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Samedi 18 avril 2009 6 18 /04 /Avr /2009 16:45
C’est par un parcours fléché jalonné d’objets familiers aux admirateurs de Jacques Tati et emblématiques de chacun de ses films que la Cinémathèque Française célèbre, depuis le 8 avril et jusqu’au 2 août 2009, les 102 ans de l’immortel cinéaste, dans son exposition intitulée « Jacques Tati, deux temps trois mouvements. » retraçant la carrière de ce génie du cinéma français.

 


Rien a priori ne pouvait prédire le destin cinématographique de Jacques Tati. Tour à tour encadreur après avoir repris l’entreprise familiale puis sportif de haut niveau, Tati semble, à la lecture de sa biographie, s’être lancé dans le mime et le Music Hall sur une sorte de coup de tête, contre l’avis familial d’ailleurs. Abandonnant en effet son métier en pleine crise des années trente, il connaîtra à ses débuts des années très difficiles.

 

Après le Music Hall, dans lequel avait également débuté Charlie Chaplin lorsqu’il était enfant, suivront une carrière d’acteur de cinéma interrompue par sa mobilisation durant la seconde guerre mondiale, sa rencontre après la guerre avec Fred Orain, Directeur des célèbres Studios de la Victorine à Nice, puis ses débuts de réalisateur avec un premier court métrage en 1946, « L’Ecole des Facteurs », où apparait pour la première fois le personnage de François. Sa carrière, qui sera jalonnée de gros succès mais aussi de difficultés, est désormais lancée.

 

 

Accessoires et personnages typiques.

 

Les accessoires sont de première importance dans les films de Tati. On ne peut envisager François le facteur sans son vélo, ni Monsieur Hulot sans sa raquette de tennis, ou sans… sa pipe…

 

De même, les personnages de Tati n’appartiennent qu’à ses films, tant ils sont typiques, un brin caricaturaux, certains un peu cocasses, mais toujours très attachants. Tati joue dans le burlesque, à la manière de ses prédécesseurs et maîtres tels Buster Keaton, qu’il a personnellement rencontré, ou Laurel et Hardy.

 

Voici quelques symboles de l’univers de Jacques Tati, qui racontent ses films et les représentent.

 

 

Un postier, un vélo, un manège et des marmots…

 

Son premier long métrage, « Jour de Fête », tourné en 1947 à Sainte Sévère avec comme acteurs les habitants du village, et sorti en 1949 en raison du rejet dont il avait fait preuve de la part des financiers et des distributeurs, n’a pas été accueilli avec grand enthousiasme par la critique, contrairement à l’accueil que lui a réservé le public, qui a su reconnaître en Tati le grand cinéaste qu’il était.

 

« Jour de Fête » met en scène François le facteur, postier dans un petit village où s’installe une fête. Après avoir vu un film (bourré d’humour « tatiesque ») sur les tournées express des postiers américains, il ne peut s’empêcher d’essayer de les imiter, pédalant comme un forcené sous les acclamations des paysans qui l’encouragent de leurs « Allez Françoué ! Comme en Amérique ! », avant de réaliser qu’il est bien mieux de prendre le temps de vivre.

 

« Pour c’qu’elles sont bonnes, les nouvelles, on a bien le temps d’les recevoir ! » lui fait remarquer avec ce bel accent du terroir la doyenne du village, toujours accompagnée de son inséparable petite chèvre, et qui traverse le film de part en part comme elle a dû traverser la vie, en observant les autres avec sagesse, et sans se presser.

 

Jacques Tati, expérimentateur et visionnaire, avait tourné « Jour de Fête » en deux versions : l’une en noir et blanc et l’autre, qui devait être la copie principale, en couleur, selon un tout nouveau procédé qu’il souhaitait essayer. Mais la pellicule ne put être développée, et c’est finalement la copie de secours en noir et blanc qui fut montrée. « Jour de Fête » sera malgré tout considéré comme le premier film en couleur du cinéma français, et sera plus tard restauré dans sa version couleur, en conservant l’esprit que souhaitait lui donner Tati.

 

 

Un vacancier, une éprouvette, des transats et une raquette…

 

« Les Vacances de Monsieur Hulot », en revanche, est bien accueilli par la critique. Le film lance le désormais célèbre Monsieur Hulot, toujours avec son chapeau, son pantalon trop court, son imperméable… et sa pipe… et que l’on retrouvera dans deux autres films : « Mon Oncle », et « Playtime ».

 

Hulot, avec son éternelle maladresse qui fait de lui un grand enfant, trouble la quiétude des vacanciers d’une station balnéaire en une série de gags involontaires plus hilarants les uns que les autres.

 

Alors que les dialogues étaient bien nets et compréhensibles dans « Jour de Fête », c’est dans « Les Vacances de Monsieur Hulot » qu’apparaissent ces bribes de dialogues, placardées sur les images comme de drôles d’étiquettes sonores, qui contribueront à faire la renommée du cinéaste. Le comique n’est plus seulement dans le visuel, mais est exploité jusque dans le son.

 

 

Un cube, un jet d’eau, des coquetiers et des tuyaux…

 

« Mon Oncle » est peut être le film le plus drôle de Jacques Tati. Monsieur Hulot, personnage toujours aussi marginal et décalé, rend visite à sa sœur et son mari industriel, fièrement installés dans une maison ultra moderne d’une banlieue aseptisée, sorte de cube sans âme composé d’un salon vaguement meublé d’un canapé et de fauteuils « coquetiers », d’une cuisine entièrement automatisée, et d’un jardin de pelouse rase et de graviers que l’on ne peut librement traverser, mais où le chemin à parcourir obligatoirement pour rejoindre la maison est matérialisé au sol par une signalétique tortueuse, à l’origine de plusieurs scènes comiques.

 

Le contraste est encore plus saisissant dans ce film entre Hulot et son environnement que dans « Les Vacances… ». Seul le jeune neveu Gérard semble vraiment comprendre et apprécier cet oncle qui bouleverse sa vie ennuyeuse et remet en question la froideur et la rigueur de son existence pour y apporter un peu de fraîcheur, que ne fournit pas la fontaine « poisson » du jardin, de fantaisie et de poésie. Bien entendu, Hulot commet toutes sortes de maladresses qui font le bonheur du spectateur, comme lors de la scène hilarante de la fabrication des tuyaux dans l’usine « Plastac ». Les deux personnages de l’oncle et de son neveu forment un tandem attachant, immortalisé en photo sur le vélo de Hulot.

