateurs ont relevé la tendance de l’Allemagne telle qu’elle fut incarnée par Théa Von Harbou, dont il faut rappeler qu’elle est l’auteur du scénario, de faire coopérer les classes sociales et d’étouffer les désirs de révolution des classes opprimées. Le film ne remet en effet pas en question l’organisation pyramidale de la société, suggérée dans un des textes du générique de début, qui défile dans une présentation triangulaire. Il ne s’agit pas de détruire un système pour le remplacer par un autre, et le message est très clair sur le bien-fondé d’entamer une révolution, ainsi que sur les conséquences d’un tel acte, présenté comme irresponsable par le contremaître lui-même, qui tente de faire comprendre aux ouvriers qu’ils ne sont rien sans les machines qui les gouvernent, et leur annonce que, par leur faute, les enfants sont pris au piège de l’inondation.

Apres tout, la fausse Maria, celle qui prêche la haine et la révolution, représente le mal absolu, les sept péchés capitaux, tandis que la vraie Maria, qui est la vertu, la pureté et l’innocence incarnées, parle d’amour, calme les rancœurs, les désirs de vengeance et parvient à maintenir la paix sociale, en dépit du désespoir ambiant, des conditions de travail désastreuses et même des explosions (la scène précédant l’explosion à laquelle Freder assiste montre le mercure montant dans un thermomètre, suggérant que le ton monte chez les ouvriers, et que la révolte n’est pas loin) qui emportent de nombreux ouvriers dans la mort.

La représentation de la mort, mais aussi des sept péchés capitaux, est présente tout au long du film. Le roman de Théa Von Harbou développait plus amplement que ne le fit le scenario et le film, semble-t-il, le thème biblique et l’aspect religieux. La mort est représentée par une statue de pierre tenant une faux, qui se met soudain en mouvement lorsque Freder, croyant que son père a conquis le cœur de Maria, est pris de fièvre et de délire. Là encore, durant cette scène où Freder est en proie au choc psychologique, les effets de caméra et les trucages utilisés par Fritz Lang sont extraordinaires pour l’époque. Ces ajouts de flashes et d’éclairs lumineux dans l’image, l’utilisation de flous, la façon dont la caméra bouge pour exprimer le vertige qui assaille Freder, sa vue qui se brouille, sa descente aux enfers, sont même de l’ordre de l’expérimentation cinématographique.

Fritz Lang n’hésitait pas en effet à imprimer des mouvements à sa caméra. Voir également la scène de l’inondation, lorsque les personnages montent l’escalier pour tenter de s’échapper. L’exposition de la cinémathèque révèle que lors du tournage de Metropolis, Lang plaça notamment la caméra sur une nacelle à laquelle il imprima un mouvement de balancier, qui « provoque un sentiment d’angoisse chez le spectateur » (UFA Magazin). Deux photos de tournage présentes à l’exposition montrent le réalisateur en pleine action avec cet ingénieux système. Les « adeptes » de l’expressionnisme utilisaient en effet tout ce qui pouvait provoquer une émotion, une réaction du spectateur.

La mort est présente tout d’abord de par celle de Hel dont on peut supposer qu’elle est responsable du caractère glacial de Fredersen. L’un des rares moments où il se laisse aller à une émotion (retenue, comme l’acteur Alfred Abel, qui incarne Fredersen, savait si bien le faire) est lorsqu’il découvre la statue du visage de sa défunte épouse chez Rotwang, cachée derrière un rideau. Elle est présente par le fait que Freder, qui ne craignait pas sa venue avant de connaître Maria (preuve que son existence superficielle ne lui apportait aucune joie réelle), l’implore de l’épargner désormais, lui et sa bien-aimée. Elle intervient lors du délire auquel Freder est la proie alors qu’il se retrouve alité, et pour venir à bout de Rotwang lors de l’une des scènes finales du film, alors que le combat entre lui et Freder, sur le toit de la cathédrale, fait rage.

Il est intéressant de faire le parallèle entre cette monumentale cathédrale de la cité d’en haut et la petite église clandestine du monde souterrain, dans laquelle prêche Maria (la vraie), pauvre et dépourvue de lumière naturelle mais toujours remplie de fidèles venus y chercher le réconfort et le soutien moral qui leur permet de tenir. Il est intéressant également de faire le parallèle entre cette même cathédrale, temple de la foi, et la maison de Rotwang, temple de la science, mais aussi siège de la magie et de l’occultisme, dans laquelle les portes s’ouvrent et se ferment toutes seules, emprisonnant ainsi les malencontreux visiteurs des lieux, où des robots sont transformés en humains grâce à de savants procédés mettant en jeu de mystérieux liquides bouillonnant dans des tubes et ballons de verre, où d’effrayants transferts d’énergie ont lieu, provoquant éclairs et anneaux de feu. Lang était particulièrement intéressé par l’opposition entre le monde de la magie, de l’occultisme, et celui de la technologie pure et du modernisme. On peut aussi faire le parallèle entre les machines du monde souterrain et certains instruments scientifiques du laboratoire de Rotwang, qui sont d’ailleurs parfois filmés avec les mêmes effets spéciaux lorsqu’ils sont en marche. Du reste, Rotwang semble avoir un lien particulier avec la ville souterraine : sa maisonnette, de style ancien et typiquement expressionniste (à comparer avec celle du Cabinet du Docteur Caligari) recèle en effet une trappe dissimulant un escalier en colimaçon menant directement aux catacombes. Rotwang vit un peu hors du temps, hors de la réalité et à cheval entre les deux mondes.

Il convient enfin de mettre en oposition la cathédrale, temple de la vertu qui doit élever l’humain au niveau spirituel, et le cabaret Yoshiwara, temple de la débauche, qui précipite l’être humain dans la déchéance.

Curieusement, le public allemand de l’époque n’a pas été très impressionné par les scènes montrant le panorama de Metropolis, avec ses gratte ciels à l’architecture si originale et futuriste, quasiment abracadabrante, que l’on n’en voit même pas de semblables de nos jours. Le film, qui a couté six millions de marks de l’époque, c’est à dire cinq millions de plus que le budget initialement prévu, a d’ailleurs été un échec commercial. Seuls certains artistes, notamment ceux de l’avant garde, le défendirent. Il est pourtant bourré de trouvailles de génie, comme l’invention de ce vidéophone qui permet à Fredersen de communiquer avec Grot, le contremaître. On remarquera en revanche l’aspect étonnement traditionnel des voitures circulant dans Metropolis, dont le design typique des années vingt contraste de façon étonnante avec l’aspect futuriste de la cité. Il en est de même pour les petits avions, sorte de “coucous” d’époque survolant les gratte ciels. Il n’en demeure pas moins que ce film de science-fiction a inspiré nombre de réalisateurs futurs, que ce soit pour l’élaboration de décors, la création de personnages ou la conception de robots (le Dr Folamour de Kubrick directement inspiré du personnage de Rotwang, ou C3PO, le robot de Star Wars, qui ressemble au robot-Maria), ou pour la description d’organisations sociales futures.

Nul doute qu’un réalisateur de la trempe d’Alfred Hitchcock a lui aussi puisé une part de son inspiration dans les mises en scène de Fritz Lang. La scène incroyable où l’on voit en gros plan la main de Freder, alors qu’il est prisonnier dans la maison de Rotwang, s’avancer pour s’emparer du morceau de vêtement de Maria en est la preuve. On aurait même presque envie de la qualifier d’hitchcockienne. De même, la scène montrant Freder, revenu de sa première exploration de la ville souterraine, tentant de plaider auprès de son père la cause de Josaphat, son bras droit qu’il vient de congédier, peut être qualifiée d’hitchcockienne : Fredersen, imposant, apparaissant dos à la caméra, prend toute la moitié droite de l’écran, tandis que son fils semble tout petit dans le coin gauche. Puis Freder recule, épouvanté par le haussement d’épaule indifférent de son père, et l‘effet de perspective le fait paraitre de plus en plus petit avant que son père n’occupe ensuite l’écran tout entier : Fredersen s’est imposé, c’est lui le Maître incontesté de la grande cité.

Fredersen n’empêchera pas que survienne la révolution, qui démarre après l’assassinat de Georgy sur fond des premières notes de la Marseillaise, déformées mais néanmoins parfaitement reconnaissables. Ce thème musical réapparaitra régulièrement lors des scènes montrant le déroulement de la révolte, étant entendu qu’il s’agit là de la version de Metropolis comportant la partition originale de Gottfried Huppertz.

Metropolis fut en effet décliné en de nombreuses versions. (C’est pourquoi certaines scènes décrites ici peuvent appartenir à une version, comme celle de 2001, et être différentes dans des versions antérieures ou plus récentes. Lang filmait en effet avec plusieurs caméra et, selon les versions, il arrive que l’on voit des prises différentes) A peine la première eut-elle lieu à Berlin, le 19 janvier 1927, que les distributeurs américains de la Paramount décidèrent que le film était trop long et pas adapté au spectateur américain (trop de symbolisme à leur goût, notamment), et engagèrent, pour le réécrire, l’auteur Channing Pollock, qui contribua à le massacrer purement et simplement. Apres avoir vu nombre de ses scènes coupées, son montage entièrement revu et ses intertitres réécrits, le film, dont plus du quart était passé à la trappe, était devenu méconnaissable. Pour exemple : les scènes où il était question de Hel furent bannies sous prétexte que les Américains risquaient de comprendre « Hell », ce qui signifie en anglais « enfer ». Les personnages ont même reçu de nouveaux noms bien américains pour cette version outre-Atlantique. On se demande comment il est possible de disposer ainsi du droit de modifier un film du vivant de son auteur, sans que celui-ci ne puisse rien faire pour empêcher le massacre. Cette modification du film fut désastreuse non seulement parce que de nombreuses scènes furent définitivement perdues, mais aussi parce que toute la compréhension de l’œuvre s’en trouva bouleversée. De plus, des illogismes dans le déroulement de l’histoire sont apparus du fait de ce remaniement profond. C’est ainsi que H.G.Wells, trompé par cette version amputée, déclara que Metropolis était le film le plus sot qu’il ait jamais vu. Metropolis n’est peut-être pas parfait, et son message social d’union entre la main et le cerveau loin d’être convaincant (3) mais en venir à porter ce jugement sur un tel chef d’œuvre montre bien l’étendue des dégâts sur le film !

Immédiatement après la version estampillée « Paramount », les Allemands sortirent leur propre “version courte” et, de versions en versions futures, toutes basées sur celle de la Paramount ou la version courte allemande, le film original fut perdu. Il n’existait en effet plus aucune copie de la version originale de 1927, telle qu’elle fut projetée lors de la première berlinoise.

Les tentatives de restauration du film commencèrent alors. En 1984, le compositeur Giorgio Moroder décide de sortir sa propre version du film, et se donne entière liberté pour le coloriser et lui adjoindre une bande son composée de musique pop et rock. On y entend en effet des morceaux de Freddy Mercury, Pat Benatar ou encore Bonnie Tyler. Curieux parti pris, c’est le moins que l’on puisse dire, dont on peut raisonnablement penser qu’il dénature complètement le film, tant cette musique, dont ce n’est pas le propos ici de contester la qualité, ne s’accorde pas, mais alors pas du tout, avec la nature des images. Il suffit de regarder un  ou deux  extraits pour constater à quel point le résultat obtenu, cette nouvelle version « américanisée » (qui a eu au moins le mérite d’attirer vers le film un public plus nombreux et plus jeune, et d’être cohérente dans la reconstitution des images, réintroduisant par exemple le personnage de Hel éliminé par la Paramount) est contestable, dans la mesure où la musique ne fait plus du tout partie intégrante du film, elle n’accompagne plus les images, ne renforce plus leur sens et ne donne plus au film cette beauté supplémentaire obtenue grâce à la partition de Gottfried Huppertz.

On peut remarquer dans cette partition originale, par exemple, la façon dont la musique accompagne Maria lorsqu’elle se retourne en sursautant (première scène dans les catacombes, lorsqu’elle n’avait pas remarqué que Freder était resté après la fin de la réunion), ou les coups de cymbales accompagnant les mouvements de faux de la Mort dans la scène où Freder est alité.

En plus du thème de la Marseillaise, de nombreux autres thèmes musicaux de la partition de Gottfried Huppertz sont régulièrement repris tout au long de l’orchestration, ce qui participe au rythme du film et contribue à lui donner toute sa cohérence. Le rythme est d’ailleurs un des éléments clés du film : rythme de l’horloge basé sur les dix heures que comporte une journée de travail, rythme des machines, ou rythme des ouvriers qui travaillent en cadence de façon parfaitement synchronisée.

En 1987, Enno Palatas, des Archives du Film de Munich, entreprit de restaurer le film, et travailla à partir d’une copie du Museum of Modern Art, essayant également de remettre la main sur des éléments manquants pour reconstituer une version satisfaisante. Des photos de tournage furent introduites pour palier certaines scènes manquantes. Cette nouvelle version fut une réussite.

En 2001, une nouvelle reconstitution, considérée alors comme la version définitive, vit le jour. Elle fut entreprise par la Friedrich-Wilhelm-Murnau-Stiftung, et notamment le Bundesarchiv-Filmarchiv de Koblenz. Dans cette version, les scènes manquantes, par exemple la scène durant laquelle Fredersen découvre, cachée derrière le rideau, la statue du visage de Hel, sont remplacées par des « cartons » blancs explicatifs. Les scènes mettant en jeu la trahison de Georgy (l’ouvrier qui avait échangé sa vie avec Freder), qui se rend au cabaret Yoshiwara au lieu d’aller attendre Freder comme convenu chez Josaphat, sont également absentes, ce qui enlève malgré tout un peu de compréhension au film. Cependant, le spectateur ne se rend compte de n’avoir pas tout saisi du scenario que lorsqu’il a vu la version « complète » du film, telle qu’elle est réapparue en 2008 à Buenos Aires, et qu’il a pu, de ce fait, comparer les différentes versions.

Car en 2008, le miracle se produit : une copie totalement oubliée du chef d’œuvre est découverte au Museo Del Cine de Buenos Aires. La longueur du film est de 145 minutes, ce qui fait d’elle la version la plus longue encore existante : en effet, les différentes versions antérieures ne dépassaient pas les 120 minutes environ, celle de Moroder n’en faisant plus que 80 ! C’est le branle bas de combat au petit musée argentin, les personnels ayant bien sûr immédiatement saisi toute l’ampleur de leur incroyable découverte.

La copie en 16 mm était extrêmement endommagée, et nécessitait donc un traitement particulier. Les restaurateurs ont effectué un travail de Titan, scannant les images une par une avant de les passer dans un logiciel pour les réparer. La restauration a duré deux ans ! Le résultat est saisissant, d’autant que certaines « nouvelles scènes » (et il y en a plus de quatre vingt dix !) (4) ont été laissées dans l’état où elles ont été retrouvées, car trop abîmées pour être manipulées, ce qui permet au spectateur non seulement d’apprécier, par le contraste que l’apparition de ces scènes engendre, la qualité exceptionnelle du travail fourni, mais également de vivre l’émotion que l’on doit ressentir lorsque l’on visionne pour la première fois un très vieux film que l’on croyait perdu a jamais, et que l’on vient de retrouver.

Le terme « complète » utilisé ci-dessus pour désigner cette version de 2008, a malgré tout été mis entre guillemets, car si vingt cinq minutes de film ont enfin été retrouvées, il manque toujours dans cette copie, malheureusement, la scène où Fredersen se querelle avec Rotwang dans sa petite maison, permettant ainsi à Maria, retenue prisonnière après le transfert de son apparence sur le robot, de s’échapper.

Il est tout de même étonnant que cette scène soit toujours manquante, puisque l’on peut lire que cette copie dérive directement de celle, originale, amenée en 1927 en Argentine par un producteur juste après la première berlinoise.

Parviendra-t-on un jour à retrouver ces mètres de pellicule présentant cette scène, les dernières minutes de pellicule manquantes, et reconstituer enfin Metropolis, seul film classé au patrimoine de l’UNESCO, tel que Fritz Lang l’avait toujours voulu ?

 

 

 

(1) Ciment, Michel. Fritz Lang. Le meurtre et la loi. Editions Découvertes Gallimard. 2003.

 

(2) A voir en intégralité sur YouTube.