 

Dans ce film, les « étiquettes sonores », en plus de l’effet comique qu’elles produisent, accentuent l’impression de futilité et de vacuité de personnages évoluant dans une société de consommation matérialiste naissante à l’époque, et synonyme alors de bonheur parfait. Tati n’était pas seulement un comique, il était également un observateur attentif de son temps, et un réel visionnaire.

 

« Mon Oncle » sera un triomphe à sa sortie, et recevra, entre autres récompenses, l’Oscar du meilleur film étranger en 1959. La voie est désormais libre pour Tati, les producteurs lui font confiance, et il peut voir plus grand encore. Son ambition pour son prochain film le mènera malheureusement à sa perte.

 

 

Des buildings, des bureaux, des fauteuils et un resto.

 

Pour son film suivant, « Playtime », Tati fait construire une ville entière, faite de buildings de verre, de béton et d’acier, avec ses rues, ses feux tricolores (qui fonctionnaient !) et ses trottoirs de macadam si fidèlement reconstitués que l’on voit à un moment du film des ouvriers en train de les creuser ! Même si bien sûr cette ville n’est qu’un modèle réduit, le montage de ce décor, qui sera détruit à la fin du film et ne servira donc pas pour d’autres réalisations, engloutira des millions de francs. Avec une partie du public qui boudera le film à sa sortie, « Playtime » ruinera Jacques Tati et brisera sa carrière. Plus personne ne voudra par la suite produire ses films. Après avoir connu tant de déboires financiers que certains de ses courts métrages étaient restés inachevés, Jacques Tati ne se relèvera jamais vraiment de cette ultime épreuve, et ses deux derniers films, « Trafic » et « Parade » ne lui feront malheureusement pas remonter la pente.

 

Playtime est pourtant un excellent film, à la hauteur de son ambition, bourré de finesses et de détails à découvrir derrière les premiers plans, bourré de gags subtils et originaux, certains mis en évidence, d’autres qu’il faut parfois « choper » au moment où ils passent à l’écran, mais c’est justement cela qui fait aussi la force de Jacques Tati : loin d’ennuyer son spectateur, il le pousse au contraire à voir et revoir ses films afin d’essayer de découvrir un savoureux élément comique ou un détail croustillant qui lui auraient échappés lors de son précédent visionnage.

 

Le film se passe dans une ville froide et moderne, où tout est « nickel », où la vie monotone se déroule comme si elle était écrite à l’avance sur une partition irréprochable. Arrivent alors Monsieur Hulot et une armée de joyeuses touristes américaines, fraîchement descendues d’un car…

 

On est frappé par les couleurs utilisées au tout début du film, certaines scènes ne comportant que du noir, beaucoup de gris, déjà présent dans « Mon Oncle » et une sorte de bleu foncé très métallique. Seules quelques taches de couleurs vives sont disséminées ici et là, contrastant de façon qui se veut discrète mais qui s’avère en réalité très comique avec l’uniformité du lieu : la lumière jaune qui surgit brusquement lorsque s’ouvrent les portes de l’ascenseur, les petites lumières multicolores qui clignotent sur la « machine à communiquer » du concierge, les points rouges de la Légion d’Honneur fixés sur chacun des vestons des portraits accrochés aux murs de la salle d’attente, les chapeaux piqués de fleurs, fraîches ou fanées, des touristes américaines… La couleur et la joie de vivre s’insèreront progressivement dans le film où règne aussi, à la fin, une ambiance de fête.

 

Tous les personnages sont importants, et aucun ne reste jamais inactif. Chaque personnage a un rôle à jouer, et peut successivement passer, d’une scène à l’autre, du statut de figurant à celui de personnage principal d’un instant, porteur d’un gag. Même Hulot peut faire de la figuration. Il n’a d’ailleurs pas de rôle déterminé dans ce film sans réelle histoire, et est même absent de nombre de ses scènes. Mais il se passe toujours quelque chose aux quatre coins de l’écran.

 

Un exemple de cette richesse dans la mise en scène est la scène vraiment drôle qui montre en plan fixe, depuis la rue, les baies vitrées de l’immeuble où vit l’ami de Hulot. Derrière chaque carré de verre s’expose une famille, et se déroule à la vue de tous une scène de vie différente. On peut sans risque de se lasser revoir plusieurs fois cette séquence en se concentrant successivement sur chaque salon, ou sur l’ensemble de l’immeuble. On se régale à chaque fois.

 

 

Des transats, une cabine de bain, une raquette, un chapeau… c’est dans cet univers magique, fait de fantaisie, de poésie et d’humour, que l’exposition de la Cinémathèque nous invite à entrer. Tout au long de ce parcours en forme de clin d’oeil, on découvre également des éléments de la vie personnelle du réalisateur, de nombreuses photos de ses films, de la correspondance, des plans de travail... Une ligne d’écrans de télévision propose six séquences explicatives de Tati et de ses films, en abordant des thèmes comme l’Amérique, les hommages rendus par d’autres grands cinéastes comme François Truffaut, ou de courtes interviews de personnalités telles que David Lynch ou Jean Claude Carrière.

 

« Jacques Tati, deux temps trois mouvements. », une exposition à voir absolument, pour découvrir ou redécouvrir un des plus grands cinéastes français. Le plus grand, peut être.

Ne pas rater aussi la reconstitution de la villa Arpel, la maison de « Mon Oncle », au « 104 », mais également des expos photos, des conférences, la projection de ses films, et certaines manifestations en province.

 

Nom d’une pipe, voilà une expo qui va faire un tabac ! (1)

 

Le programme complet des manifestations sur le site internet de la Cinémathèque Française.

 

Lire aussi les articles parus sur Agoravox et Orsérie sur Jacques Tati et

ses films, par ordre chronologique de parution =

 

http://www.agoravox..fr/article.php3?id_article=7096

http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=30281

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42968

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/ceci-n-est-pas-une-pub-54682


Un article paru sur Orsérie, le vendredi 10 avril 2009, sur l’exposition de la cinémathèque.

 

 


 

(1) « Nom d’une pipe », « faire un tabac » = expressions courantes de la langue française, très prochainement interdites d’emploi au nom de la loi Evin contre le tabagisme, en raison des termes hautement subversifs qu’elles contiennent.

 

 

 

 

 


 

Par Surya - Publié dans : Expositions
Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /Avr /2009 00:00

Surnommée la Chapelle Sixtine de la préhistoire, la grotte de Lascaux est, depuis sa découverte en 1940 et son ouverture au grand public, l’objet d’attaques de micro-organismes et de parasites. Fermée en 1963 par Malraux, elle fit dès lors l’objet de toute l’attention de scientifiques qui se relayèrent à son chevet, mais également l’objet de toutes les négligences. Après des années de souffrance, la grotte est aujourd’hui en péril. Devra-t-on la fermer définitivement si l’on veut essayer de la sauver ?




Un peu d’histoire et de géographie…

Lascaux est une grotte située dans la vallée de la Vézère, en Dordogne. Creusée dans une colline calcaire, elle mesure 250 mètres de long. Un plan très détaillé peut être consulté sur ce site.

On sait que ses peintures, qui n’ont pas été datées avec une extrême précision, ont été réalisées entre 18 000 et 15 000 environ avant notre ère. Ainsi, les œuvres datent du Magdalénien, voire même du Solutréen.

Les colorants utilisés par les hommes de l’époque étaient à base de fer et de manganèse. Les traits noirs sont à base de charbon. On n’a pas retrouvé que des peintures à Lascaux, mais aussi des objets, comme des pointes de sagaies en bois de cerf.

Lascaux est un témoignage inestimable de la vie de nos ancêtres préhistoriques, et une des plus belles grottes d’art pariétal du monde.


Découverte de la grotte.

Le 12 septembre 1940, quatre enfants se promènent avec leur chien. Soudain, la bête disparaît dans un trou, auparavant obstrué mais dégagé par la chute d’un arbre. C’est en partant à sa recherche qu’ils découvrent la grotte. Ils avertissent immédiatement leur instituteur, Monsieur Léon Laval. La découverte est considérée comme si importante que la grotte est classée parmi les monuments historiques dès le 27 décembre 1940.

Les visites d’exploration et d’étude commencent. La grotte sera ensuite ouverte au grand public en 1948. Le public montrera un engouement sans précédant pour ce lieu extraordinaire, avec une moyenne de mille visiteurs par jour !

1948 est également l’année où d’importants travaux ont lieu pour améliorer les conditions de visites. Après avoir élargi l’entrée du site, de gros travaux de terrassement sont entrepris, le niveau et la nature des sols est modifié, et un éclairage électrique très puissant, à base de gros projecteurs, est mis en place pour éclairer et mettre en valeur les peintures. Un escalier est construit pour accéder plus facilement à la salle des taureaux. Finalement, le site est fermé par une lourde porte de bronze.


Premières attaques, premières dégradations.

Dès 1955, on constate que certaines peintures se décolorent en raison du fort taux de gaz carbonique dégagé par les visiteurs, qui acidifie l’atmosphère Avec une moyenne de mille visiteurs par jour, c’étaient en effet 2 500 litres de dioxyde de carbone et 50 kg de vapeur d’eau qui étaient dégagés chaque jour. Certains jours d’été, le nombre de visiteurs pouvait monter jusqu’à 1800 ! De plus, sans système de ventilation, l’air devenait rapidement irrespirable.

On installa donc en 1957 un tout premier système de ventilation, afin de renouveler l’atmosphère et tenter de stabiliser la température et l’humidité. Les travaux eurent lieu de nuit, pour que les visites puissent continuer à un rythme effréné durant la journée. Le système de ventilation s’avéra insuffisant.

En 1960, on constata l’apparition d’algues sur les parois de la grotte. Celles-ci s’étaient développées à cause du taux de gaz carbonique, mais aussi des températures trop élevées notamment en raison de la chaleur diffusée par les projecteurs électriques. On appela cette prolifération la maladie verte.

A la même époque arriva la maladie blanche, causée elle aussi par l’excès de gaz carbonique. Il s’agissait de voiles de calcite, c’est-à-dire une croissance de cristaux, qui se développaient et recouvraient les parois en de nombreux endroits. Si ces voiles de calcites n’avaient pas été traités, on ne pourrait plus voir les peintures aujourd’hui, a dit Marc Gauthier, Président du Comité Scientifique (1).

Des filtres à ozone furent alors installés, mais les maladies qui rongeaient les parois continuèrent leur œuvre destructrice.


Fermeture de la grotte.

C’est alors que Malraux, Ministre des Affaires Culturelles de l’époque, prit la décision radicale de fermer la grotte en 1963. Cette décision fut très impopulaire. On dissimula volontairement au grand public le fait qu’en réalité, on pouvait continuer à la visiter sur demande, au rythme « compte goutte » de cinq personnes par jour, cinq jours par semaine, pour une durée n’excédant pas quarante minutes et seulement après avoir marché dans un pédiluve rempli de désinfectant.

Même si bien sûr la priorité absolue était donnée aux scientifiques, le public pouvait donc théoriquement déposer une demande de visite, mais il fut couramment admis que Lascaux était désormais définitivement fermée au grand public, qui se rattrapa vingt ans plus tard, quand fut ouverte en 1983 Lascaux II, une grotte proche du site originel, où furent reproduites de façon parfaite les véritables peintures.

On décida alors en 1965 de démonter le système de ventilation et de poser un système d’air conditionné, afin de recréer dans la grotte les conditions climatiques qui existaient avant son ouverture en 1940, et qui avaient préservé les œuvres pendant des millénaires. Durant le long sommeil de Lascaux, la terre se chargeait en effet d’absorber l’excédant d’humidité qui se manifestait à certaines périodes de l’année, et cette régulation naturelle avait été complètement altérée lors de l’ouverture. Avec le système d’air conditionné, l’air était dirigé vers un point froid sur lequel il se condensait, ce qui évitait toute condensation sur les parois elles mêmes. Il n’était nécessaire de le faire fonctionner que durant les pics d’humidité. Le système fonctionna correctement, mais il devint vétuste avec le temps et, en 1999, on prit la décision de le remplacer. Et c’est là que les gros problèmes commencèrent…


Deuxième attaque…

En 2000, fut posé le second système d’air conditionné. Il devait automatiser la régulation de l’air en le poussant à l’aide d’énormes ventilateurs vers le point froid.

Malheureusement, il s’avéra vite que l’énorme machine, qui n’avait pu être entrée dans la grotte qu’au prix de nouveaux travaux d’élargissement des accès, était totalement inadaptée. Prévu pour fonctionner dans un supermarché, le monstre surdimensionné s’avéra beaucoup trop puissant et résista mal à l’humidité, tombant en panne seulement quinze jours après son installation, qui se fit à la va-vite, sans précautions sanitaires, par des installateurs pressés ne respectant pas la consigne qui leur avait été donnée de désinfecter leurs bottes, quand ils entraient dans la grotte, pour détruire tout micro-organisme et spore… et qui ne refermèrent pas toujours non plus la porte derrière eux.