  

(3) Fritz Lang déclara lui-même en 1959 : « La conclusion est fausse, je ne l’acceptais déjà plus quand je réalisais le film » (Tulard, Jean. Guide des films. Editions Robert Laffod, 1995.)

 

(4) Certaines scènes retrouvées ne durent que deux petites secondes, comme ce morceau montrant Freder et sa compagne dévisageant Maria et les enfants dans les Jardins Eternels.

 

Illustration : Couverture du DVD de la version restaurée de 2010. Source

Les photos du film ainsi que les affiches d’époque sont visiblement sous copyright et n’ont donc pas été intégrées dans cet article.

 

 

Liens :

Exposition à la Cinémathèque de Paris.

 

Site officiel de la version restaurée. En anglais. 

 

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : Arts et littérature
Vendredi 12 août 2011 5 12 /08 /Août /2011 01:03

Très rapidement, quelques vidéos de Fever Ray ce mois ci...

 

 

 

When I Grow Up http://www.youtube.com/watch?v=4F-CpE73o2M

 

 

Keep the Streets Empty for Me http://www.youtube.com/watch?v=VedQP_j4JoU

 

 

Stranger than Kindness http://www.youtube.com/watch?v=qBDZfzNM7Ew&feature=related

 

 

If I Had a Heart. http://www.youtube.com/watch?v=EBAzlNJonO8

 

 

Il y en a plein d'autres sur Youtube ou ailleurs...

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : Best of musique
Vendredi 12 août 2011 5 12 /08 /Août /2011 00:57

Musée de l’architecture contemporaine, véritable musée d’art contemporain à ciel ouvert, scène musicale d’exception, La Défense, en plus d’être le plus grand quartier d’affaires européen, c’est tout cela à la fois. La Défense, c’est plusieurs décennies de développement, c’est aussi pas mal de problèmes, quelques traversées du désert, un plan de renouveau en 2006, et des habitants qui se battent… La Défense, c’est un quartier qui bouge, qui bouge et n’en finit pas de se transformer et d’évoluer. Petite visite musicale, architecturale, artistique mais aussi sociale au fil du passé, du présent et de l’avenir de cette immense esplanade qu’à première vue on aime ou on déteste, qui émerveille et époustoufle ou qui donne envie de se sauver, mais qui, toujours, nous étonnera et nous fera vibrer.

800px-La-fontaine-d-agam-50.jpg Le dimanche 26 juin 2011 s'est clôturé le 34ème Festival de Jazz de La Défense. Avec sa programmation variée, ce festival va bien au delà d'un «  simple  » festival de jazz, car s'y produisent également des artistes de reggae, de soul, de funk, de groove, de rock-folk... Il y en avait pour tous les goûts cette année encore, du reggae de Clinton Fearon Solo à la rumba congolaise de Staff Benda Bilili, de Dennis Coffey aux belles interprétations de Patricia Bonner, en passant par Keziah Jones, George Clinton, Manu Katché, l'excellente Hindi Zahra et sa musique soul teintée de mélodies orientales et de «  blues du désert », ou encore l'hallucinant No Smoking Orchestra d'Emir Kusturica, qui mit le feu à l'esplanade le soir du 25 juin !
 
 
 
Défense de fumer à La Défense.
Né à Sarajevo en novembre 1954, originaire de Bosnie, Emir Kusturica est parfois considéré comme un personnage controversé en raison de sa conversion au christianisme orthodoxe en 2005 et sa naturalisation serbe, ainsi que du fait de son fort engagement politique et de sa sympathie pour le communisme.
Comme pour tous les artistes, on aime ou on n'aime pas sa musique, mais si on ne l'aime pas, on reconnaîtra malgré tout qu'elle est entraînante, dynamique, parfois même un peu «  crazy », sans aucune connotation péjorative évidemment, bien au contraire.
 
Un mètre au dessus du niveau de la scène.
Un peu «  crazy  », le concert du 25 juin au soir à La Défense le fut indéniablement. Il débutera et s'achèvera par une tonitruante diffusion de l'hymne national soviétique chanté par les Chœurs de l'Armée Rouge. Pas l’hymne russe, mais bien le soviétique, avec les paroles de l’époque. Il s'agissait peut-être là d’une action de militantisme particulièrement symbolique, La Défense étant le plus important quartier d'affaires et de finances d'Europe. Un peu étrange, par conséquent, d’entendre l’hymne soviétique dans ce décor. Cela a misune touche de solennité assez inattendue dans la soirée, et a finalement participé à l'atmosphère d'originalité dans laquelle a baigné le concert. Quoi qu'il en soit, cette double diffusion de l'hymne soviétique semble habituelle lors des concerts du groupe. La foule rassemblée ce soir là sur l'esplanade de La Défense, devant la grande scène dressée aux pieds du Cœur Défense, était certes moins importante que celle présente au Luna Park de Buenos Aires, mais l'ambiance n'avait rien à lui envier !
Mais l'atmosphère de solennité du début n'a duré qu'un temps. Dès les premiers morceaux, un vent de folie musicale a balayé l'esplanade dont la dalle s'est mise à bouger sous le poids des nombreux spectateurs qui sautaient et dansaient dans une frénésie totale et incontrôlée ! Il fallait être concentré pour percevoir ce léger mouvement, mais pas de doute, la dalle bougeait ! A croire que nous allions terminer la soirée trente mètres au dessous du niveau de la scène, dans les souterrains, le «  millefeuille  », qui contient sur plusieurs couches les sept étages de parkings, les routes et le vaste réseau de transports en commun, mais aussi les «  cathédrales englouties  » comme les ont appelées à l’époque les ingénieurs de La Défense, gigantesques espaces totalement vides et difficilement accessibles. Mais la dalle de La Défense, qui mesure un kilomètre et demi de long, est solide et, après trente quatre festivals, elle en a sans doute vu bien d'autres.
 
Dix mètres au dessus du niveau de la scène.
Des concerts comme celui ci, l'esplanade en a connu des dizaines. Sans même parler du concert offert par le grand Jean Michel Jarre le 14 juillet 1990. Le Festival de Jazz de La Défense est né en 1977, à une époque où les aménagements du quartier d'affaires faisaient une pause forcée. A l'époque, le festival se tenait de façon beaucoup plus artisanale, sans la sono sophistiquée installée de nos jours sur l'esplanade. Depuis le début, amateurs et professionnels de la musique se sont croisés sur scène, et des célébrités s'y sont régulièrement produites et continuent de s'y produire.
Les concerts ont lieu à l'heure du déjeuner, afin que les personnes travaillant dans les nombreuses tours environnantes puissent en profiter, et le soir, généralement après vingt heures, même si, heure d'été oblige, la nuit tarde à tomber sur les tours désertées en ce début de saison estivale. Ce festival englobe la fête de la musique avec une soirée débutant dès 18 heures, et s'accompagne chaque année d'un concours de jazz, le plus ancien et le plus important de France, qui récompense les trois meilleurs groupes, les trois meilleurs instrumentistes et les deux meilleurs compositeurs. Ainsi, le public a non seulement accès gratuitement aux concerts, mais également aux deux cessions du concours durant lesquelles se produisent une dizaine de groupes.
Et le public ne manque jamais de répondre présent à ce festival annuel, afin d’apporter sa pierre à l'édifice de cet événement et contribuer ainsi à animer ce quartier passionnant que certains trouvent trop sérieux et guindé du fait de son statut de centre d'affaires, et que d'autres pensent froid, impersonnel, voire même carrément moche.
 
Trente mètres au dessus du niveau de la scène.
C'est vrai que La Défense peut paraître froide et inhospitalière à première vue. Ce serait pourtant une erreur de ne voir dans ce quartier, qui abrite également de nombreux logements, qu'un lieu de passage pour hommes et femmes d'affaires pressés. Car La Défense, même sans le festival annuel de jazz, et si l'on prend le parti de mettre un instant de côté son côté «  business et finance », c'est beaucoup plus que ça  ! D'abord, le quartier, que se partagent pour l’instant Puteaux et Courbevoie, est loin d'être moche, au contraire. Ceux qui ne l’aiment pas lui trouveront même beaucoup de charme s’ils le regardent bien, et toute personne intéressée par l'architecture moderne se doit d'y effectuer une visite, ne serait-ce que de courtoisie. C’est d’ailleurs ce que font les huit millions de touristes annuels qui se baladent sur l’esplanade.
La Défense est un concentré de différents styles architecturaux modernes reflétant les goûts et les choix de chaque décennie, depuis les tours de «  première génération  » des années 60 et début 70 (plan masse de 1964), parallélépipèdes tenus de respecter des dimensions bien précises, comme la Tour Initiale (1966 ; nommée «  Nobel  » jusqu’en 2003, ici avec la vue du bassin Takis au premier plan) qu’on imaginerait bien dans le «  Play Time  » de Jacques Tati, jusqu'aux tours contemporaines aux formes élégantes et effilées, telles la Tour Hines, en passant par le CNIT, prouesse technique à l'esthétique étrange et totalement avant-gardiste pour l'époque, premier édifice (1) à avoir vu le jour sur le grand parvis qui n'était encore, en 1958, qu'un immense terrain vague. S’y tinrent notamment durant son histoire les Floralies, le SICOB, le Salon des Arts Ménagers ou encore le Salon de l’Enfance.
Parmi les tours de La Défense, il y en a évidemment qu’on peut ne pas aimer, comme la sombre et presque inquiétante Tour Areva (ancienne tour Fiat, malgré tout intéressante d‘un point de vue architectural), mais parmi les plus remarquables, on remarquera notamment la Tour Ariane, avec son «  look  » tellement «  seventies  » (elle date de 1975) qui continue aujourd'hui de trôner fièrement sur l'esplanade sud. Pour la petite anecdote, Ariane a été escaladée en octobre 2009 par l'incroyable Alain Robert. On remarquera également le Cœur Défense déjà cité plus haut, mais aussi la tour First (à droite sur la photo) à la récente (mai 2011) transformation si réussie, ou encore la Tour Scor et son «  look  » de triple radiateur électrique... Sans oublier, bien sûr, l'imposante Grande Arche, achevée en mai 1989 et inaugurée le 14 juillet de la même année, pour le bicentenaire de la révolution.
D'année en année, de décennie en décennie, on a parfois annoncé l'arrêt de l'aménagement de La Défense (tours, commerces, transports, infrastructures...) qui a bien failli, en effet, être stoppé à plusieurs reprises. Car La Défense a traversé pas mal de difficultés, et même des épisodes de crises. Le quartier a bien failli connaître la faillite en 1978, par exemple. L’EPAD (Etablissement Public d’Aménagement de la Défense, désormais EPADESA (2) ) avait alors accumulé une dette colossale de plus de 700 millions de francs, et le gouvernement de l’époque eut le choix entre tout arrêter, réduire les ambitions concernant le nombre de bureaux ou continuer à s’endetter pour achever le monumental projet.
Avant l'ouverture du RER A, en 1970 (3), les transports reliant Paris à La Défense étaient si insuffisants (quasi inexistants en fait !) que les demandes de bureaux ne se bousculaient pas au portillon. Au début des années 60, il n'y avait pas de gare à La Défense et le train marquait un arrêt sauvage devant le CNIT pour permettre aux voyageurs travaillant dans la Tour Esso (première tour de bureaux de La Défense, construite en 1963) de se rendre à leur travail. Ils descendaient à même les voies et traversaient le terrain vague, souvent en pataugeant dans la gadoue. A partir de 1973, du fait de la crise, les mètres carrés de bureaux déjà construits ne trouvèrent plus preneurs. Il en fut ainsi par exemple de la tour Manhattan (1975), qui resta vide durant plusieurs mois.
A l'époque de leur construction, les architectes des tours de première et deuxième génération n'avaient évidemment pas intégré dans leur projet le concept d'économie d'énergie. Alors une crise pétrolière plus une crise de l'immobilier, cela faisait un peu beaucoup pour ce quartier en apparence solidement implanté, mais dont on se demande tout de même parfois s'il n'est pas en fait un colosse aux pieds d'argile, à la merci des crises successives.
Cette période de crise des années 70 est considérée de nos jours comme la période noire de La Défense. Il faudra attendre 1979 pour que le redémarrage du quartier soit réel.
A différentes époques, la presse a donc annoncé, parfois avec un ouf de soulagement, l'achèvement de La Défense, mais les aménagements ont plus tard repris. Aujourd'hui encore, ce n'est pas fini car de nouvelles tours sont actuellement en construction et d'autres sont en projet ! La Défense est en perpétuelle mutation, et n'a jamais cessé de se réinventer.
Côté transports, pour commencer, les travaux du prolongement du tramway T2, qui relie pour l’instant La Défense à la Porte de Versailles, battent leur plein, le Grand Paris Express sera ouvert aux environs de 2025 et il est prévu, toujours dans le cadre de l’aménagement du Grand Paris, de construire une gare TGV à La Défense. Actuellement, les transports sont saturés à La Défense, et si rien n’avait été prévu pour améliorer à terme la situation, l’arrivée future de nouveaux employés dans le quartier d’affaire laissait envisager le pire.
Les prochaines tours, quant à elles, porteront des noms aussi évocateurs que Carpe Diem, qui sera de Haute Qualité Environnementale, dont la construction a déjà démarré et qui devrait être achevée en 2012, Generali côté Courbevoie, projet qui vient d’être mis en suspens en juillet dernier et risque d‘être annulé, Majunga, dont la construction a également démarré, ou encore Phare, grande gagnante du concours d'architecture 2006 pour le Renouveau de La Défense, qui respectera elle aussi des normes de développement durable et mesurera, une fois achevée en 2015, pas moins de 296 mètres de haut. Phare changera de façon certaine la physionomie du quartier car elle bouchera «  visiblement  » la vue entre le CNIT et le Faubourg de l’Arche, en enjambant plus ou moins le pont entre les deux. On en saura plus long bientôt puisque la tour sera très prochainement l’objet d’une petite exposition de présentation au CNIT, intitulée «  La Tour Phare se dévoile  », encore en préparation à ce jour. Phare sera la plus haute tour de France, détrônant First qui détient actuellement le record après avoir elle-même détrôné la tour Montparnasse.
La Défense n’a jamais cessé de se réinventer, mais également de se renouveler et s‘améliorer. Ainsi, les tours de bureaux ancienne-génération ne proposaient pas à leurs employés un cadre de travail satisfaisant : bureaux éloignés des vitres, air conditionné en permanence et impossibilité d'ouvrir les fenêtres, néons agressifs pour les yeux. Les rénovations de tours prévues ou déjà effectuées, et les aménagements des nouvelles constructions proposent désormais un cadre de travail plus en accord avec une bonne qualité de vie des employés… Cette phrase a l'air d'être tout droit sortie d'un tract de propagande ou d'un dépliant touristique, et pourtant cette prise en compte des besoins de travailler dans de bonnes conditions de confort et de lumière était indispensable, et participe réellement du renouveau et de l'amélioration de ce quartier que beaucoup ont qualifié, au fil du temps, d'échec, de ratage, d'erreur ou encore de chaos. Jugement sans doute injuste et injustifié, même s'il faut se garder de retomber dans l'optimisme idéaliste de certains observateurs ou acteurs du quartier des années soixante et soixante-dix, car des erreurs et des ratages, il y en a eu aussi à La Défense. Et comme on l’a vu, le quartier a également été fortement ébranlé lors de chaque crise économique ou immobilière.
Mais il ne faut pas oublier que La Défense s'est construite à l’origine sur le dos de centaines de personnes expulsées des «  bidonvilles  » (comme on peut le lire dans la presse de l'époque) environnants. (4) Ces personnes ont certes été relogées, souvent dans les nouvelles constructions, mais cela n'efface sûrement pas le traumatisme de la perte de son logement et de tous les souvenirs s‘y rattachant. Si on veut aller plus loin encore dans le temps, on découvrira que les toutes premières expulsions en rapport avec la future Défense remontent à l’année 1768 lorsqu’une ordonnance de Louis XV expropria les propriétaires de maisons empêchant la réalisation de l’axe menant vers la Butte de Chantecoq ! (5)
Et les expulsions continuent de nos jours avec la triste démolition annoncée de certaines résidences des Damiers (les Damiers Anjou-Infra et Bretagne), ensemble de logements de 1976 de bonne qualité (mais visiblement pas entretenus par la compagnie qui en est propriétaire) situé côté Courbevoie, en bord de Seine, dans lequel vivaient deux cent cinquante familles, qui a fait l’objet d’une promesse de vente (ou d‘une vente effective, les sources divergent) à un richissime promoteur russe dans l'unique but de le démolir pour y construire deux tours gigantesques, l'Hermitage Plaza, qui abriteront notamment des appartements de luxe (on parle déjà de onze à quinze mille euros le mètre carré) et un hôtel cinq étoiles. Même si les deux tours de l'Hermitage Plaza, qui sera achevé en 2015 ou 2016 s‘il est effectivement construit, seront superbes, il faut bien le reconnaître, et que ces constructions seront de très haute qualité environnementale, cette opération immobilière est une erreur (difficile de qualifier d'humaine) puisque des familles, qui vivaient très bien aux Damiers, ont déjà été expulsées et que certaines seraient toujours, au jour d’aujourd’hui, en attente de relogement. Mettre à la porte, du jour au lendemain, des «  occupants  » (souvent de très longue date) d’immeubles de bonne qualité, même s'ils sont effectivement relogés, dans le but de les remplacer à terme par de riches propriétaires d'appartements très haut de gamme dans une tour de luxe est indécent, et a de quoi faire grincer les dents. Dégagez de là qu’on s’y mette, en gros…
Les habitants ou anciens habitants des Damiers, dont certains sont traumatisés, continuent courageusement de se battre pour essayer de sauver leur résidence, et plus généralement, maintenir en bon état leur quartier (6). Des recours pour empêcher les démolitions ont été déposés, ainsi qu’une demande pour classer ces beaux immeubles, dont les appartements sont pourvus de balcons, voire d’une terrasse, aux Monuments Historiques, en raison de leur intérêt architectural bien réel. Le démarrage du chantier d’Hermitage Plaza, était originellement annoncé pour 2010. Au jour d’aujourd‘hui, les Damiers concernés sont toujours en place et la démolition n‘a heureusement pas encore commencé. D’ailleurs, des habitants y vivent encore. Evidemment, les Damiers ne font pas le poids face au pharaonique projet de l’Hermitage Plaza, mais qui sait ? il n’est peut-être pas trop tard pour décider de sauver le quartier.
De l’autre côté de la Grande Arche, une partie de la ville de Nanterre va faire l’objet d’un réaménagement dans le but d’étendre la superficie de La Défense sur cette commune. Le projet est piloté par l’EPADESA dont le périmètre d’intervention a été élargi lors de sa création. Le quartier des Groues, sorte de «  friche urbaine  », comme il est parfois nommé, regroupe sur un vaste périmètre des voies ferroviaires désaffectées, destinées à accueillir le prolongement d‘Eole, des terrains vagues, mais aussi des petites entreprises et des petits pavillons. Considéré comme un secteur stratégique très convoité, le quartier va faire l‘objet d‘une urbanisation. A part les petites rues pavillonnaires très pittoresques, il faut bien reconnaître que le quartier n’est pas très beau, il semble parfois même laissé à l’abandon et aurait sans doute bien besoin d’être réaménagé, mais est-il prévu de préserver ces jolis pavillons, petits coins de paradis à quelques minutes à pieds de la Grande Arche ? Si non, les habitants seront-ils par conséquent expulsés, et les pavillons détruits pour «  cause d’utilité publique  » ? Patrick Jarry, le Maire communiste de Nanterre, a contesté en 2008 le rapport Lelarge sur le Plan de Renouveau, et a dénoncé une logique purement économique dans la politique de l‘urbanisme.
On ne peut donc admirer la beauté architecturale des nouvelles tours construites ou en projet à La Défense en se concentrant uniquement sur l’aspect «  architecture », et en oubliant le fait que trop souvent, la vie de centaines de personnes aura été chamboulée, voire détruite, pour les besoins de leur construction, et ce dès les débuts de l’histoire du quartier d‘affaires. On en revient à l’éternel problème des œufs à casser pour faire son omelette. Peut-il, en règle générale, en être autrement lorsqu’il s’agit de développement  ? Espérons-le… En tout cas, il semble difficile pour les décideurs de trouver, à La Défense, l’équilibre entre une attitude ambitieuse de développement économique et de grands projets, et le maintien d’une vie de quartier à une échelle véritablement humaine. Le projet Hermitage Plaza en est la parfaite illustration.
L’histoire de La Défense, c'est aussi cet autre immeuble des années cinquante, aujourd'hui disparu, situé 23, rue Delarivière Lefoullon, côté Puteaux, qui se vit un temps, durant les années soixante-dix, au grand désarroi de ses habitants farouchement opposés à sa démolition et bien sûr à leur expulsion, entouré d'une double rocade et isolé de ce fait du reste du monde. Les insurgés ont fini par capituler et demander officiellement leur expropriation, leur vie étant devenue un enfer en raison du bruit, de la pollution et du danger que cette voie à grande vitesse représentait pour entrer et sortir de chez eux. Celui qui a résisté le plus longtemps fut le propriétaire d’un petit café situé au bas de l’immeuble, en raison du chiffre d’affaires que générait la venue des ouvriers du bâtiment dans son établissement.
La Défense, c'est également des tours de bureaux démolies et remplacées par d'autres, comme la Tour Esso, construite comme on l’a vu en 1963, et démolie en 1993, et sur le terrain de laquelle se dresse désormais le Cœur Défense, achevé en 2001 (7). On n'oubliera pas d’avoir une petite pensée émue pour la Tour Aurore, tour de «  première génération  » construite en 1970, désormais vieillie et rebutante à première vue, peut être, en raison de la saleté de ses balustrades, mais témoin précieux de l'esthétique de son temps et partie intégrante de l'histoire du quartier. Elle est actuellement vide, entourée de palissades protégeant le chantier, et elle sera malheureusement démolie prochainement pour faire place à l'avenir à la tour Aire² . Elle avait pourtant été rénovée en 1990 et, d’après ce qu’on peut lire, également en 2005 ou 2007. Cette démolition prochaine est peut-être liée au Plan de Renouveau de La Défense de 2006 qui accorde des avantages fiscaux en cas de démolition-reconstruction. Vu qu’il s’agit d’une tour de bureaux, la démolition d’Aurore est évidemment beaucoup moins grave que ce qui se passe actuellement aux Damiers, mais elle était, architecturalement parlant, unique en son genre dans le quartier et elle avait une vraie personnalité.
Non loin d’Aurore, la Tour Europe, qui date de 1969, est également fermée et entourée de palissades, mais elle sera épargnée (comme quoi, c’est possible !) et entièrement réhabilitée pour la rendre moins énergivore.
Certes, on ne peut s'enthousiasmer de voir le quartier de La Défense bouger et se renouveler et déplorer ensuite tout changement qui peut lui être apporté, surtout si l‘objectif est de l‘améliorer, l’embellir et de rendre plus facile la vie des personnes employées dans le quartier d‘affaires (il serait bon que les mêmes délicates attentions soient accordées aux habitants !). A moins que le but ne soit d’étendre verticalement le quartier d‘affaires, puisqu’il ne pourra continuer indéfiniment de s’étendre horizontalement. Cependant, quelque soient les besoins de développement de La Défense, chaque démolition et reconstruction, plutôt qu'une complète restauration intérieure préservant la façade, menace cet intéressant mélange de styles architecturaux créé au fil du temps, mélange harmonieux qu'il ne faudrait pas prendre pour un fouillis urbain. Aussi magnifiques soient les nouvelles tours, car elle le sont et le seront indéniablement, il semble qu'uniformiser le quartier d'affaire dans le plus récent style de modernisme, risque de le rendre finalement monotone et lui retirer un peu de son attrait. De plus, concernant le sort d’Aurore, on imagine les éventuelles nuisances sonores subies, certes de façon relativement temporaire, par les habitants des résidences situées juste à côté, comme Vision 80 ou Manhattan Square, pendant cette entreprise de démolition-reconstruction. L’actuelle démolition de la tour Veritas, remplacée en 2012 ou 2013 par la Tour D2 et située plus en retrait de l‘esplanade, fait déjà un raffut pas possible dans le quartier des Reflets.
La Défense, c'est enfin quelques projets de tours enterrés, comme la Tour Zehrfuss (pas trouvé de photo), qui devait se situer face au CNIT et dont la construction fut définitivement abandonnée en 1969 pour des raisons financières, la Tour Diapason qui devait prendre place en 1971 sur le terrain désormais occupé par la Grande Arche, La Tour Lumière, projet un peu dingue des années soixante d’une tour de 307 mètres de haut, sans aucune fonction sinon celle d’envoyer en permanence des raies de lumière colorées et mobiles, ou encore les récentes Tour Sans Fin de Jean Nouvel, et Tour Signal, également imaginée par Jean Nouvel et pour l’instant en suspens. Les tours abandonnées resteront dans la mémoire du quartier sous la forme de plans, de dessins et de maquettes. Et finalement, la très belle Tour Osmose sera-t-elle construite, ou le projet a-t-il été définitivement abandonné ?
 