Les partisans d’un système de ventilation plus modeste furent horrifiés par ce choix d’employer les grands moyens pour venir à bout des problèmes de régulation climatique, et l’avenir allait leur donner raison.

Dès 2001, on constata l’apparition dans la grotte d’un champignon, le Fusarium Solani, qui s’accrochait en filaments et endommageait gravement les peintures. Ce champignon est extrêmement résistant, et de plus potentiellement toxique pour l’homme. Le sol, puis les peintures en furent couverts, au point que la restauratrice d’art Rosalie Godin, appelée en urgence sur les lieux en août 2001, déclara avoir eu l’impression qu’il avait neigé dans la grotte !

On essaya alors de traiter les dommages avec un fongicide. Mais le Fusarium a la particularité de vivre en symbiose avec une bactérie, Pseudomonas Fluorescens, qui se fit un malin plaisir de dégrader le fongicide. On ajouta donc à la solution un antibiotique, puis on imprégna des compresses dans le mélange obtenu, que l’on appliqua neuf mois durant sur les parties à traiter. On versa également de la chaux vive sur le sol pour le stériliser. Malheureusement cela eut également pour conséquence de faire grimper la température, et donc de contribuer à modifier encore plus l’équilibre fragile du climat intérieur.

Certaines personnes sont persuadées que le Fusarium Solani est entré à Lascaux accroché aux bottes des installateurs. De plus, selon l’article du Time Magazine (cité dans les sources), personne ne voulut reconnaître sa part de responsabilité dans la prise de décision administrative de choisir cette machine.

En 2002, un premier comité scientifique fut mis en place à l’initiative du Ministère de la Culture, mais aucune communication ne fut faite à la communauté archéologique au sujet des décisions prises. Des rumeurs commencèrent donc à circuler sur le véritable état de la grotte, rumeurs qui parvinrent aux oreilles de Laurence Léauté Beasley, épouse du sculpteur américain Bruce Beasley, et organisatrice de séminaires d’art et d’anthropologie qui incluaient des visites à Lascaux. Elle mobilisa un groupe d’artistes internationaux sensibilisés aux splendeurs de la grotte, et cela aboutit à la création de l’International Committee for the Preservation of Lascaux (http://www.savelascaux.org), qui s’est notamment battu pour faire cesser le silence des autorités françaises sur l’état de la grotte. L. Léauté Beasley a fait venir en 2006 une équipe du Time Magazine dans la grotte, ce qui a été possible car on avait alors annoncé que les problèmes avaient été complètement résolus.

En 2006, on était en effet plus ou moins venu à bout du Fusarium Solani, mais des filaments réapparaissaient régulièrement, et une équipe fut chargée de surveiller la grotte et enlever chaque nouveau filament à la main.


Troisième attaque !

En 2004, une nouvelle attaque de champignon a lieu. Cette fois ci, il ne s’agit plus du Fusarium, mais de deux autres champignons, Ulocladium Atrum et Glomastix Dichromospora, qui produisent des taches noires de mélanine sur les peintures (du « bronzage » en quelques sortes) dont les scientifiques ne sont pour l’instant pas parvenus à venir à bout, malgré les puissants anti-mousse utilisés, et même dans les endroits où les champignons ont été éliminés. Pour les éliminer, on a utilisé un produit employé avec succès sur certains temples d’Angkor au Cambodge et sur une église de Rome, mais qui était testé pour la première fois en milieu souterrain. Il a fallu recommencer l’opération en 2007 car les taches s’étendaient à nouveau. Pour l’instant, aucune méthode n’a réussi à les éradiquer totalement.


Et maintenant des insectes !!

Des petites colonies d’insectes ont été repérées récemment, preuve qu’un nouvel équilibre biologique est en train de se mettre en place à Lascaux.


L’avenir de la grotte.

L’UNESCO, qui avait classé en 1979 Lascaux sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité, a mis en février 2008 la France en demeure de remédier aux problèmes de détérioration de la grotte, faute de quoi le site risque d’être ajouté à la liste des œuvres en péril. Une décision, si elle est prise, qui serait bien embarrassante pour la France.

En 2008, Christine Albanel, Ministre de la Culture, s’est rendue à Lascaux et a annoncé le remplacement du système d’air conditionné, une aide de un million d’euros et la tenue d’un symposium à Paris les 26 et 27 février 2009, réunissant de grands experts. On peut consulter les textes, déclaration, le programme et, fin 2009, les compte rendus de ce symposium sur ce site.

« Lascaux n’est pas en danger de mort » ont déclaré le 16 mars 2009 sur France Inter, dans l’émission « La Tête au Carré », Marc Gauthier, Président du Comité scientifique, et Jean Clottes, président de la Fédération internationale d’art rupestre.
Cependant, certains scientifiques en sont au point où ils se demandent s’il ne vaudrait pas mieux refermer définitivement Lascaux, et en interdire définitivement l’accès, même aux spécialistes. Entrer à Lascaux pour la traiter met également la grotte en péril, comme lorsque les températures grimpèrent après l’épandage de chaux vive. Entrer à Lascaux pour quelque motif que ce soit semble la mettre gravement en danger.

Refermer la grotte est peut être ce qui finira par arriver. On a déjà procédé à une modélisation virtuelle de la grotte, afin de prévoir les changements sans être obligé d’envoyer d’observateurs à l’intérieur, et désormais, plus personne n’entre dans la grotte de Lascaux pour la visiter ou l’étudier, mais seulement pour la traiter. Une seule personne, un contrôleur climatique, est d’ailleurs autorisée à le faire actuellement. Il a très récemment signalé que la circulation d’air ne se faisait plus. Cela pourrait provoquer une nouvelle attaque de champignons et endommager à nouveau ce site exceptionnel.

« Le compte à rebours pour sauver Lascaux », titre un article du Figaro, dans lequel il est dit que la grotte lutte désormais pour sa survie…

Après des années de gestion anarchique des visites, après les erreurs monumentales commises au niveau des décisions prises pour sa conservation, après des attaques successives par des algues, des champignons, des bactéries, et des taches, après des négligences de toutes sortes, il est peut être temps en effet, si toutefois cela est possible, de laisser la grotte de Lascaux tranquille, la refermer définitivement et l’autoriser à replonger enfin, tout doucement, dans son sommeil éternel.



(1) Invité à l’émission « La Tête au Carré », sur France Inter le 16 mars 2009.


Une pétition pour sauver Lascaux a été lancée en 2007.



Un Auroch. (Wikipedia)
Un Auroch (Wikipedia)


Un cheval (Wikipedia)
Un cheval (Wikipedia)



Sources.


-  Le site officiel de la grotte de Lascaux.


-  Un article de wikipedia qui fait la part belle à la description de la grotte.


-  Cet article du Figaro insiste sur le caractère urgentissime de sauver Lascaux.



-  Le site de l’International Committee for the Preservation of Lascaux.

Deux articles disponibles sur ce site :

Article de Time magazine
Article d’Archaeology

Les articles de Time Magazine et d’Archaeology insistent sur les négligences et la “politique de l’autruche” si on peut dire, des autorités françaises. De nombreux autres articles sur ce site, en français ou en anglais.



-  Deux articles du magazine scientifique en ligne Futura Sciences :

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/paleontologie/d/la-grotte-de-lascaux-sauvee-dune-attaque-par-les-champignons_15277/

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/biologie-3/d/la-grotte-de-lascaux-bientot-classee-patrimoine-en-peril_18466/



-  Tout sur le récent symposium.




Par Surya - Publié dans : Sciences
Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /Avr /2009 13:20
... promis c'est la dernière avant l'année prochaine !!


Les Beatles, de 1967 à 1969.


1967




1967




1968, en pleine période "gourouisée"




1969


The rooftop concert. 1969.



1969, leur dernière photo ensemble. Snif...



Voilà, c'est fini. Je suis calmée. Allez, c'était pas si terrible, hein ?





Par Surya - Publié dans : Best of musique
Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /Mars /2009 20:49
The Beatles, Abbey Road. 1969.
(Including : "Here Comes The Sun" / G. Harrison)





               
                                         
Par Surya - Publié dans : Best of musique
Samedi 14 mars 2009 6 14 /03 /Mars /2009 15:31

(Procès des Khmers rouges, 3/3). C’est un homme simple et discret, fatigué par la maladie, qui assiste au procès de Douch, l’ancien Khmer rouge qui fut, de 1975 à 1979, le directeur de la prison S 21. Vann Nath a passé un an dans ce lieu sordide, ne devant son salut inespéré qu’à son métier de peintre et aux portraits de Pol Pot qu’il fut contraint de réaliser. Il a accepté en 2002 de rencontrer ses anciens bourreaux pour dialoguer avec eux.

 


Né en 1946 dans une famille paysanne pauvre, Vann Nath (Nath est son prénom) doit arrêter l’école pour aider sa mère dans les rizières. Il part ensuite étudier le Bouddhisme à la pagode et devient moine de l’âge de 17 à 21 ans. C’est là qu’il se sent attiré par la peinture en voyant les fresques sur les murs de la pagode. Il devient plus tard apprenti pendant quatre ans chez un peintre d’affiches, puis exercera à son compte son métier de peintre jusque dans les années 70.

 

Un jour de décembre 1977, après la prise de pouvoir par les Khmers rouges et la déportation à la campagne qui a suivi, on vient le chercher dans la rizière où il travaille pour l’emmener, sous un prétexte fallacieux. On le jette brutalement dans une charrette à bœufs sans même lui laisser le temps de dire au revoir à son épouse et ses deux enfants. Il ne reverra jamais ses enfants, morts de faim pendant sa détention.

« L’un d’eux avait 5 ans. L’autre était encore un nourrisson ».

 

 

« Garder pour utiliser ».

 

Il est accusé d’être un agent de la CIA et sommé de dénoncer son réseau. N’obtenant pas les renseignements escomptés, les chefs Khmers rouges décident de le transférer à S 21, l’ancien lycée de Tuol Sleng reconverti en prison.

 

On le prend en photo dès son arrivée, comme c’était l’usage pour tous les prisonniers. De face et de profil.

 

 



Un mois après son arrivée, Douch, qui avait inscrit en rouge, à côté de son nom, la mention « Garder pour utiliser », le convoque et lui commande un portrait de Pol Pot.

 

 

Désormais, à S 21, la survie de Vann Nath dépend de l’accueil que recevront ses peintures de « Frère Numéro 1 ». Une peinture peu appréciée et c’est la mort immédiate. Tant que ses peintures plairont, il restera en vie. Il s’applique donc à valoriser au mieux Pol Pot, le représentant par exemple avec de belles joues rosées pour suggérer l’idée de pureté.

 

Vann Nath a été détenu à S 21 durant une année, de janvier 1978 à janvier 1979, durant laquelle il a peint et peint encore des portraits de Pol Pot, toujours les mêmes, sous l’œil de Douch qui venait chaque jour le voir durant ses séances de travail.

 

« Mon geste était très doux, sans brusquerie dénotant un manque de respect. »

 

Il a été le témoin visuel et auditif des actes de torture commis par les Khmers rouges, après en avoir lui aussi subis certains au début de sa détention.

 

Sur les milliers de prisonniers enfermés à S 21, seul sept (1) ont survécu. Quatre de ces survivants sont décédés aujourd’hui.

 

Les sept survivants après leur libération de S 21. Vann Nath se trouve au centre.

 

Vann Nath parvient à s’enfuir dans la confusion qui suit l’entrée des Vietnamiens dans Phnom Penh le 7 janvier 1979. Il retrouvera avec une immense émotion son épouse cinq mois plus tard, et commencera à peindre ce qui s’est passé à S 21. Il peint avec une grande sensibilité, s’attachant particulièrement à traduire les expressions des visages des prisonniers, sur lesquels on peut lire la terreur, le désespoir, l’incompréhension ou la résignation, et toute la souffrance endurée. Ses peintures, qui montrent de façon directe la torture et ne dissimulent aucun détail, sont souvent très difficiles à regarder.

 

Vann Nath ne s’arrêtera plus de peindre, pour témoigner, et pour que les victimes ne soient jamais oubliées.

 

La peinture, après lui avoir sauvé la vie, aura sans doute par la suite aidé Vann Nath à vivre avec son passé. Ses témoignages sur S 21 sont désormais exposés à Tuol Sleng, devenu de nos jours le musée du génocide.

 



En 2002 Vann Nath, accompagné une fois de Chum Mey, un autre survivant (premier en partant de la droite sur la photo) a accepté, à la demande du réalisateur Rithy Panh pour son film « S 21, la machine de mort Khmère rouge. », de retourner à plusieurs reprises dans la prison S 21 pour y rencontrer un groupe d’anciens gardiens, dont l’un était un jeune adolescent à l’époque, chargés de surveiller, interroger, torturer puis exécuter les prisonniers.