Retour sur la terre ferme.
En plus de son grand intérêt architectural, dû en partie au fait que certaines réalisations, dont la Grande Arche elle-même, sont le fruit de concours architecturaux, La Défense abrite sur son esplanade un grand nombre de sculptures, parfois aussi monumentales (mais n‘exagérons pas quand même…) que les constructions qui les entourent. L'esplanade est ainsi devenue dès le début des années 70 un lieu de promenade culturelle, un gigantesque musée d’art contemporain à ciel ouvert où se côtoient désormais divers styles artistiques des quatre dernières décennies. Il y eut même un projet de musée d'Art Moderne à La Défense, projet voulu et défendu par Malraux… qui se concrétisa finalement plus tard à Beaubourg. (8) Si le «  tas de tuyaux  », comme l’a surnommé Coluche, est désormais intégré au quartier Rambuteau de Paris, on n'a pas oublié les polémiques, parfois violentes, et les grincements de dents qui ont accompagné l'ouverture du musée, et on peut en effet continuer à se demander s'il n'aurait pas mieux trouvé sa place dans le modernisme ambiant de La Défense.
Parmi ces sculptures on retiendra par exemple «  La Défense de Paris  », statue de 1883 trônant originellement sur la butte Chantecoq, qui a donné son nom au quartier et qui contraste aujourd'hui singulièrement, de part la date de sa réalisation, avec son environnement. Elle fut déposée en 1971, entreposée durant de longues années, ballotée à droite et à gauche puis finalement réinstallée en 1983 sur l'esplanade.
La fontaine d’Agam (ici sur la photo de présentation de l’article, avec une partie du Cœur Défense en arrière plan (9) ) a été créée au milieu des années 70 mais implantée sur l’esplanade en 1988. Les mosaïques très colorées en émaux qui la composent ont été spécialement fabriquées à Venise.
Difficile de passer à côté des «  Personnages  » de Joan Miro, créés et mis en place en 1976. Du fait de leur forme et des couleurs très vives qui les composent, les Personnages ont surpris, et le mot est parfois un euphémisme, à l’époque de leur installation.
Haut de quinze mètres, le Calder de La Défense peut également surprendre à première vue du fait de sa couleur rouge vif. Ca ressemble à une araignée géante, mais on peut aussi voir dans cette œuvre un éléphant rouge des temps modernes.
Le Pouce de César trône de façon impressionnante devant l’entrée du CNIT. L’artiste avait originellement créé un pouce de quarante centimètres de haut, et décida de porter l’œuvre à douze mètres lorsqu’on lui commanda une reproduction pour La Défense. De nombreux touristes s’arrêtent et prennent la pose au pied du Pouce.
Des sculptures, fontaines ou œuvres d’art diverses, il y en a déjà plus de soixante dispersées sur le territoire de La Défense. Les plus anciennes des œuvres contemporaines datent du début des années 70, les plus récentes des années 2000. Il y a même un morceau du mur de Berlin exposé côté Puteaux. De quoi s’offrir de belles et longues promenades artistiques les jours de beau temps.
Une autre forme d’art a très récemment vu le jour à La Défense. Art éphémère peut-être, enjolivant actuellement les fenêtres de certaines tours de bureaux. Il y a quelques semaines, une personne a eu l’idée de confectionner, à partir de Post-it, comme autant de pixels d‘une photographie, un personnage du jeu vidéo «  Space Invaders », et elle a collé son œuvre à sa fenêtre. Dans la tour d’en face, quelqu’un l’a remarqué, et a répliqué en confectionnant avec ces mêmes petits bouts de papier le vaisseau ennemi provenant de ce même jeu vidéo. Une sorte de bataille pacifique et humoristique de Post-it a alors vu le jour d‘une tour à l‘autre, chacun répliquant à peine le «  pixel-art » d’en face avait été mis en place. Certaines tours du Faubourg de l‘Arche (depuis début août le CNIT et d’autres tours sur l’esplanade semblent également atteints de postite aigüe…) ne sont pas loin d’être couvertes de personnages parmi lesquels on reconnaîtra avec amusement Mario ou la Panthère rose, rejointe depuis quelques jours seulement par la magnifique fusée lunaire (multi-étages !) du Pr Tournesol, et un tout aussi magnifique Tintin, revêtu de sa combinaison spatiale, flottant dans l’espace. On trouvera aussi les incontournables Pac Man, mais aussi Homer et Marje Simpson, Marilyn Monroe…. Le phénomène va-t-il s’étendre à La Défense toute entière ? Les employés des tours sont unanimes pour affirmer que cela égaye le quartier et crée du lien social et une forme de communication entre eux. Le tout a même engendré un pique nique le 28 juillet dernier dans le parc voisin, regroupant les Post-It-artistes. Il paraît que certains magasins des environs (et des magasins, il y en a pas mal à La Défense qui abrite aussi, autre de ses caractéristiques, un immense temple de la consommation…) ont vu leur stock de Post-It dévalisé, et il n’est plus rare de voir désormais les gens déambuler dans le Faubourg de l’Arche le nez levé vers les fenêtres des tours de bureaux. Aucun risque, La Défense étant l’un des rares quartiers de l’agglomération parisienne parfaitement propres... Pas un papier à terre non plus, et pourvu que ça dure. Quant aux tags, ils sont retirés dès qu’ils sont peints, et les Défensiens et employés du quartier peuvent même contacter Defacto pour signaler le lieu de leur présence. L’organisme gestionnaire a également lancé en 2011 «  Forme Publique  », la biennale de création de mobilier urbain, dans le but d’améliorer la vie dans le quartier et faire de La Défense un exemple en la matière. Les acteurs de ce projet travailleront autour de cinq thèmes : «  jeter/trier  », «  poser/se reposer  », «  attendre/s’abriter  », «  déjeuner  » et enfin «  travailler/se cultiver  ».
 
Fin de la promenade sur l'esplanade...
On n'oubliera pas, pour finir, que La Défense est aussi et surtout un quartier piétonnier. Parti pris pas évident au moment de la construction du quartier, à une époque où la voiture individuelle était reine. Sur le parvis et l'esplanade, il y a peut être du vent, parfois même beaucoup de vent les mauvais jours, mais il n’y a pas de rugissements de moteurs, pas d'émanations puantes de pots d'échappements. On se promène tranquillement dans un espace lumineux et aéré, on flâne parmi les platanes (autre prouesse de l‘époque que de parvenir à planter des arbres sur une dalle…), on peut jouer à la pétanque le week-end, on profite, quand le temps le permet, de l‘une des soixante terrasses de cafés, restaurants, bars à vins… de l‘esplanade, on va admirer la Vigne du Clos Chantecoq, plantée à l'extrême sud de la dalle, devant laquelle fleurit l’été un parterre de lavande.
C'est peut être pour cela que le pouce de César a si bien trouvé sa place dans le quartier. «  Pouce !  » s'écrient les enfants lorsqu'ils veulent stopper le jeu. On arrête tout, on fait une pause. Même si La Défense est bourrée de gens pressés qui ne font que passer, on peut aussi y prendre son temps. Sur l'esplanade, on se croirait presque sur une île, ou sur un paquebot à la poupe duquel on retrouve avec étonnement, en contrebas, le bruit et la fureur de la ville. Lorsqu'on lève de nouveau les yeux, c'est une vue magnifique sur l’Arc de Triomphe qui apparaît à l'horizon.
Alors La Défense, qui mérite décidément d’être aimée, protégée et défendue, peut aussi être le paradis des photographes, et pourquoi pas, inspirer également les peintres ?
 