 

Malgré le poids de ses souvenirs, il affrontera avec calme et dignité ces difficiles entretiens avec les anciens bourreaux, leur tendant la main, écoutant avec beaucoup d’attention leurs explications toutes faites et leurs tentatives pour se justifier.

 

« Vous qui avez travaillé à Tuol Sleng, comme Houy, Ein et vous autres, vous considérez vous comme des victimes ? Je veux votre avis.

- Tous des victimes. Sans exception.

- Et les prisonniers comme moi ?

- Des victimes en second. »

 

 

Vann Nath consultera des archives avec eux, mais surtout il expliquera aux gardiens, en commentant ses tableaux, la souffrance que lui et les autres prisonniers ont endurée, et il les interrogera, afin de savoir ce qu’ils sont, ce qu’ils pensaient à l’époque, ce qu’ils ressentaient, et comment ils ont pu être endoctrinés à ce point.

 

 

 

Vann Nath, filmé par Rithy Panh montrant sa peinture représentant des prisonniers alignés au sol,
et parlant à cinq anciens gardiens de S 21.

 

« Je ne comprends pas la raison d’une telle sauvagerie, et comment vous, qui travailliez là, vous vous êtes habitués à voir cette souffrance, demande Nath en montrant ce tableau. Et les enfants de moins d’un an, ils étaient contre quoi ? C’étaient des ennemis ?

- Si on nous ordonne de les détruire, on les détruit.

- Tu ne pensais pas du tout ? Ta capacité de réfléchir en tant qu’homme, tu l’avais perdue ?

- On me disait que c’était l’ennemi, je disais que c’était l’ennemi. »

 

Vann Nath le regarde en silence, les yeux remplis de tristesse et de consternation.

 

Quand ce gardien lui réaffirme plus tard qu’il ne faisait qu’obéir aux ordres de l’Angkar (2), Vann Nath explique, sans jamais perdre patience, et toujours de sa voix calme et posée : « Je ne veux pas entendre ça, ‘obéissance à Angkar’. Si chacun ne pense que Angkar, discipline, obéissance aux ordres, exécuter les ordres ou être tué, c’est la fin de notre monde, de la justice, il n’y a plus d’idéaux, plus de conscience humaine. »

 

« Je veux savoir, par exemple Houy, toi qui as travaillé ici, quand tu emmenais des hommes, à quoi pensais-tu ? »

 

Son attitude envers les anciens tortionnaires, avec qui il se montrera d’une grande humanité, ne manifestant à leur égard aucune colère ni rancœur, mais dialoguant calmement et patiemment, en toute sincérité, essayant de les mettre face à leurs contradictions et leurs responsabilités, sans les accabler de reproches mais en faisant appel à leur conscience d’êtres humains, laisse muet de stupéfaction.

 

Le comportement des gardiens semblera évoluer doucement, la rigidité du début à l’égard de Vann Nath laissant à la fin un peu de place à des moments plus sincères, comme lorsque Houy finit par avouer à Nath la honte qu’il ressent, mais qu’il ne peut regarder en face sans avoir mal à la tête ou aller se saouler.

 

« Pour moi, chacune de nos rencontres est très pénible. », leur dira Vann Nath, éprouvé par cette épreuve.

 

Les gardiens l’écoutent en silence, les yeux baissés, osant à peine le regarder.

 

 

Le film de Rithy Panh s’achève sur une scène montrant Vann Nath fouillant longuement, avec un petit bout de bois, un tas d’objets calcinés, et sortant soudain de sous la cendre un bouton de vêtement. Il le nettoie soigneusement avec ses doigts en le regardant comme un objet rare et précieux, comme le dernier témoignage et le dernier reste d’une humanité brisée…

 

Le vent s’engouffre par les fenêtres et soulève la poussière recouvrant le sol de Tuol Sleng, de nouveau vide et silencieux.



 

Vann Nath assiste en ce moment au procès de Douch, l’ancien directeur de la prison S 21, qui venait le regarder peindre. Il ne s’apitoie pas sur son passé et, s’il n’a jamais oublié et attendait depuis trente ans qu’un procès ait enfin lieu, il n’a jamais eu de désir de vengeance.


Son choix personnel a été de ne pas se constituer partie civile dans le procès, car il dit ne pas vouloir accabler les accusés comme ils ont eux-mêmes autrefois accablé les autres. Tout ce qu’il souhaite, c’est obtenir des réponses à ses questions, « comprendre, pour que cela ait un sens. ». Il est prêt à pardonner si les accusés acceptent leurs responsabilités et présentent des excuses.

 

 

En plus de ses tableaux sur S 21, dont la réalisation lui a demandé beaucoup de courage, Vann Nath a écrit un livre en 1998, dont la traduction française « Dans l’enfer de Tuol Sleng. » a été publiée en 2008 chez Calmann Lévy. Il a raconté que la rédaction de ce livre a été si éprouvante qu’il lui a fallu parfois deux semaines pour parvenir à écrire une seule page.

 

Vann Nath peint également de magnifiques scènes d’un Cambodge ressuscité. Certaines de ses peintures sont visibles sur son site internet.

 

 

Depuis plusieurs années, Vann Nath tient un petit restaurant à Phnom Penh avec son épouse. Ils ont trois enfants. Il a installé à côté du restaurant une annexe dans laquelle il expose ses tableaux, invitant toute personne intéressée à venir les voir. Il participe parfois à des ateliers de formation pour jeunes artistes peintres, et s’est déjà rendu dans des établissements scolaires pour informer les élèves sur le régime des Khmers rouges et leur raconter son vécu. Quand on lui demande ce qu’il ressent par rapport à certains jeunes qui refusent de croire ce qui s’est passé, il répond : « Je ne leur en veux pas. Un jour, ils y croiront, grâce aux preuves. »

 

Gravement malade, il doit subir des dialyses plusieurs fois par semaine, et fait face pour cette raison à de gros soucis financiers en raison du coût exorbitant de son traitement médical, non pris en charge par le gouvernement, et qu’il ne peut assumer. La vente de ses tableaux récents ne lui sert qu’à payer une partie de ses frais médicaux, et il dépend en réalité de la générosité d’ONG et de donateurs étrangers pour pouvoir se soigner.