Pour en savoir plus.
- Pour en savoir plus sur l’histoire du quartier, on peut à se rendre au Musée de La Défense, situé sur l'esplanade. On y trouve tout sur la naissance et l‘aménagement, décennie après décennie, du quartier, avec des photos, des plans, des maquettes…
- Là Pour Toi, le réseau social de La Défense.
 
Notes.
(1) Si l'on ne compte pas la Résidence Bellini Défense, près du Pont de Neuilly, immeuble d'habitations construit en 1957.
(2) EPAD a fusionné en 2010 avec l’EPASA (Etablissement pour l’Aménagement de Seine Arche) pour former l’EPADESA.
(3) Le RER (Réseau Express Régional) devait initialement s'appeler le "Métro Express Régional Défense Etoile". Au moment des travaux, le peintre en lettre travaillant sur la pancarte se rendit compte du ridicule de l'acronyme correspondant, et la ligne fut, fort heureusement, immédiatement rebaptisée. Sinon, à part ça, la station de La Défense apparaît dans l’excellent film «  Buffet Froid  » (1979) de Bertrand Blier.
(4) Cette photo date de 1958 et montre une partie des bâtisses expropriées du rond-point de La Défense.
(5) La «  Butte de Chantecoq  » est devenue plus tard le «  Rond Point de La Défense ». Histoire de La Défense.
(6) La Défense, était autrefois découpée en quartiers numérotés (La Défense 2, par exemple) En 2009, elle a été humanisée dans la réorganisation de son découpage. Les quartiers portent désormais des noms, comme le quartier Villon, du nom du peintre cubiste Jacques Villon, de son vrai nom Gaston Duchamp (frère ainé de Marcel). Les Damiers, quant à eux, se trouvent dans le quartier des Saisons.
(7) Cœur Défense devait à l'origine abriter également des logements. La tour n’abritera finalement que des bureaux. Au jour d‘aujourd‘hui, et sauf erreur de ma part, la seule tour mixte (bureaux et logements) de La Défense est la tour Eve.
(8) Et «  Beaubourg  », comme tout le monde l’appelle, n’est pas le seul à avoir failli voir le jour à La Défense : on avait également envisagé d’y installer la Maison de la Radio avant de la construire finalement à Paris, en bord de Seine. Les bâtiments de l’UNESCO, avant d’être construits par l’architecte Zerhfuss dans le 7ème arrondissement de Paris, devaient également voir le jour sur l’esplanade.
hawaii-separateur.gif
Par Surya
Vendredi 24 juin 2011 5 24 /06 /Juin /2011 14:07

9_12_tea_party_in_DC-50.jpgC’est l’histoire d’un mec, un Américain, au chômage, gravement malade, qui n’avait pas les moyens de se faire soigner et ne bénéficiait d’aucune couverture maladie. Vu sa situation, personne, évidemment, n’avait envie de s’intéresser à lui. Encore moins de lui venir en aide. Normal… Ne commencez pas à protester, cela s’explique et se comprend très bien : quand on n’a pas un sou, on est forcément un raté, un minable. Et quand on est minable, on ne vaut même pas la peine d’être soigné. C’est comme ça. Dans la vie, on n’a que ce qu’on mérite.
Alors, direz-vous, on fait quoi, quand on est gravement malade et que sa vie est en jeu ? Très simple. Si on a de l’argent, le problème ne se pose pas. Si on a une maison, eh bien on la vend. Logique… On tire ce qu’on peut de la vente forcée et urgente de sa maison, et on utilise l’argent pour payer ses soins médicaux. Après, on n’a plus rien, et on se retrouve à la rue. Vous êtes « homeless » ? Estimez vous heureux d’être en vie, au lieu de râler ! Et si on n’a pas de maison à vendre pour avoir une chance de rester en vie ? Eh bien tant pis, qu‘est-ce que vous voulez que je vous dise, moi ? Il fallait prévoir et mettre de l’argent de côté avant de tomber malade ! Quoi ? Vous n’aviez pas suffisamment d‘argent pour en mettre de côté ? Vous aviez déjà à peine de quoi « vivre » ? Ne me parlez pas sur ce ton, ça n’est tout de même pas de ma faute ! Vous dîtes ? Offrir une assurance santé gratuite pour tous ? Et puis quoi, encore ? C’est du communisme ! Ici, Monsieur, on est aux Etats Unis, pas en Union Soviétique ! Ici, au moins, tout le monde a ses chances de devenir riche un jour, c’est ça, le rêve américain, alors on ne va pas mettre ça en péril ! Le jour où vous serez riche, car ça pourrait bien vous arriver à vous aussi, vous pourrez vous faire soigner correctement. En attendant, continuez à espérer. Faites-vous tout petit, histoire de ne pas faire tache, et faites-vous un peu oublier, ne serait-ce que par politesse envers les autres.
Et si on tire la mauvaise pioche et que l’on tombe gravement malade avant d‘être devenu riche et avoir les moyens de se faire soigner ? Que voulez vous, ça fait partie du jeu ! Il faut accepter les règles dès le départ, sinon vous ne jouez pas.
Et dites vous bien qu’on peut tout à fait accepter de mourir plus tôt que prévu. Pas de quoi en faire un fromage, après tout. Pourquoi s’inquiéter ? Tôt ou tard, de toute façon, on y passe tous. Et puis, il faut bien mourir un jour de quelque chose. Comment, vous n’êtes toujours pas convaincu ? Si ?

 

Alors qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de James Verone, citoyen américain de 59 ans, au chômage et gravement malade, lorsqu’il lui a pris l’idée totalement saugrenue, mi juin 2011, de refuser de continuer à souffrir en silence ? Certes, il est atteint, notamment, de deux disques fracturés et d’une excroissance à la poitrine, et alors ? Sans aucune couverture maladie, on ne peut se faire soigner, c‘est pourtant la règle ! A-t-il subitement perdu la raison ? Se croit-il au dessus des lois ? A-t-il cherché à se faire remarquer ? Quelle malpolitesse ! Quel culot ! Quelle arrogance, quel manque total de « savoir vivre » ! Figurez vous qu’il est allé jusqu’à braquer un dollar, oui, vous avez bien entendu, un dollar, dans une banque pour attirer l’attention sur son cas, se faire arrêter, puis bénéficier des soins gratuits offerts par la prison. Non mais sans blague ! Il se croit à l’hôtel, celui là, ou quoi ? Il n’a même pas utilisé la violence, en plus ! Il la tendu un papier à la caisse, sur lequel était écrit : « Ceci est un braquage, veuillez me remettre un dollar. » Puis il est allé s‘asseoir et a attendu tranquillement la police.
 « Manipulation ! » a donc hurlé, forcément, le médecin de la prison de Gaston County, en Caroline du Nord, qui devrait faire, on s’en doute, tout ce qui est en son pouvoir pour que cet affreux manipulateur ne puisse pas se faire soigner. Il est déjà prévu de ne pas l’emprisonner aussi longtemps qu’il est d’usage en cas de braquage, son acte ayant d’ores et déjà été requalifié de « vol qualifié ». Pratique… A croire que James Verone aurait mieux fait, pour obtenir gain de cause, de braquer une grosse somme et devenir un véritable délinquant, au lieu de se contenter d’un simple acte non violent destiné, qui plus est, à sauver sa peau.

 

La coupe déborde. Les Américains pauvres, et ils sont des millions aux Etats Unis, sont à bout. Ils en ont marre de ne même pas avoir droit au minimum vital sous prétexte qu’ils n’ont pas d’argent, alors que d’autres, mieux lotis car le porte monnaie bien rempli, auront droit non seulement aux soins de première urgence, mais peut être même à la guérison. « L’argent achète la santé » n’est pourtant pas l’un des principes fondateurs de la nation américaine. Pas plus qu’ailleurs. Alors, à la stupéfaction de beaucoup d'Américains qui semblent trouver idéal le système de santé de leur pays, certains de leurs pauvres commencent à se manifester, ils se rebellent et se mettent à réclamer.

 

Près de cinquante millions d’Américains étaient sans couverture maladie aux Etats Unis en 2009, à l‘époque où Barack Obama a tenté de faire passer sa réforme sur la protection maladie. A peu de choses près la population totale de la France. Il s’est heurté à des réticences inouïes de la part de plus de la moitié des Américains, réticences incompréhensibles de ce côté-ci de l’Atlantique. En 2010, sa réforme a finalement réussi à s’imposer en passant par le trou de la serrure, mais elle est restée incomplète. Barack Obama n’a malheureusement pas réussi, en raison de la forte opposition que son projet a suscité chez les Républicains, à faire passer la totalité des points présentés. Certes, cette réforme apporte déjà une réelle amélioration puisqu’elle ne laisse plus que 5% des Américains sur le bas côté de la route, sans aucune assurance maladie, contre 15 % auparavant, mais 5 % d’Américains, cela représente tout de même vingt trois millions de personnes.
La sécurité sociale reste payante, mais la réforme, intitulée Affordable Care Act (Loi sur les Soins Accessibles), ou plus exactement Patient Protection and Affordable Care Act, cherche à permettre à un maximum de citoyens de pouvoir en bénéficier. Elle traque également les abus et les refus de prise en charge en raison d‘antécédents médicaux. La réforme prévoit également qu’en 2014, le programme Medicaid sera étendu aux personnes dont le revenu atteint 133 % du seuil de la pauvreté. Car il existe déjà aux Etats Unis, en effet, une assurance santé réservée aux plus bas revenus. Le hic avec Medicaid, c’est que cette assurance santé est gérée par les Etats et non par le gouvernement fédéral. Chaque Etat fait ce qu’il veut, et définit donc ses propres critères d’éligibilité et le niveau de remboursement qu‘il souhaite mettre en place. On peut avoir droit à Medicaid dans tel état et pas dans tel autre, alors qu‘on est exactement dans la même situation de précarité. Certains Etats demandent également une participation financière pour divers soins. De plus, et ce quelque soit l’Etat, le critère de revenus n’est pas le seul pris en compte pour l’éligibilité au programme Medicaid. On peut donc être pauvre, et même très pauvre, et ne pas y avoir droit. Exemple : une personne propriétaire de sa maison, même si elle vit très en dessous du seuil de pauvreté, ne sera ainsi pas prise en charge par le programme, car sa maison (certainement pas une villa à Beverly Hills) peut être vendue afin de payer les soins médicaux.

 

Quand donc va-t-on cesser de parler, aux Etats Unis, de « health care market », autrement dit de « marché de l’assurance santé » ? Quand donc les Etats Unis vont-ils enfin parvenir à faire voter une réelle assurance maladie gratuite, comme cela existe dans certains pays du monde, sans que l’on assiste à la systématique levée de boucliers du camp républicain ? Une assurance maladie gratuite et universelle est pourtant le strict minimum qu’un Etat puisse offrir à ses citoyens pour assurer leur bien être, et parfois leur survie. Les Républicains ne voient-ils donc pas que cela ne va pas faire sombrer le pays dans le “communisme”, si tant est que tout soit en effet bon à jeter dans cette idéologie ? Ne comprennent-ils pas que la maladie, ça n’a rien à voir avec la sacro sainte liberté individuelle ou l’esprit d’entreprise, et qu’offrir une assurance gratuite ne relève que d’un acte d’humanité ? Du plus élémentaire sentiment d’humanité, qui fait qu’on ne laisse pas des gens crever comme ça, comme des chiens dans la rue, dans l’indifférence presque générale ?

 

Photo par NYyankees51 : Manifestation de partisans du Tea Party contre la réforme du système de santé. Washington, 12 septembre 2009.

 

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif  

Par Surya - Publié dans : International
Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 16:36

iqbal-masih-50.jpg Ils n’ont parfois que dix ou douze ans, parfois un peu plus, parfois un peu moins, et pourtant ils se jettent déjà à corps perdu, du haut de leurs trois ou quatre pommes, dans la tourmente, s’il n’ont la chance de connaître un jour la pleine reconnaissance, que leur apportera leur engagement militant, voire leur activisme politique naissant.
Car ce sont bel et bien des enfants qui, en raison de circonstances politiques, économiques ou autres, au lieu de pouvoir mener une vie d’enfant normalement faite de rires insouciants, de jeux, d’imaginaire merveilleux et d‘apprentissage, décident avec une incroyable force de caractère, une conviction inébranlable et une extraordinaire volonté, de prendre en main non seulement leur destin, mais également celui des autres, et de se mettre totalement au service d’une cause dans laquelle ils placent tous leurs espoirs et pour laquelle ils sont prêts à s’oublier, parfois même se sacrifier, avec la naïveté et la foi propres à ceux, trop peu nombreux, qui cultivent la certitude que l’on peut encore changer le monde car un monde meilleur reste à notre portée.
Placés depuis leur plus jeune âge sous les feux des projecteurs médiatiques, peut être pour certains poussés par des adultes demeurant confortablement dans l’ombre, sans nul doute portés par cette candeur naturelle qui leur fait ignorer en partie le danger, même s’ils ont conscience des risques, et oublier la crainte, portés également par leur sensibilité intacte qui leur fait ressentir de manière plus intense et refuser de façon plus catégorique toute forme d’injustice, ces gamins hors du commun suscitent de part le monde l’admiration et une certaine forme de respect, mais peu d’entre eux, semble-t-il, pourront véritablement atteindre leur but ultime tant il est commun qu’un enfant, aussi mûr soit-il, aussi convaincant soit-il, ne sera jamais entièrement pris au sérieux par les adultes. Dans certains pays ou à certaines époques, il ne sera parfois même pas épaulé ni même secouru. Son discours n’est jamais réellement entendu, du moins sur le long terme, et même si l’on admet que son combat est plein de bon sens et de vérité, comment la petite voix d’un enfant de huit, dix ou douze ans pourrait-elle marquer de façon significative les esprits au point d’ébranler de façon durable un ordre bien établi, de modifier en profondeur des comportements, là où des adultes, parfois illustres, n’ont réussi -et c’est déjà beau- qu’à corriger sur le court terme, et de façon localisée, certaines injustices de leurs temps ? Et pourtant… Les enfants sont naturellement porteurs d’une sagesse naturelle qu’il serait peut être temps d’écouter.
Certains sont parvenus à faire bouger quelques montagnes, à défaut de pouvoir les déplacer vraiment, et cela suffit à donner un sens à leur engagement remarquable et désintéressé. Mais s’ils ont cherché à aller plus loin, s’ils se sont attaqués à des intérêts férocement protégés et qui les dépassaient, ils ont alors provoqué, en raison du charisme dont ils étaient dotés en tant qu’enfant et de leur extraordinaire force de conviction, de telles craintes chez les mafias qu’ils combattaient parfois, les profiteurs de tous poils, voire chez les pouvoirs en place, qu’ils y ont laissé la vie. Perdant tout à coup leur statut d’enfant à protéger, ne représentant plus qu’une menace dont il fallait coûte que coûte se débarrasser, ils sont soudain considérés au même titre que les adultes comme des gêneurs, des empêcheurs de tourner en rond, des symboles forts qu’il faut faire taire avant qu’ils ne soient devenus de futurs, si ce n’est actuels, meneurs influents derrière lesquels les foules vont se rassembler pour ensuite se mettre en marche vers plus de justice et de liberté.