 

 

« Je me demande s’il y a de la vie sur d’autres planètes et à quoi elle ressemble. Vivent-ils comme nous ? Souffrent-ils comme nous souffrons ? Parfois je pense que si leurs vies sont différentes des nôtres, s’ils ne subissent pas les souffrances que nous subissons, alors je me dis que ce doit être formidable de vivre sur l’une de ces planètes. »


 

 

« La peinture est accessible à toutes les générations et à tous les peuples, c’est le meilleur moyen de raconter l’Histoire. »


 

 

 

Notes.


(1) Sans compter Norng Champhal, un survivant récemment retrouvé, qui avait seulement neuf ans lors de son incarcération et avait jusqu’à présent préféré se taire.

(2) Le terme « Angkar » signifie Organisation. « Angkar » était le nom donné au parti communiste du Kampuchea Démocratique.

- Les propos de Vann Nath rapportés dans cet article sont extraits du film de Rithy Panh cité, ou ont été lus dans divers articles de presse trouvés sur Internet.

 

 

- Le portrait de Vann Nath provient de ce site internet.

- L’image montrant Vann Nath parlant aux gardiens devant son tableau est extraite du film de Rithy Panh et a été trouvée sur internet.

- Les deux archives en noir et blanc et la dernière photo de cet article proviennent du site internet de Vann Nath.






Par Surya - Publié dans : International
Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 17:08
Cet article a été publié sur le site Agoravox.
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Après trente ans d’attente et de nombreuses difficultés, le procès des Khmers rouges, déjà annoncé comme historique, s’est enfin ouvert le 17 février 2009 à Phnom Penh. Résumé des difficiles conditions de la mise en place du tribunal, des problèmes qu’il a rencontrés depuis 2006, et portrait rapide des cinq accusés.



Pourquoi tant de temps pour mettre en place le tribunal ?

Entre la fin du régime Khmer rouge en 1979, il s’est passé pas mal de temps avant qu’un tribunal soit mis en place pour juger les anciens Khmers rouges.

Les Vietnamiens ont libéré le Cambodge des Khmers rouges le 7 janvier 1979. Ils sont ensuite demeurés dix ans dans le pays avant de retirer leurs dernières troupes. Certains parlent de ce fait d’une invasion vietnamienne avec tentative d’annexer le Cambodge.


En 1979, les Vietnamiens mirent rapidement en place un « tribunal révolutionnaire » pour juger les hauts responsables Khmers rouges, tous en fuite, procès que certains qualifient aujourd’hui de mascarade propagandiste pro-vietnamienne. Ieng Sary y fut condamné à mort par contumace (voir plus bas).


Durant ce procès, des victimes furent entendues (1), leurs témoignages furent consignés, puis perdus, et enfin retrouvés par hasard en 1996.


En 1991, les Accords de Paris décidèrent l’envoi au Cambodge des troupes de l’ONU (MIPRENUC puis APRONUC) pour :

- maintenir la paix dans le pays,

- empêcher les rebelles Khmers rouges de reprendre le pouvoir après le départ des Vietnamiens (ils avaient en effet repris le maquis et les armes dès 1979, à la fois pour chasser les Vietnamiens, et pour tenter de reprendre le pouvoir).

Les KR ont fait régner une très grande insécurité dans le pays jusqu’en 1998, date de la mort de Pol Pot, multipliant les attentats et les exactions. (Rappelons-nous par exemple la tragique prise d’otage des jeunes touristes occidentaux dans un train en 1994, puis leur exécution)

- et organiser des élections en 1993.



Norodom Sihanouk, ovationné par la population cambodgienne, rentra au Cambodge en 1991 après un long exil, et remonta sur le trône. Une fois les élections passées, les troupes de l’ONU quittèrent le pays.


Des négociations commencèrent plus tard entre l’ONU et le gouvernement cambodgien de Hun Sen (Premier Ministre) pour la mise en place d’un tribunal en partie international. Elles furent très longues et difficiles, notamment en raison de désaccords entre les deux parties au sujet des modalités de sa mise en place et de sa localisation. Certains pensèrent par exemple qu’il aurait été plus simple de faire un « vrai » procès international à La Haye, d’autres répondirent que cela n’aurait eu aucun sens pour la population cambodgienne.


Le 8 février 2002, les Nations Unies allèrent jusqu’à se retirer (fort heureusement de manière provisoire) des négociations.


Finalement, en 2006, le tribunal vit le jour, et les juges, en majorité cambodgiens, prêtèrent serment le 3 juillet. Après une année de négociations, les juges finirent par s’entendre le 12 juin 2007 sur le texte final du règlement intérieur des CETC.


Tout alla ensuite très vite. Les cinq suspects furent désignés en juillet 2007, et des mandats d’arrêt furent lancés. Les quatre personnes encore en liberté (Douch a été arrêté en 1999, voir plus bas) furent arrêtées à tour de rôle, dans une véritable course contre la montre, en l’espace de seulement trois mois :

- Nuon Chea arrêté le 19 septembre 2007

- Ieng Sary et son épouse Thirith arrêtés le 12 novembre 2007

- Khieu Samphan arrêté une semaine plus tard, le 19 novembre 2007


La première audience du procès commença deux jours plus tard (appel fait par Douch contre sa mise en détention provisoire), et le tribunal connut également ses premières difficultés de fonctionnement.


 


Difficultés rencontrées par le tribunal.



Les difficultés rencontrées depuis 2006, date de la mise en place des CETC (2), ont été nombreuses, et plus ou moins facilement surmontées.



Problèmes techniques.


Les audiences préliminaires ont parfois connu des problèmes au niveau des retransmissions vidéo des débats, qui étaient au début de mauvaise qualité, ce qui posait un problème car les images sont appelées à devenir des archives pour l’histoire du Cambodge. Il y a eu également des coupures de courant intempestives. On regrette l’absence d’une bibliothèque qui permettrait aux défenseurs de faire des recherches, et finalement l’éloignement des CETC, qui se trouvent à Kambol, à environ 20 km de Phnom Penh, pose un problème lorsqu’il s’agit de consulter un dossier.



Problèmes de désaccords et d’incompréhension.


On a vu que d’importants désaccords se sont produits tout au long de la phase de mise en place du tribunal. En 2006, un gros désaccord entre les juges cambodgiens et les juges internationaux a eu lieu au sujet du règlement intérieur du tribunal, ce qui a ralenti sa mise en place.


Début 2009, un article de Cambodge Soir Info a relaté le désaccord qui a eu lieu entre les deux co-procureurs au sujet d’éventuelles poursuites à lancer à l’encontre de nouveaux suspects, dont les noms n’ont pas été indiqués.