C’est ce qui est arrivé très récemment au petit Hamza Ali Al Khateeb, treize ans, arrêté parce qu’il avait participé à une manifestation contre le régime de son pays, la Syrie, puis torturé à mort en raison du symbole qu’il représentait. Ils se sont acharnés comme des sauvages sur un enfant de treize ans.
Victime de la cruauté et de la folie des adultes alors qu’il ne souhaitait que faire entendre sa voix, c’est ce qui est également arrivé au petit Iqbal Masih que personne, espérons le, n’a jamais oublié. Iqbal est né au Pakistan en 1983. Vendu comme esclave dès l’âge de quatre ans par sa famille lourdement endettée, il doit trimer douze heures par jour dans une fabrique de briques, puis comme tisserand. Il est enchaîné jour et nuit, battu, corrigé par le fouet dès qu‘il commet la moindre erreur. Inimaginable au vingtième siècle, croit-on, et pourtant… Iqbal, avec son corps frêle affaibli par les mauvais traitements et la malnutrition, parvient à s’enfuir à l’âge de neuf ans et se lance l’année suivante, aidé par un avocat rencontré lors de sa fuite, dans un engagement militant contre l’esclavage moderne et le travail des enfants.
Engagement exceptionnel d’un gamin malgré tout ordinaire, où comment un enfant de dix ans peut, par son immense courage et sa détermination, en remontrer aux adultes eux mêmes.
Les média du monde entier vont relayer le combat d’Iqbal, qui est vite propulsé sous les feux des projecteurs. Le monde va faire de lui un mini-symbole, presque une curiosité. Le gamin raconte son expérience personnelle lors de nombreux discours en Europe et aux Etats Unis, et va lancer un poignant cri d’alerte afin de sauver les autres enfants esclaves. Mais le 16 avril 1995, Iqbal, alors âgé de douze ans, est froidement assassiné alors qu’il regagnait son domicile à vélo.
Son combat courageux aura permis de faire fermer de nombreux ateliers de fabrique de tapis au Pakistan et libérer des milliers d’enfants de l’esclavage. Il aura également laissé des traces sur le plus long terme, notamment sous la forme associative, ou avec le « Prix Iqbal Masih pour l'éradication du travail des enfants », mais fallait-il en arriver là, fallait-il vraiment qu’un enfant soit assassiné pour qu’on se décide enfin à changer les choses ? Et qu’en est-t-il réellement du combat d’Iqbal sur le long terme ? Qu’en est-il aujourd’hui, alors que le vingt et unième siècle est déjà bien entamé ? L’esclavage moderne existe toujours, le travail des enfants dans les pays du tiers monde aussi. Il revenait pourtant aux adultes de prolonger le combat d’Iqbal en montrant que sa mort avait provoqué une véritable prise de conscience, un électrochoc. Il revenait aux pouvoirs en place d’abolir immédiatement, et irrévocablement, toute forme d’esclavage moderne, toute forme de travail des enfants, et aux pays ayant les moyens de le faire de décider de donner aux pays pauvres les ressources nécessaires pour envoyer à l’école les enfants prisonniers du travail forcé. Au lieu de cela, le monde a été ému durant un temps par la mort d’Iqbal, profondément et sincèrement ému, et puis l’émotion est retombée et la Terre a continué de tourner.


L’espoir viendra peut être des enfants eux-mêmes, ne peut-on s’empêcher de penser en lisant une autre histoire, celle de Craig Kielburger, un jeune Canadien aujourd’hui âgé de vingt neuf ans qui fut si bouleversé par l’annonce, dans le journal Toronto Star, de la mort d’Iqbal Masih qu’il créa immédiatement avec onze copains de son école, et alors qu’il n’avait que douze ans à l’époque, une première association pour sauver les enfants du travail forcé. « Free The Children », à qui il continue aujourd’hui de consacrer sa vie, est désormais implantée dans de nombreux pays et soixante pour cent des fonds collectés pour l’association le sont par les jeunes eux-mêmes.


samantha-smith-50-copie-1.jpgOn n’a pas oublié non plus la petite Samantha Smith, jeune écolière américaine née en 1972, dont l’action n’a certes pas été héroïque comme a pu l’être celle du petit Iqbal Masih et qui n’a fort heureusement pas subi le même sort, mais qui a réussi, par la spontanéité et la sincérité de son engagement, à attirer de façon inédite l’attention du monde sur les problèmes de son temps. La lettre qu’elle envoya en novembre 1982 à Youri Andropov, le dirigeant de l’URSS, pour lui demander comment il comptait éviter une guerre nucléaire entre les USA et l’URSS, a marqué les esprits de l‘époque.
Cette lettre, à la naïveté touchante, celle d’une enfant de dix ans s‘adressant personnellement au dirigeant de l‘un des pays les plus puissants de la planète, aurait pu faire sourire ou ricaner, mais elle fut prise très au sérieux dans les deux camps, qui avaient pour habitude de se regarder en chien de faïence sans jamais vraiment communiquer. Les deux grandes puissances se mirent alors à communiquer par l’intermédiaire de Samantha. Récupération politique et médiatique ? Il y a sans nul doute une part de propagande dans la médiatisation qui fut faite de cette action, et il est évident que ce n’est pas l’intervention d’une enfant comme Samantha Smith qui aurait pu mettre un terme à la guerre froide, toujours est-il que le dirigeant soviétique répondit personnellement à la fillette, qui fut invitée à effectuer un voyage officiel derrière le rideau de fer. Samantha fut nommée « plus jeune ambassadrice des Etats Unis », et s’engagea ensuite de façon plus intense dans la promotion de la paix dans le monde avant de mourir durant l’été 1985, à l’âge de treize ans, dans un accident d’avion. Son décès, qui n’est pas lié à son activisme selon certains et orchestré selon d‘autres, émut le monde entier et marqua symboliquement les esprits. Mickael Gorbatchev envoya un message de condoléances à l’occasion des funérailles de la fillette.
Acte extraordinaire d’une jeune écolière malgré tout ordinaire, où comment il est possible à chacun de contribuer à changer, ne serait-ce que de façon infime, la face du monde. Aux adultes d’y croire vraiment aussi, et de prendre ensuite la relève avec la même foi, sans craindre le combat perdu d‘avance.


Les ONG sont évidemment nombreuses de part le monde, qu’elles défendent l’environnement, qu’elles œuvrent pour la paix ou qu’elles mettent en place des actions humanitaires ou médicales. Elle semblent cependant n’exister que pour jouer le rôle de béquilles soutenant un monde malmené par l’égoïsme et la soif de pouvoir de quelques uns, et l’inconscience, si ce n’est l’indifférence, de bien d’autres, et l‘empêcher de s‘écrouler totalement. Leur action est bien réelle, les personnes qui y travaillent, que ce soit en bénévolat ou non, sont toutes sincères dans leur engagement et ces ONG sauvent des milliers de vies ou protègent de la destruction tant de beautés sur cette Terre, mais on a presque le sentiment que l’espoir d’éradiquer définitivement la pauvreté, en finir une bonne fois pour toutes avec l’injustice, que la volonté de bâtir un monde meilleur s’éteignent peu à peu. Ne lève-t-on pas ponctuellement des fonds pour venir en aide à telle population en détresse, ne répare-t-on pas les dégâts à tel ou tel endroit de la planète qu’en attendant le cataclysme ou l’acte irresponsable suivants, qui causeront autant de pertes et détruiront autant de vies ? Quand un enfant, lui, s’empare d’une cause, et aussi jeune soit-il, il engage lui aussi toute son énergie, toute sa volonté, mais il s’engage avec l’idée fixe et la conviction inébranlable que non seulement son action sera un pansement sur les plaies à vif, mais qu’elle mettra finalement un terme aux maux de ce monde, et il y croit dur comme fer. On se demande même où et comment des êtres que l’on considère d’ordinaire comme si faibles et si vulnérables peuvent tirer une telle énergie, une telle volonté, une telle force.


Quelle force a ainsi pu pousser le petit Omar Castillo Gallegos, un enfant mexicain tout juste âgé de huit ans, à entreprendre en 1985 une marche de plus de mille deux cents kilomètres afin de rejoindre la forêt primaire de la province de Chiapas et attirer l’attention sur sa destruction ? Fort de cette expérience partagée avec son père, il parvint à obtenir une audience auprès du Président mexicain après avoir marché sept jours et six nuits autour de la place centrale de Mexico. L’année d’après, Omar organisa un rassemblement de plus de cinq mille enfants à Cancun dans le but de sauver un lac menacé puis reprit, cette fois à vélo, sa campagne à travers le Mexique afin de sensibiliser les gens qu’il rencontrait en chemin aux problèmes de pollution des mers, des rivières et des lacs. Omar reçut le prix Global 500 Roll of Honour des Nations Unies pour son action, et fit des émules, notamment en Amérique Latine, parmi lesquelles la petite Janine Licare, qui fonda en 1999, alors qu’elle n’avait alors que neuf ans, sa propre ONG, Kids Saving The Rainforest, pour sauver la forêt du Costa Rica et mettre en place des programmes d‘éducation.


Retour en situation de conflit. On retiendra notamment l’organisation pacifiste PostPessimits, fondée en 1995 par deux adolescents de quinze ans : Ivan Sekulovic, Serbe du Kossovo, et Petrit Selimi, Albanais du Kossovo. Les membres de cette ONG ont entre huit et seize ans. A l’époque de sa création, les enfants serbes et albanais étaient séparés au point qu’ils ne fréquentaient même pas les mêmes écoles… Les appels qu’ils lancèrent furent relayés par les radios serbes et albanaises, alors même que ces médias s’affrontaient traditionnellement. Les PostPessimists ont réussi à prouver que la cohabitation des groupes ethniques différents était tout à fait possible.
Action exemplaire de deux gamins que tout semblait vouloir séparer, ou comment des jeunes peuvent donner l’exemple aux adultes au point de leur pointer du doigt la voie qu’il convient de suivre.
Marqué par le conflit que connaissait son pays, la Colombie, par le spectacle à la télévision de la mort d’une fillette, victime d’une mine antipersonnel, puis par l’annonce de la mort de deux de ses amis, eux aussi victimes de mines antipersonnel, le jeune Gerson Andrés Flórez Pérez écrivit en 1997, à l’âge de onze ans, une chanson et décida de reverser tous ses droits d’auteur aux associations venant en aide aux enfants colombiens victimes de ces mines. Il commença ensuite à parler au nom des enfants de Colombie, écrivit en 1998 un appel à la paix intitulé « Enfants de la Paix » qui fut à l’origine du « Mouvement des Enfants pour la Paix », approuvé par référendum par des milliers d‘enfants colombiens. Gerson Andrés Flórez Pérez participa en 1999 au premier Appel Pour La Paix de La Haye, pour lequel il leva des fonds importants en vendant des “pins”. Il est à noter que le combat de Gerson Andrés Flórez Pérez ne fut pas toujours perçu de façon positive par les adultes, ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre son action pour l’éradication des mines antipersonnel en Colombie.
Il existe un prix, le Global Youth Award for Peace and Tolerance, pour récompenser les jeunes ayant œuvré pour la paix dans le monde. Gerson Andrés Flórez Pérez en a été l’un des lauréats en 1999.


Iqbal Masih, Samantha Smith, Omar Castillo Gallegos, Janine Licare, Gerson Andrés Flórez Pérez et tant d‘autres… Il y a des moments où l’on aimerait que, de temps en temps, le Prix Nobel de la Paix lui-même revienne de droit à des enfants comme ceux là. On y viendra peut être un jour, Gerson Andrés Flórez Pérez ayant été nominé une fois pour ce prix prestigieux. Il n’est pas interdit de penser que les enfants croient plus en la paix que les adultes eux-mêmes, et l’on souhaiterait même que ce prix soit parfois accordé, pour certains d’entre eux, à titre posthume.
Le mot de la fin, lui, reviendra de droit à Gerson Andrés Flórez Pérez : « Beaucoup d’adultes ne croient pas aux enfants. Ils pensent que nous sommes seulement le futur, mais nous sommes aussi le présent. »

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : Divers
Mercredi 8 juin 2011 3 08 /06 /Juin /2011 15:15

L'album du mois date de 2004, et il s'agit de Back to Bedlam, le premier album de James Blunt.

 

 

Cry.

http://www.youtube.com/watch?v=XWHarkr6J9w

 

 

You're Beautiful. On connait tous ce tube.

 http://www.youtube.com/watch?v=oofSnsGkops

 

 

Goodbye my Lover.

http://www.youtube.com/watch?v=wVyggTKDcOE

 

 

Tears and Rain.

http://www.youtube.com/watch?v=v9svxE49Ngs

 

 

 No Bravery.

http://www.youtube.com/watch?v=cbFr8mc9rj4

Attention, certaines images de la vidéo sont déconseillées aux personnes sensibles. 

 

   

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif  

Par Surya - Publié dans : Best of musique
Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 00:00

Séquence nostalgie et concert mythique pour ce joli mois de mai... Un petit retour en arrière dans les années 70 pour revoir et apprécier quelques vidéos de The Band sur scène.

 

 

Le 25 novembre 1978, jour de Thanksgiving aux USA, The Band donne un concert à San Francisco, annoncé comme leur dernier, où de nombreuses et prestigieuses guest stars (et pas n'importe lesquelles !!) feront leur apparition sur scène : Neil Young, Muddy Waters, le génie Eric Clapton, le grand, l'immense Bob Dylan... Ce concert devenu mythique a été remarquablement filmé par Martin Scorsese, et la partie musicale a été enrichie de séquences d'interviews, principalement de Robbie Robertson.


 

 

The Last Waltz...

 

 

Don't do it. (Début du film de Scorsese.)

http://www.youtube.com/watch?v=_csn7KtVeOU&feature=related

  

 

Avec comme Guest Star Eric Clapton, que je considère, et je suis évidemment loin d'être la seule, comme le plus grand guitariste de rock de tous les temps. Duo guitaristique légendaire entre Clapton et Robertson... A savourer sans modération !

http://www.youtube.com/watch?v=1WDmMWF83x4

 

 

The Night they Drove Old Dixie Down.

http://www.youtube.com/watch?v=sMHyovwX7JM

 

 

Avec comme Guest Star, le formidable Neil Young.

 

http://www.youtube.com/watch?v=J2z7LXpAX3Q

 

 

It Makes no Difference.

http://www.youtube.com/watch?v=nJXc0NRCmRQ

 


Avec comme Guest Star le grand, l'immense Bob Dylan, que j'adore !! Toujours impeccable sur scène !

http://www.totallyfuzzy.net/ourtube/bob-dylan/forever-young-the-last-waltz-live-video_1c04a1007.html  (peut mettre un peu de temps à se charger)

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

 


Par Surya - Publié dans : Best of musique
Mardi 26 avril 2011 2 26 /04 /Avr /2011 07:00

Jeudi 20 mars 1986.
250px-Pripyat-_the_city_limit_sign.JPG Aujourd’hui, c’est le printemps. Nous allons enfin tourner le dos à l’hiver et sa neige qui recouvre tout ! J’aime l‘hiver, parce qu’on fait des batailles de boules de neige, mais j’aime aussi quand le soleil recommence à chauffer la terre, et que les massifs fleurissent à nouveau. J’aime surtout la place Lénine et ses trente trois mille roses ! Mais j’oubliais ! Je ne me suis même pas présentée ! Je m’appelle Irina, j’ai dix ans, et je vis à Pripyat, en Ukraine, dans l’Oblast de Kiev. J’ai décidé de commencer un cahier journal parce que j’aime bien écrire. J’écrirai chaque fois que j’aurai un peu de temps.


Je vais bientôt quitter le statut d’Oktibrionok pour devenir Pionnier. J’attends avec impatience le grand jour ! Je porterai fièrement autour du cou le Galstouk rouge des Pionniers, et le Bantik blanc de cérémonie dans mes cheveux.


Mon école est très belle, et j’aime beaucoup Elena Nikolaevna, mon institutrice. Elena Nikolaevna nous parle souvent de Pripyat, et nous dit que nous avons beaucoup de chance de vivre ici. Mardi, nous avons même eu une leçon entière sur notre ville. Pripyat est une très belle ville. Nous avons beaucoup de magasins, comme le Bériozka ou la Coopérative Motorist, des centres sportifs, de nombreux jardins d’enfants, car ici, il y a beaucoup, beaucoup d’enfants, des écoles, des hôpitaux, cinq bibliothèques… Pripyat est une « atomograd », une cité de l'atome, car elle a été construite (en 1970) pour loger les travailleurs de la centrale atomique Vladimir Ilitch Lénine. D’abord ceux qui l’ont construite, et ensuite ceux qui y travaillent. On l’appelle aussi la centrale de Tchernobyl. Elle fait partie de notre vie, et nous en sommes très fiers. Elle se trouve seulement à trois kilomètres d’ici, ce qui est pratique pour les gens qui y travaillent ! Elle est si proche qu’il paraît qu’on peut même la voir, au loin, si on monte sur les toits des immeubles.

 

250px-View_of_Chernobyl_taken_from_Pripyat.JPG
Papa et Oncle Igor y travaillent tous les deux. Les pères ou les oncles de mes amies y travaillent aussi. Babouchka vit à Tchernobyl, pas très loin d’ici. Nous allons souvent la voir. Elle adore cuisiner les champignons qu’elle ramasse ici et là dans la forêt, et elle les cuisine très bien. A chaque fois, nous nous régalons.
Ma famille est venue vivre à Pripyat en 1975, au début de la construction du bloc 4 de la centrale. Sacha avait un an, et moi je suis née l’année d’après, dans la clinique où travaille Maman. Ensuite, Olga est née (maintenant elle a sept ans) et puis Andreï (il a cinq ans).
Nous, les habitants de Pripyat, nous sommes des privilégiés. Nous avons la chance d’avoir un appartement moderne, uniquement pour notre famille. Nous avons même la télévision. Je vis au troisième étage de la résidence numéro 2, avenue de l’Amitié Internationale, près de la grande librairie. Mon amie Tania habite le même immeuble que moi, alors nous partons chaque matin ensemble pour aller à l’école.

Dimanche 6 avril.
Aujourd’hui, je suis allée, comme tous les dimanche matin, m’entraîner au gymnase d’Energuétik, notre Palais de la Culture. La gymnastique me fait beaucoup de bien, car je suis de santé fragile. L’entraînement a duré trois heures, et je suis rentrée à la maison très contente parce que j’ai fait des progrès. L’entraîneur nous a dit que nous ne devons pas travailler en nous comparant aux autres, mais en nous comparant à nous mêmes. Il n’y a pas de concurrence ni de jalousie entre nous. Nous devons nous battre contre nous mêmes pour atteindre le plus haut niveau, dans l’intérêt de l’équipe, et ne jamais baisser les bras ou renoncer devant la difficulté. Le courage et la persévérance sont aussi des vertus que nous devons cultiver ! « Toujours prêt !», comme l’annonce la devise des Pionniers (1), même s’il ne s’agit pas de gymnastique mais de Lénine.
Quand je suis rentrée, il n’y avait personne à la maison. Sacha était à la piscine,


270px-Swimming_Pool_Building_3_-out--Pripyat.jpg
tandis qu’Olga et Andréï étaient chez Oncle Igor. J’ai donné à manger à Mourka, qui s’est mise à ronronner de plaisir devant sa gamelle, puis je suis allée regarder la télévision. Quant à Papa et Maman, ils étaient déjà partis au cinéma Prométeï, rue Kourchatov. J’aurais bien aimé aller voir le film avec eux, mais ils n’ont pas voulu m’emmener, car ce n’est pas un film pour les enfants. Ce film vient de sortir, il s’appelle « Lettres d’un homme mort ». Je sais de quoi ça parle parce qu’on nous l’a dit à l‘école. C’est l’histoire d’une catastrophe dans une centrale atomique américaine. Elena Nikolaïevka a dit que ça n’arrivera jamais en Union Soviétique, parce que nos centrales atomiques sont bien supérieures à celles des Américains. Les nôtres ne sont pas construites sur le même modèle, elles sont très solides et très modernes.

Vendredi 18 avril 1986.
Je suis un peu déçue, ce soir, car Papa devait nous emmener au restaurant Polesie demain midi, puisqu’il n’y aura pas école deux samedis de suite, mais il vient d’apprendre qu’il devra exceptionnellement rester à la centrale pour travailler. Il pourra se libérer samedi prochain, mais ce jour là je ne le verrai pas car je suis invitée à l’anniversaire d’Assia. S’il fait beau, on ira faire un pique nique et jouer dans le grand parc de la ville, non loin du Palais de la Culture et du parc d’attractions. On ne peut pas encore utiliser les jeux car il n’ouvrira que dans treize jours, lors des cérémonies du 1er mai. J’ai hâte de monter sur la grande roue et faire des auto-tamponneuses ! 


250px-Pripyat_-_Abandoned_funfair.jpg            250px-Pripyat_-_Bumper_cars.jpg
Je ne vois pas beaucoup Papa car il travaille beaucoup. Je ne sais pas grand-chose sur son travail, car il ne m’en parle jamais. Je sais seulement que depuis trois ans, il est employé dans le bloc 4. Avant la construction du bloc 4, il travaillait au bloc 2. Parfois, je surprends une conversation entre lui et Maman, quand ils sont dans la cuisine. Il n’aime pas qu’on écoute, mais moi j’adore espionner, je trouve ça très amusant. Je me cache derrière la porte entrebâillée, et j’écoute. Malheureusement, je ne comprends pas tout ce qu’il dit. L’autre jour, il a parlé de tests qui allaient bientôt avoir lieu dans son secteur, mais je n’ai rien compris. A table, Maman lui raconte son travail d’infirmière à la clinique. Dès fois, elle soigne les travailleurs de la centrale, par exemple quand ils tombent et qu’ils se font mal. Un jour, Papa est tombé dans un escalier, il est allé à la clinique et Maman lui a mis un plâtre sur le pied. On a fait des dessins dessus, et ensuite on l’a gardé.
Babouchka est née à Tchernobyl, et elle y a toujours vécu. Elle dit parfois que rien ne pourrait lui faire quitter sa maison, et qu’elle veut mourir chez elle, dans son lit. Pourquoi je pense à elle, tout à coup ?

Vendredi 25 avril 1986.
Je n’ai pas beaucoup de temps pour écrire ce soir, parce que j’ai eu beaucoup de devoirs : une leçon de géographie, deux exercices de maths, un exercice de grammaire, et pour finir une poésie de Mikhaïl Yourievitch Lermontov, « Le Voilier ». Je la sais déjà par cœur :
Le Voilier. Ce voilier tout blanc, solitaire, qui dans le brouillard bleu s'enfuit, qu' a-t-il besoin d'une autre terre ? Qu'abandonna-t-il après lui ? Son mât sur l'onde vagabonde, s'incline et grince dans le vent.  Hélas ! point de bonheur au monde, ni derrière lui ni devant. Pour le porter la mer est belle, le soleil brille au firmament... Mais lui réclame, le rebelle, l'orage, cet apaisement.
Lundi, je vais lever le doigt pour me faire interroger, et tenter d’avoir un 5.


Ce soir, à table, Sacha a dit que quand il sera grand, il travaillera également à la centrale, au bloc 4. Comme Papa. Evidemment, Andreï s’est écrié : « moi aussi ! » Chaque fois que Sacha dit quelque chose, Andreï ajoute : « moi aussi ! » Maman dit que c’est normal, c’est parce qu’il est encore petit, alors il veut prendre exemple sur son aîné.
Il a fait très beau aujourd’hui. C’était la première vraie belle journée de l’année. Si demain le temps est aussi beau qu’aujourd’hui, notre pique nique sera très réussi. J’irai aussi cueillir quelques fleurs pour les offrir à Maman à mon retour.

Samedi 26 avril 1986.
Cette nuit, j’ai ouvert la fenêtre parce que j’avais très chaud. J’avais tellement chaud que je n’arrivais pas à dormir. J’étais enfin partie au pays des rêves quand j’ai brusquement été réveillée par une espèce de « boum ! », comme s’il y avait eu une explosion quelque part. Je ne sais pas pourquoi, mais ma première réaction a été de regarder mon réveil. Il était très exactement une heure vingt trois du matin (2). J’ai regardé Olga, mais elle dormait. Pendant un instant, j’ai eu envie de la réveiller pour lui demander si elle avait entendu, puis je me suis dit que si elle dormait, ça voulait dire qu’elle n’avait rien entendu. Je suis allée à la fenêtre, mais je n’ai rien vu de spécial dehors. Tout était calme. Mais tout à coup, j’ai eu une drôle d’impression, comme s’il se passait quelque chose de pas normal. D’habitude, la nuit, Mourka se promène dans la maison, elle joue et fait plein de bêtises, mais là, on ne l’entendait plus. Il n’y avait que le tic…tac…tic…tac… de l’horloge du salon. Je ne l’avais jamais entendu aussi fort. On aurait dit un cœur énorme qui battait. Même Olga, qui ronfle toujours beaucoup, avait l’air de ne plus respirer. C’était comme si tout le monde était mort dans la maison. J’ai eu peur, alors je suis vite retournée me coucher et j’ai essayé de me rendormir. J’ai quand même laissé la fenêtre ouverte, en espérant qu’il n’y ait pas de nouveau du bruit dehors.
Quand je me suis réveillée très tôt ce matin, j’ai demandé à Papa et Maman s’ils avaient entendu le boum, mais ils m’ont dit que non. Ils pensent que j’ai rêvé, mais moi je sais que je n’ai pas rêvé. La preuve, je me suis levée, et j’ai même regardé l’heure. Ils m’ont répondu que ce n’était pas une preuve, et qu’il fallait que je me dépêche de me préparer pour mon pique nique avec mes amis.
Finalement, on est allés pique niquer aux alentours du toboggan éléphant. On glisse sur sa trompe, c‘est très amusant. C’est un petit toboggan, alors je ne l’utilise plus, mais Olga et Andreï l’aiment beaucoup. Il y avait beaucoup de mamans avec leurs bébés dans les landaus bleus, et plein d’autres enfants qui couraient partout. C’était une très belle journée, et on a passé une excellente après midi.
Mais, vers la fin de l’après midi, j’étais en train de courir pour attraper Sergueï quand soudain j’ai été prise de vertiges. Ca tournait, ça tournait… Autant que sur un manège ! Et voilà que mon nez s’est mis à saigner ! Je me suis allongée par terre pour que mon vertige s’en aille, et aussi pour arrêter le sang en mettant la tête en arrière. Ca a bien marché, alors je me suis relevée, je me suis essuyé le nez et je suis retournée jouer avec les autres. Après, je suis rentrée avec Tatiana. Malheureusement, j’ai oublié de cueillir les fleurs !
En rentrant, on a vu un char dans la rue, et il y avait des militaires un peu partout. Ils portaient des masques et avaient l’air de mesurer quelque chose avec une petite boîte. Des gens les regardaient d’un air étonné, puis ils passaient leur chemin. Tania et moi, on a entendu un des militaires dire à un autre : « Les instruments doivent être cassés, c’est pas possible que ce soit aussi grave ! » J’ai tout raconté à Maman, et elle m’a dit qu’il était normal de voir des chars et des militaires à Pripyat, c’était sûrement pour empêcher les Américains de venir espionner notre centrale, puis elle a ajouté : « tu peux me passer la boîte de sel, s’il te plait ? »


Ce soir, j’étais très fatiguée. Je ne pensais pas que courir dans le parc allait me fatiguer autant ! Dans la cuisine, Papa a dit tout bas que des rumeurs couraient à propos d’un incident à la centrale, mais qu’on ne savait rien de plus. J’ai tout entendu. A table, je n’avais pas faim du tout, mais Maman a insisté pour que je mange le Bortsch qu’elle avait préparé. Après le dîner, j’ai eu soudain envie de vomir, et je suis allée aux toilettes pour rendre le Bortsch. Je n’ai rien dis à Maman, sinon elle m’aurait grondée.
A vingt et une heures, on a regardé Vrémia à la télévision (3), puis il y a eu un film. Je ne l’ai pas regardé car je suis allée me coucher. Une fois au lit, j’ai eu de nouveau la nausée et j’ai encore vomi. Cette fois, j’ai bien été obligée d’appeler Maman. Elle m’a demandé d’un air sévère combien de gâteaux j’avais mangés au pique nique. Elle a changé la couverture, puis elle m’a donné des médicaments en me disant que si je n’allais pas mieux demain, elle m’emmènerait voir le médecin à la clinique des enfants.
Cette nuit, je garderai encore la fenêtre ouverte pour dormir. Un peu d’air frais me fera du bien…

Dimanche 27 avril 1986.
Ce matin, j’ai été réveillée à huit heures par un bruit d’hélicoptère. Je me suis penchée à la fenêtre pour voir, et il y en avait quelques uns qui survolaient la ville. L’un d’eux est passé juste au dessus de l’immeuble. Ça a fait un de ces bruits ! Et tout à coup, j’ai de nouveau été prise de vertiges, mais beaucoup moins forts qu’hier. Comme je me sentais encore fatiguée, Maman a décidé que je resterais à la maison aujourd’hui. A onze heures, j’allais beaucoup mieux, alors je lui ai demandé l’autorisation d’aller au gymnase pour essayer de rattraper mon retard dans l’entraînement. Elle m’a dit : « tu es sûre ? », puis elle m’a donné son accord. J’ai mis mes affaires dans mon sac de sport, mais au moment où j’allais ouvrir la porte pour partir, Oncle Igor est arrivé comme un fou, et il a raconté à la vitesse d’une mitraillette qu’il y avait eu un grave accident à la centrale, que des centaines de bus venaient d’arriver à Pripyat pour nous emmener, et que nous avions deux heures pour nous préparer à évacuer ! Toute la ville devait être évacuée ! Quarante cinq mille personnes ! Nous étions sous le choc ! Comment pouvait-il y avoir eu un accident grave alors que ni la télévision ni la radio n’en avaient parlé ? Tout à coup, ça a été le branle bas de combat dans la maison. Papa a enfilé sa veste en s’écriant : « Je vais chercher Sacha à la piscine ! ». Oncle Igor est reparti, en courant lui aussi. « Ira, Olga, Andreï, prenez chacun votre sac de sport, et mettez y des vêtements ! Dépêchez vous ! » a ordonné Maman.
J’ai rouvert mon sac de sport, j’ai enlevé mes affaires de gymnastique puis je l’ai rempli de vêtements. J’ai mis aussi mon cahier journal et mon stylo. Je suis ensuite allée contrôler ce qu’Olga et Andreï avaient mis dans leur sac, et j’ai grondé Olga parce qu’elle n’avait pris que des poupées. Je les ai toutes retirées, et j’ai mis des vêtements à la place. Olga s’est mise à pleurer
Quand Papa est revenu avec Sacha (il avait encore les cheveux tout mouillés), il a raconté qu’il avait parlé avec des militaires. Ils lui avaient dit de ne pas s’inquiéter, que tout allait bien, que c’était juste un incident sans gravité et que l’évacuation ne durerait que trois jours. Il ne fallait donc prendre que le strict minimum. On était drôlement rassurés ! Nous avons allumé la radio et entendu le message annonçant l’évacuation de la ville, qui confirmait que l’on ne serait déplacés que pendant trois jours. Maman s’est moquée d’Oncle Igor qui avait cru à un accident grave, et nous avons terminé tranquillement nos préparatifs. Le message a également averti qu’il fallait prendre quelques provisions, et a demandé à la population d’être prête à deux heures précises. Le seul problème, c’est qu’il était interdit de prendre nos animaux avec nous. On s’est demandé comment on allait faire pour laisser Mourka toute seule pendant trois jours, mais on n’avait pas le choix, et puis on ne pouvait pas ouvrir la porte et la laisser partir, parce qu’on ne l’aurait jamais retrouvée. Maman a trouvé une solution. Elle a mis un grand bol d’eau par terre, beaucoup de nourriture dans une grande assiette, puis elle a pris une autre assiette, est allée chercher mon réveil dans ma chambre, et un grand bout de ficelle. Elle l’a attachée d’un côté au réveil, et de l’autre côté à la boîte de nourriture, renversée sur l‘assiette. Elle a mis le réveil sur onze heures, et m’a expliqué que le mécanisme, en sonnant cette nuit, ferait tourner la grosse clé à l’arrière du réveil, et que la ficelle allait s’enrouler autour de la clé. Petit à petit, la boîte allait monter, et la nourriture tomberait dans l’assiette. « Il faut espérer que le système fonctionne, et que Mourka aura suffisamment à manger pour trois jours, mais je pense que ça ira. Elle n‘a pas beaucoup mangé depuis hier, de toute façon. » a dit Maman.


A deux heures de l’après midi, comme convenu, on est tous descendus dans la rue. Une interminable colonne de bus jaunes attendait les gens devant les immeubles. Certaines personnes avaient l’air tristes, d’autres semblaient inquiètes et parlaient fort, et des enfants pleuraient. On est montés dans notre bus, et on est allés s’asseoir au fond.
Quand les autobus ont été pleins, le chauffeur a fermé la porte et a démarré. On a commencé à rouler dans la ville. Il n’y avait plus personne dans les rues. On aurait dit que Pripyat s’était endormie.


Je me suis mise à penser à Mourka, enfermée toute seule dans l’appartement, et j’ai eu un mauvais pressentiment. En plus, ça m’a rappelé une histoire assez bizarre que Sacha m’a racontée l’autre jour au sujet d’un chat, le chat de Monsieur Chrodineguèr (4). On l’enfermait un matin dans une boîte, et une minute après on ne pouvait pas dire s’il était mort ou vivant. Mais je n’ai pas compris pourquoi.