Robert Petit, le co-procureur canadien était favorable à ces nouvelles mises en examen, arguant que cela ne mettrait pas en danger la paix et la stabilité du Cambodge, mais Chea Leang, la co-procureur cambodgienne, était contre, mettant en avant l’argument de la réconciliation nationale, celui des délais supplémentaires, et le fait que l’étroit budget du tribunal ne permet de juger que les cinq personnes déjà mises en examen.


Deux systèmes judiciaires cohabitent dans ce tribunal en partie international. Le système romano-germanique dit de « Common Law » et le système de droit anglo-saxon appelé « Civil Law », utilisé dans les procès internationaux. Certains juges « appartiennent » à l’un des systèmes, les autres font partie de l’autre. Cela s’avère être parfois un casse tête pour les juges, « jusqu’à la compréhension d’un mot, qui renvoie à des significations différentes. » a fait remarquer le juge français Jean Marc Lavergne, nommé à la chambre de première instance, qui reconnait toutefois que si cette confrontation entre les deux systèmes génère des incompréhensions, elle est également source d’ouverture.



Problèmes budgétaires.


Un des plus graves problèmes du tribunal, si ce n’est le plus grave.


Le tribunal étant en partie international, chaque partie (cambodgienne et internationale) est en fait dotée de son propre budget. Celui de la partie cambodgienne est géré par le gouvernement cambodgien, et celui de la partie internationale est géré par l’ONU. Cela ne va pas sans poser des problèmes d’organisation.


A l’origine, ce tribunal était prévu pour durer seulement trois ans, et le budget alloué l’était donc en conséquence. Il s’est vite avéré que le procès allait durer bien plus longtemps que cela. Or, le budget dépend des pays donateurs, et il était dès le départ insuffisant pour permettre le fonctionnement normal du tribunal, qui s’est vite retrouvé à court d’argent. On a même annoncé en septembre 2008 que les personnels de l’ONU ne pourraient plus être payés à partir du mois d’octobre, les personnels cambodgiens pouvant être payés jusqu’en mars 2009.


De nouveaux dons, notamment de la France, des Etats-Unis, du Japon, de l’Australie ou de l’Allemagne, ont heureusement été accordés, ce qui a permis au procès de se poursuivre.



Problèmes de traduction.


Comme il est dit ci-dessus, le tribunal est en partie international. Il est donc multilingue. Ses trois langues officielles sont le khmer, l’anglais et le français.


Or, les éléments des dossiers doivent obligatoirement être rédigés en khmer, et dans au moins l’une des deux autres langues officielles. Cette obligation de traduction s’applique également aux parties civiles, qui manquent de temps et surtout de moyens pour pouvoir s’y conformer.


Silke Studzinsky, l’une des avocates, d’origine allemande, défendant les parties civiles pour l’association ADHOC, a ainsi regretté que les défenseurs ne puissent s’appuyer sur aucun traducteur ou interprète et doivent produire leurs documents dans de très courts délais.


Fin 2008, Maître Vergès s’est plaint avec véhémence que le tribunal n’ait pas jugé bon de traduire la totalité des documents en français, mais simplement des extraits, alors que le tribunal a reconnu les trois langues comme équivalentes.

Il estime à 2,5 % la part des 60 000 documents traduits en français et a donc exigé la traduction intégrale dans cette langue d’absolument tous les documents.

La cour a rétorqué que 85 % des documents avaient été traduits dans l’une ou l’autre des langues en plus du khmer, comme le voulait le règlement intérieur des CETC, et que même si c’est en majorité en anglais, Me Vergès est tout à fait capable de travailler dans cette langue. Maître Vergès a alors menacé d’interrompre systématiquement chaque audience pour réclamer ces traductions en français, et a mis au défi les juges de le sanctionner.



Accusations de corruption.


De nombreux articles de presse font état de problèmes de corruption au sein des CETC. Il s’agirait de problèmes de pots-de-vin que les employés doivent verser en échange de leur embauche aux CETC (le premier mois de salaire devrait être reversé en échange de l’embauche). Ces accusations ont eu pour conséquence la suspension du versement des fonds par les pays donateurs.


Michiel Pestman, l’un des avocats de Nuon Chea, a porté plainte le 8 janvier 2009 et a décidé d’engager des poursuites contre des membres du tribunal. Les deux avocats de Nuon Chea ont ensuite déclaré s’être sentis « intimidés » par les juges du tribunal, qui réfutent les accusations de « rétrocession de salaire ». Une enquête a été directement ouverte à New York au siège de l’ONU.


 



Ces désaccords, disfonctionnements divers et pire, les soupçons de corruption ou autres mettent gravement en péril le procès du fait que les CETC sont supposées démontrer aux pays donateurs leur légitimité et leur efficacité, sinon les donations, dont dépend l’existence même du tribunal, risquent malheureusement de se faire plus restreintes.


 




Portrait des cinq accusés.

Des photos plus récentes des cinq accusés sont disponibles sur Google Images.



Nuon Chea (« Frère numéro 2 »)

Accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Défendu par Maître Son Arun (Cambodge), Maître Michiel Pestman (Pays Bas) et Maître Victor Koppe (Pays Bas).

De son vrai nom Long Rith, ou Long Bunruot selon les sources. Il est né dans la province de Battambang en 1926 ou 1927 selon les sources.


Nuon Chea a fait ses études supérieures en Thaïlande, rentre au Cambodge en 1949, puis il suit une formation dans les maquis du Nord Vietnam entre 1952 et 1954. Il devient à partir de 1960 Secrétaire Général adjoint du Parti Communiste du Kampuchea.


En 1975, il est chargé par le nouveau régime Khmer rouge « du travail, du bien-être social, de la culture, de la propagande et de l’éducation formelle ».


Il fut un temps, du 25 septembre au 15 octobre 1976, Premier Ministre du Kampuchea Démocratique, puis Pol Pot reprit ensuite cette fonction. Il devint alors Président de l’Assemblée du Kampuchéa Démocratique et Chef de la Sécurité du régime.


Nuon Chea, surnommé « Frère Numéro 2 », fut le bras droit de Pol Pot et l’idéologue du régime.


Il s’est rendu en décembre 1998 après la mort de Pol Pot et, au nom de la politique de réconciliation nationale, a pu vivre ensuite en liberté près de la frontière thaïlandaise. Il a déclaré, lors d’une conférence de presse de l’époque : « nous sommes vraiment désolés, pas seulement pour les hommes, mais aussi pour les animaux qui ont souffert pendant la guerre ».


Il a été arrêté à son domicile de Païlin le 19 septembre 2007. Il est actuellement le plus haut responsable du