On a traversé toute la ville. Personne ne savait où on nous emmenait. J’avais envie de poser des questions à Papa ou Maman, leur demander pourquoi on n’était pas partis chez Babouchka, mais j’ai eu vaguement l’impression qu’il valait mieux que je me taise. C’était vraiment impressionnant, presque effrayant, de voir ces rues complètement vides. Comme si Pripyat était devenue une ville fantôme, comme si le temps s’était soudain arrêté. Dans le bus, les visages étaient fermés ou anxieux. Beaucoup de gens regardaient par les fenêtres, et il régnait un silence de mort.
On est passés devant le café Olympia, le stade Avanguard, l’immeuble de Ludmila, sur l’avenue Stroïtelei, le Palais des Pionniers…
Quand on est sortis de la ville, Andreï s’est retourné et a agité sa main pour dire « au revoir » à Pripyat. C’est en le voyant faire ce geste que, brusquement, j’ai compris. J’ai levé les yeux vers Papa et je l’ai regardé. De grosses larmes coulaient sur ses joues. Je ne l’avais jamais vu pleurer avant aujourd’hui. C’est alors que le poème de Lermontov m’est revenu en mémoire et, comme une radio qui se serait mise en marche toute seule, je l’ai entendu se réciter très distinctement dans ma tête. Ce voilier tout blanc, solitaire, qui dans le brouillard bleu s'enfuit, qu' a-t-il besoin d'une autre terre, qu'abandonna-t-il après lui…


Soudain, une dame s’est levée de son siège. Elle est allée voir un monsieur qu‘elle connaissait : « Dîtes la vérité, Alexandre Pétrovitch. Dîtes ce que vous pensez vraiment. Quand allons-nous pouvoir rentrer chez nous ? » Le monsieur a répondu, en hochant la tête : « Quand ? Dans mille ans, si tout va bien. » Il est resté silencieux quelques instants, comme plongé dans ses lointaines pensées, puis il a ajouté : « Mille ans… Dix mille ans… Qui sait ? Peut-être jamais. »



Les personnages de cette histoire sont bien sûr fictifs, mais la description de la ville de Pripyat et la chronologie des événements sont authentiques.



Pripyat en vidéos.

AVANT…
поймём потом. Rares images soviétiques sur Tchernobyl et la ville de Pripyat. Années 70 (1975 ?). Signification de la vidéo (approximatif) = Voix off : « présentation » des réalisations / Chanson. / Première interview : un ouvrier du bâtiment exprimant sa fierté d’avoir posé la première pierre, et de voir maintenant la grandeur du résultat. / Deuxième interview, la personne dit, en gros, que  la centrale construite ici n’a pas altéré l’air ambiant, qu’on attrape toujours du poisson, qu’il y a d’énormes quantités de champignons et de baies… et qu’il est sûr que la centrale n’abîmera pas la nature. / Voix off : nous sommes fiers de ce que nous avons construit… etc… etc…



APRES…
Pripyat 2009. Visite au cœur de la zone interdite de Tchernobyl
. De nos jours, vingt cinq ans après l’accident, la ville de Pripyat est toujours contaminée. Les personnes qui s’y rendent pour la filmer et la photographier ne doivent y rester que pendant un temps limité, et leur taux de radioactivité est contrôlée à la fin de la visite. Vitrine et fierté du régime soviétique dans les années soixante dix et début quatre vingt, touchée de plein fouet par la contamination radioactive et évacuée seulement trente sept heures après la catastrophe du 26 avril 1986, la ville de Pripiat a ensuite été volontairement saccagée par l’armée pour empêcher les habitants de revenir récupérer leurs biens, désormais fortement contaminés. Pripyat est aujourd’hui une ville fantôme, qui demeurera à jamais inhabitée.




D’autres photos de Pripyat…

Panorama…

Masques à gaz de l’armée.

A l’école.

Murs.

Au théâtre.

Un livre. (« Kiev, Capitale de l’Ukraine Soviétique. »)

Le jardin d’enfants…

Et un petit oiseau, échoué par hasard à Pripyat…



Notes et quelques liens.

(1) Insigne des Pionniers. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Pioneers_pin.svg

(2) A l’époque Soviétique, l’heure en Ukraine (ainsi qu’en Biélorussie, et dans les républiques baltes) était la même que celle de Moscou. Ce n’est plus le cas de nos jours.

(3) Vrémia (Le Temps) est le nom du journal du soir sur la première chaîne de la télé soviétique. Voir ce très intéressant documentaire de 1979 sur le fonctionnement de la télévision en URSS, le type de nouvelles sélectionnées pour faire la une du journal du soir, comment est organisée la propagande (ouvertement reconnue)… Mais aussi sur les côtés positifs, comme la chaîne d’éducation. Extraits du journal et de diverses émissions.
http://www.tsr.ch/emissions/temps-present/1285730-la-television-sovietique.html

(4 Le chat de Schrödinger)


Pripyat.com



Source des photos insérées dans cet article.

Entrée de la ville. Auteur : Artemi Titov.

La centrale, vue des toits de Pripyat. Auteur : Jason Minshull

La piscine. Auteur : Timm Suess.

Les auto tamponneuses. Auteur : Justin Stahlman.

La grande roue. Auteur : Justin Stahlman.

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : Divers
Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 21:10

300px-JabbawockeezByPhilKonstantin.JPG Ils s’appellent les « Poreotix », « Jabbawockeez », « We Are Heroes » ou encore « Quest Crew », leurs noms ne vous dit peut être rien, et pourtant ils sont adulés par la jeunesse américaine, mais aussi par celle de bien des ailleurs. A peine montés sur scène, avant même leur chorégraphie entamée, déjà la salle s’enflamme, le public se lève et bouge avec eux. Stars incontestées de la scène Hip Hop, Poreotix, Jabbawockeez, We Are Heroes ou Quest Crew font partie des plus incroyables et talentueuses équipes de danse qui se sont produites ces dernières années à l’occasion de shows et d’exhibitions, ou lors de concours, comme le championnat du monde « Hip-Hop Internationals », ou le non moins renommé « America’s Best Dance Crew », qui décerne chaque année le titre de meilleure équipe de danse des Etats Unis. Cinq concours de l’ABDC ont déjà eu lieu, chaque équipe citée ayant remporté l’une des éditions passées. Les premières épreuves de la sixième édition débutent le 7 avril 2011.

 

Tant de dynamisme, de bonne humeur et d’enthousiasme ne peuvent qu’être contagieux. Tant de travail, de précision, de perfectionnisme, d’imagination, de persévérance et de dépassement de soi méritent également d’être soulignés. Toutes ces qualités sont celles prônées par la culture Hip Hop, car, pour qui en douterait encore, c’est d’une véritable culture dont il s’agit, une culture jeune et urbaine, une culture vivante, avec son histoire mais résolument tournée vers l’avenir, avec son évolution, ses valeurs et ses traditions. Plus encore qu’une culture, c’est un mode de vie, une véritable communauté qui, idéalement, regroupe et unit des gens du monde entier, un monde en soi qui possède ses nombreux styles, son langage, ses codes et ses pratiques. Un monde en soi peut-être, mais certainement pas un monde fermé, remplié sur lui-même. Certains parlent même d’une véritable « conscience collective ». Cette expression, il fallait oser la lancer. C’est fait. Et depuis 2001, le mouvement possède même sa « Déclaration de Paix », présentée officiellement à l’ONU.

 

Hip Hop, késako ?

Née dans les années 70 dans les ghettos Noirs de New York, la culture Hip Hop compte désormais de fervents adeptes dans le monde entier. Pour résumer, le Hip Hop, c’est vaste ! Ca regroupe de nombreuses et diverses disciplines. Ainsi, on mélange parfois le Hip Hop et le Rap, alors que ce dernier est un genre musical appartenant à la culture Hip Hop, et non le mouvement dans son ensemble. Car le Hip Hop, qui regroupe aussi bien des disciplines musicales que des styles de danse, de la poésie, ou encore de l’art pictural, c’est aussi le Break Dance (dont tout le monde connaît le style acrobatique effectué à même le sol), le Smurf, le DJing, le Slam, le Beatboxing, le Popping (qui nous intéresse plus particulièrement ici), le Mix… On en a déjà la tête qui tourne… Sans oublier les graffitis, nés eux aussi à New York dans les années 70 et réalisés au moyen de bombes aérosols, qui ornèrent pendant longtemps les rames du célèbre Subway et dont certains constituent de véritables et magnifiques œuvres d’art.

L’expression Hip Hop viendrait de l’addition du terme argotique américain « hip » signifiant « intelligence », et « hop », qui est l’onomatopée du saut, mais d’autres interprétations existent. On attribuerait ainsi également l’expression à Malcolm X.

Le Hip Hop, c’est tout ça, et pourtant ses divers artistes, comme ses fans, ne s’expriment pas forcément dans toutes les disciplines, mais choisissent au contraire de se spécialiser. Ainsi, on peut aimer le Popping sans aimer la Break Dance ou le Rap, ou bien être slammeur sans pratiquer de discipline de danse ni faire de graffitis, etc. Il paraît difficile, par conséquent, de dire qu’on aime le « Hip Hop » dans son ensemble, à moins de se reconnaître dans tous ses courants artistiques et toutes ses disciplines.

 

L’ABDC , c koi ?

Chaque semaine, lors des épreuves éliminatoires, les groupes doivent relever un défi que le jury leur lance. Ce défi peut être différent d’une équipe à l’autre. C’est ainsi que pour l’anniversaire de la sortie de l’album « Thriller » de Mickael Jackson, les participants furent conviés à danser sur l’un de ses titres. Lors d’une autre épreuve, une équipe avait pour consigne de donner l’illusion de défier les lois de la pesanteur. Tout un programme… C’est lors de tels défis que la créativité, l’imagination et l’originalité, en plus du talent et du travail, doivent entrer en jeu et faire leurs preuves.

Ajoutons deux autres qualités à celles déjà énumérées. Tout d’abord l’humilité, car il en faut pour affronter, une fois sa prestation effectuée devant une salle bourrée à craquer, les critiques du jury, dont font partie des personnalités du monde de la musique comme JC Chasez (producteur, compositeur…) et la jeune Lil Mama  (chanteuse, compositrice, rappeuse).

Franches et directes, ces critiques, lorsqu’elles doivent être négatives, n’en sont pas moins constructives, car formulées avec indulgence et toujours accompagnées de conseils pour s’améliorer, de remarques concernant les points positifs de la prestation et d’encouragements pour la suite. Car il ne s’agit bien évidemment pas de casser les concurrents, mais de leur faire prendre conscience de leurs défauts, des aspects qu’ils doivent retravailler, dans le but de les aider à se dépasser, leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes et pourquoi pas atteindre les sommets. Lors des plus belles prestations, les plus travaillées, les plus originales, le jury est unanime et les compliments fusent de toutes parts, sous l’ovation du public.

L’autre qualité, non moins indispensable, pour durer dans la compétition, est l’esprit d’équipe et l’unité de groupe. En effet, lorsque la chorégraphie n’est pas parfaitement synchronisée, c’est la prestation de groupe dans son ensemble qui en pâtit. Les meilleures équipes sont celles qui donnent l’impression de ne pas compter quatre, cinq ou six danseurs dans leur rangs, mais de ne faire qu’un. Toutes les équipes participant à l’ABDC, qui ont chacune leur style bien à elle, possèdent cette qualité, mais l’unité parfaite, c’est sans aucun doute chez Poreotix et Jabbawokeez qu’on l’a trouvée.

 

Poreotix, autrefois (et souvent encore) orthographié Poreotics (de « Popping Choreography Robotics »), a été formé en 2007. Leur style, comme leur nom l’indique, mêle le Popping et la Robot Dance, dont Mickael Jackson fit une démonstration ahurissante dans les années 70, à l’époque des Jackson 5 (A partir de la minute 1.02 de la vidéo -non, la séquence n’est pas filmée en accéléré !!)

Le groupe a pour signe de reconnaissance les lunettes noires toujours portées sur scène. Poreotix, qui ne manque pas d’humour, n’hésite pas à tirer parti des accessoires les plus inattendus pour leurs mises en scène.

Le groupe possède désormais sa version junior, les « Miniotics », une bande de gamins espiègles, joyeux et sacrément talentueux, découverts grâce à des auditions. Les Miniotics comptent actuellement trois filles dans leurs rangs et dansent déjà comme des petits pros ! Ils se sont produits pour la première fois sur scène avec Poreotix le 30 janvier 2011. Bien sûr, les Miniotics portent aussi des lunettes noires sur scène. La relève, ou plutôt la complémentarité, semble assurée !

 

Jabbawokeez, également orthographié JabbaWokkeeZ, a été formé en 2004 et tire son nom du poème « Jabberwocky » de Lewis Caroll. Leurs signes de reconnaissance sont les masques blancs (plus rarement rouges) et gants blancs portés sur scène. Après de nombreuses épreuves éliminatoires, Jabbawokeez a remporté la toute première édition de l’ABDC.

 

We Are Heroes, quant à elle, a la particularité d’être une équipe composée uniquement de filles. Car les filles ne sont pas à la traîne dans le monde du Hip Hop, et ont su se faire une place au soleil dans les disciplines de la danse, comme c’est le cas ici, ou de la musique. We Are Heroes, qui en est un bon exemple, a présenté au fil des semaines des prestations aux styles très diversifiés. L’équipe a remporté la quatrième édition de l’ABDC.

 

Mickael Jackson est cité comme modèle par de nombreux groupes, mais aussi Chris Brown, dont les acrobatiques Quest Crew, vainqueurs de la saison 3, interprétèrent de façon saisissante le morceau « Forever » lors de l’une de leurs prestations.

 

Et pour finir…

Ce concours de l’ABDC est parfois qualifié de simple émission de télé réalité. Il en a peut être l’ambiance, mais il est pourtant bien plus que cela. Le « show » n’a pas vraiment la vocation de découvrir ou former de nouveaux talents, puisqu’il met en scène des groupes souvent connus, voire déjà reconnus, dans le monde du Hip Hop, et dont les prestations scéniques sont souvent d’un niveau très élevé. Il faut d’ailleurs souvent un œil de connaisseur pour déterminer les différences de niveau entre les équipes, ou entre les différentes prestations d’une même équipe au fil des épreuves, et il arrive que l’on ne comprenne pas bien les motivations du jury à maintenir telle équipe dans la compétition, et choisir d’éliminer telle autre.

Les équipes ayant précédemment participé au concours, y compris celles l’ayant remporté, ne se représentent pas à l’édition suivante. Chaque fois, de nouvelles équipes arrivent, qui impriment leur style à la compétition, et tentent elles aussi d’occuper le terrain jusqu’au bout, pour finalement décrocher la couronne.

Cette année, dix nouvelles équipes, dont Eclectic Gentlemen, que l’on voit ici en répétition, participeront à la sixième édition. Pour la première fois de la compétition, des danseurs de tous âges ont été admis à se présenter aux auditions.

Pour tous ces groupes, mais aussi pour ceux du futur, il y a eu, et il y aura, un avant, et un après « ABDC », si tant est bien sûr que la compétition continue d’exister à l’avenir. Elle est devenue un passage presque obligé, et le Titre fait office de véritable consécration pour les équipes qui le remportent. L’ABDC a déjà ouvert de nombreuses portes aux équipes victorieuses : propositions de spectacles, rôles dans des films, création d’écoles pour les juniors (voie récemment ouverte par Poreotix)… Certaines équipes sont devenues de véritables stars.

La compétition est également profitable aux équipes recalées qui, au-delà de la déception d’avoir été éliminées en chemin, parfois même si près du but, peuvent se glorifier d’avoir été sélectionnées lors des auditions, ce qui est déjà une sacrée performance, de s’être fait un nom dans le monde du Hip Hop, de s’être mesurées aux autres meilleures équipes et finalement, quelque soit le résultat, d’avoir participé, tout simplement, dans une atmosphère toujours festive, un esprit résolument positif et une ambiance de fair-play et de respect mutuel entre tous les concurrents.

En dehors de certaines dérives apparues dans l’univers du rap, notamment du fait de la violence ou du sexisme contenus dans certains textes, qu’il faut évidemment condamner, le Hip Hop, c’est tout ça, un monde bouillonnant d’idées, de créativité, d’enthousiasme, de passion et d’énergie, et on aurait tord de se priver de s'intéresser à cette culture, car si c’est déjà tout cela, c’est sûrement beaucoup plus encore.

 

Source de l'image.

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : Culture
Vendredi 18 mars 2011 5 18 /03 /Mars /2011 00:51

Voilà plusieurs jours que la catastrophe nucléaire au Japon monopolise toute notre attention et focalise sur elle nos pires angoisses. Scotchés devant nos téléviseurs, épouvantés par ce que subissent les Japonais et tout autant estomaqués par leur courage, leur force et leur calme dans la tempête, on apprend enfin le 17 mars au soir qu’une amélioration a eu lieu, et l’espoir renait un peu. Même si les Japonais sont aux premières loges de l’exposition à la radioactivité, et que nous sommes et resterons des privilégiés par rapport à eux, on ne peut s’empêcher de ressentir de l’angoisse quant au passage du nuage radioactif au dessus de nos têtes. De plus, nous sommes tous traumatisés par la catastrophe de Tchernobyl, même si nous n’en avons pas forcément conscience parce que cette tragédie s’est déroulée il y a vingt cinq ans maintenant, et aujourd’hui nous voyons le même scénario de l'accident nucléaire se renouveler.

 

Admettons que ce nuage survole la France. Et visiblement ce serait le cas la semaine prochaine, comme il a été annoncé au journal de vingt heures de David Pujadas ce 17 mars. On se contente de nous annoncer que cela ne sert strictement à rien de prendre des pastilles d’iode maintenant, mais ça, on l’avait bien compris (cela ne devrait pas empêcher, pensent certains, sans doute à raison, les autorités de les distribuer ou les vendre à titre préventif, mais on comprend fort bien que ne pas le faire constitue un bon moyen d’empêcher les gens de les prendre à tord et à travers, sur le coup de l’émotion –cette émotion qui est la preuve, soit dit en passant, que tout le monde, au plus profond de lui-même, est en réalité contre, totalement contre, et viscéralement contre le nucléaire.) de même qu’on nous annonce que le risque n’est pas grand ici, en cas de passage du nuage radioactif sur la France, d’une exposition dangereuse pour la santé, et ça, on ne demande qu’à le croire, bien que tout cela nous rappelle étrangement le nuage de Tchernobyl s’arrêtant aux portes de la France, attendant son visa de tourisme pour franchir la frontière… Quoi qu’il en soit, on ne nous explique absolument pas comment une distribution, si tant est qu’elle s’avère nécessaire cette fois ci, ou si un jour, même lointain, elle devait s’avérer nécessaire, serait organisée et mise en œuvre. Nous vivons dans un pays pas si grand que ça, mais abritant malgré tout plus de cinquante centrales nucléaires, ce qui est énorme, et on ne sait rien, strictement  rien, des mesures que notre gouvernement prendrait en cas de catastrophe nucléaire sur le sol français. On se doute qu’en cas de nécessité, les évacuations se feraient dans le plus grand calme, les distributions de comprimés d’iode, ordonnées par le gouvernement, se feraient, bien entendu, de façon parfaitement organisée, en respectant les délais… Ce serait peut être le cas, mais le doute persiste car si l’on ne nous tournait pas si régulièrement en bourriques, nous serions beaucoup plus enclins à faire confiance à nos gouvernants et à les croire.

 

Mais pourquoi s’inquiéter, de toute façon ? On sait que, bien entendu, les centrales nucléaires françaises ne risquent absolument rien (bien que « le risque zéro n’existe pas » n’est-ce pas…) et surtout pas de connaître un jour le triste sort de celle de Fukushima, encore moins de celle de Tchernobyl. Forcément, puisque nos centrales sont au dessus de celles du reste de l’humanité… Et elles le resteront, croyez le ou non, même si chaque année les fait vieillir un peu plus, et même si nous les trouverons encore en activité dans dix, vingt, trente ou cinquante ans.

En ce qui concerne le drame de Fukushima, on entend sur une chaîne qu’il n’y a que peu de risques que le nuage de Fukushima atteigne nos côtes, sur une autre que des particules seront certainement détectées dans le courant de la semaine prochaine, comme il a déjà été dis plus haut.

 

Jeudi 17 mars au soir, toujours, David Pujadas, présentateur de la 2ème chaîne nationale française, reçoit François Fillon à son journal télévisé. J’écoute attentivement les déclarations de notre Premier Ministre concernant les essais que vont subir nos centrales nucléaires françaises, rassurée que le gouvernement ait entendu, ne serait-ce que partiellement, mais c’est mieux que rien, les arguments des militants anti-nucléaires, et qu’il envisage par conséquent un audit sur « l’ensemble », oui, l’ensemble, j’ai bien entendu, des centrales de l’hexagone, pour compléter les traditionnels contrôles… et là… je manque de m’évanouir tant le choc émotionnel est fort. Mon cœur se met à battre comme un fou, j’ai soudain du mal à respirer, je suis oppressée, et la peur me retourne tellement l’estomac que je m’effondre en larmes. Je sais que je suis à fleur de peau en ce moment, car je n’ai jamais réussi à oublier la catastrophe de Tchernobyl, dont les images, que j’aurais mieux fait de m’abstenir de regarder, m’ont complètement traumatisée, et que ces nouvelles images en provenance de Fukushima me replongent dans cette atmosphère de cauchemar que nous croyions ne plus jamais revivre. Il y a également de grandes chances que, pour ces raisons de tension nerveuse, je n’ai pas bien compris ce dont il s’agit. Mais ce que j’entends ce soir, annoncé sur un ton parfaitement calme et anodin, comme si tout cela était parfaitement normal, est ni plus ni moins qu’il s’agit d’un test de résistance à la pire des situations, un test qui va mettre nos centrales dans la même situation qu’à connue celle de Fukushima ! Ca me semble franchement risqué ! Et si l’une, ou l’autre, de nos centrales, ne résistait pas à ce test et partait en vrille ? Bien que je sente déjà mon cœur commencer à battre plus fort, je continue à écouter, et là mon souffle se coupe complètement et mon cerveau s’emballe, car j’entends « système de secours »… « coupure électrique »… et je crois comprendre qu’on va soumettre les centrales à une coupure électrique afin de voir comment répond et se comporte le système de secours. Et c’est là que je panique totalement et manque de m’évanouir, et pas au sens figuré, car si je ne suis pas sûre d’avoir bien compris qu’il s’agit bien de couper l’alimentation électrique pour tester les systèmes de secours, je suis sûre d’une chose : c’est suite à un test de ce genre que le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl a explosé !!

Cette expérience, ai-je lu, « prévue sur le réacteur no 4, pour tester l'alimentation électrique de secours qui permet au réacteur de fonctionner en toute sécurité pendant une panne de courant. », effectuée par les Soviétiques en avril 1986, a mal tourné, ce qui évidemment n’entrait pas dans le cadre du protocole officiel, et a provoqué la perte totale du contrôle de ce réacteur, avec les conséquences apocalyptiques que l’on sait…

 

Je force alors mon esprit à se calmer, je me raisonne, je parviens à me ressaisir, mais c’est difficile après avoir entendu des informations si peu détaillées, si peu explicitées et que j’ai inévitablement recoupées avec ce que j’ai lu, et je finis tout de même par me dire que si la procédure de test effectuée sur nos centrales est bien la même (dans son principe général) que celle effectuée à Tchernobyl, il est évident que cela ne sera pas effectué dans les mêmes conditions, ni avec la même désinvolture qui fut celle des Soviétiques, qui ont commis des erreurs grossières et monumentales lors de ce test, et que de toute façon nos centrales, et c’est un fait, ne sont pas construites sur le même modèle que celle de Tchernobyl. Nos centrales sont stables, et je ne pense vraiment pas qu’il s’agisse là d’un mensonge, elles n’ont pas été conçues à la va-vite ni construites tout aussi à la va-vite, sans respect de véritables mesures de sécurité, comme le fut la centrale de Tchernobyl, la légendaire centrale « Vladimir Ilitch Lénine » qui faisait la fierté du régime soviétique, la centrale modèle dont la notoriété se devait déjà de « rayonner » au-delà des frontières de l’Empire.

 

Et pourtant, malheureusement, la peur est là, maintenant. J’angoisse désormais au sujet de la réalisation de ces tests, que j’avais accueillis avec soulagement. Je me dis que l’erreur a toujours été humaine, et que si ces tests ne sont pas effectués dans le cadre d’une sécurité absolue, l’un de nos joujous atomiques ne risque-t-il pas, lui aussi, de s’emballer et se mettre à danser la gigue ? J’aurais préféré que Monsieur Fillon explique mieux ce dont il va s’agir exactement, ou alors qu’il ne dise rien, carrément.

Parce que j’en viens à me dire, moi qui défends farouchement la pluralité et la liberté d’information, et donc la transparence totale, qu’il n’est finalement pas si mal que cela quand nos gouvernants nous mentent par omission. Je me surprends à penser que les nouvelles rassurantes, même si on doute de leur authenticité, ça a parfois du bon ! Ou sans pour autant nous mentir, qu’ils s’abstiennent de donner des informations inutiles dans le sens où elles ne peuvent que nous embrouiller l’esprit si elles sont partielles, ou nous paniquer si nous les recoupons avec d’autres trouvées par le biais de nos recherches personnelles.

Car s’il est bien de pouvoir avoir librement accès à l’information, ce qui est un gage et le signe d’une démocratie, il est vrai aussi qu’avec ces flots d’informations désormais à notre portée, parfois des informations anarchiques ou à la limite de la fiabilité d’ailleurs, que l’on trouve surtout sur internet qui contient tout ce qu’on cherche et plus encore, comme une sorte de gigantesque buffet à volonté, avec cette liberté et cette possibilité de se documenter à tous les râteliers, quitte à ne plus rien comprendre à ce que l’on lit, je finis par me demander si nous ne risquons pas de devenir, sur certains sujets sensibles comme celui là, des hypocondriaques de l’actualité, recoupant des informations qui n’ont pas lieu de l’être, voyant des « maladies » là où il n’y en a pas, angoissant en permanence pour rien. J’en viens même à regretter d’avoir allumé la télévision pour écouter le journal. Ou d’avoir lu l’article de Wikipedia sur les causes de la catastrophe de Tchernobyl. Au choix. Dans un cas comme dans l’autre, cela m’aurait évité une belle crise de panique préjudiciable au bon fonctionnement de mon cœur.

 

Quoi qu’il en soit, j’espère vraiment entendre de plus amples informations, dans les jours qui viennent, au sujet de ces tests auxquels nos centrales nucléaires vont être soumises. Et en règle générale, merci de donner plus d’informations, claires, précises et détaillées, ou pas d’information du tout, s’il vous plait ! C’est l’un ou l’autre, mais ce « un peu mais pas trop » ne peut que semer le doute et la méfiance dans les esprits.

 

En tout cas, je vais désormais laisser librement se réveiller ces convictions anti-nucléaires qui dormaient (plus ou moins) en moi, qui dorment en fait en chacun de nous mais font périodiquement remonter à la surface l’angoisse devant le risque qu’un nuage radioactif traverse notre pays ou qu’une catastrophe majeure s’abatte sur nous, et me laisser devenir une partisane de la nécessité absolue de sortir du nucléaire et de passer à des énergies renouvelables au plus vite, même si ce « plus vite » doit prendre vingt ans.

Moins nous consommerons d’électricité, plus nous l’économiserons, moins nous solliciterons nos centrales nucléaires, et plus vite nous pourrons décrocher cette épouvantable épée de Damoclès qui se balance lentement et sournoisement, au gré des vents, au dessus de nos têtes. Et quand les centrales nucléaires auront toutes été définitivement arrêtées, l’angoisse qui nous tenaille sera démantelée avec elles.

 

« Il faut trouver de nouvelles sources d’énergie. […] Tchernobyl nous a montré la véritable nature de l’énergie nucléaire entre les mains de l’homme. » Mikhaïl Gorbatchev. 2006.






hawaii-separateur.gif

 

Par Surya - Publié dans : Opinion
Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 20:38

Ce mois ci, mais aussi pour le mois d'avril, mois du triste anniversaire des 25 ans de Tchernobyl, mon choix musical se porte sur la série de concerts NO NUKES (pas de nucléaire) qui a eu lieu à New York en septembre 1979. C'est loin déjà...

Ces concerts avaient été donnés pour mobiliser la population, après la catastrophe le 28 mars 1979 de la centrale de Three Mile Island, contre le nucléaire.

 

Depuis, il y a eu Tchernobyl....

Et maintenant Fukushima...

 

On va continuer longtemps, comme ça, à "faire mumuse" avec le nucléaire ??

Maintenant, ça suffit ! Le nucléaire a déjà suffisamment tué comme ça dans le monde !

   

Quant à nous, arrêtons de croire (pour changer...) que la France est au dessus du reste du monde, qu'elle sait mieux que les autres, et que rien ne peut nous arriver. Que rien ne puuisse nous arriver, c'est peut être vrai actuellement, mais qu'en sera-t-il dans vingt, trente... ou cinquante ans, quand nos centrales auront tellement vieilli que n'importe quoi pourrait leur arriver ?

 

Sommes nous donc INCAPABLES intellectuellement de voir sur le long terme ? Notre cerveau est-il si limité qu'il nous soit impossible de prendre des décisions profitables à un avenir plus lointain que les cinq ans d'un mandat électoral ?

 

Que ce soit en France ou dans le reste du monde, il est désormais devenu urgent, mais aussi INEVITABLE de sortir du nucléaire.

 

Car on a dû croire, à l'époque de Three Mile Island, que jamais rien d'aussi grave n'arriverait plus nulle part dans le monde.

On a aussi cru, à l'époque de Tchernobyl, que rien de semblable ou d'aussi grave n'arriverait plus nulle part dans le monde.

Et on croira sans nul doute, après Fukushima, que rien de semblable ni d'aussi grave n'arrivera plus nulle part dans le monde...  

 

Je ne sais pas quand, peut être dans très longtemps, personne ne sait quand, mais une chose est désormais sûre : on en reparlera la prochaine fois...

  

 

Quelques mots sur la série de concerts, sur Wikipedia.

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=BjA9I4FqsQg&feature=related

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=ziWFWAVdtHQ

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=er9Ox4szxag

 

http://www.youtube.com/watch?v=dqzewuKa7Qg&feature=related

 

 

 

Réseau Sortir du Nucléaire.

 

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

 

Par Surya - Publié dans : Actualité
Mardi 8 mars 2011 2 08 /03 /Mars /2011 20:31

En ce 8 mars, journée de la femme, un article sur les chanteuses, en solo ou dans un groupe.

Un très court article pour l'instant. Je n'ai pas le temps d'en faire plus actuellement, mais je l'enrichirai au fil du temps. Ca va être très sixties et seventies pour commencer.

 

(Rappel, pour visionner les vidéos, enlevez dans la barre d'adresse tout ce qui se trouve avant le lien YouTube ou DailyMotion, jusqu'à "ext") 

 

 

 

Pour commencer, donc, je vais mettre à l'honneur quelques légendes de la Motown.

 

 

Diana Ross et les Supremes. Baby Love

 

Diana Ross sans les Suprmes. Upside Down.

 

Martha and the Vandellas. Dancing in the Street. la version originale reprise un jour par David Bowie et Mick Jagger.

 

 

 

 

Un peu de disco ?

 

 

Donna Summer. I Feel Love. (1979)  Il fut un temps où j'avais le 45 tours de ce truc...

Donna Summer est l'artiste disco que je préfère. Que des bons souvenirs !

 

Toujours Donna Summer. Spring Affair. Issu de l'excellent album Four Seasons of Love. Euh... 1976 ? Celui là aussi, je l'avais.

 

Donna Summer. On the Radio.

 

 

Gloria Gaynor. Can't take my Eyes off of you

 

 

 

Plus près de nous maintenant.

 

Whitney Houston. I will Always Love You.

 

 

A suivre...

 

 

 

 

hawaii-separateur.gif

Par Surya - Publié dans : Best of musique

Présentation

Quel jour on est ?

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Recherchez (et trouvez !)

Recommandez ce blog !

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés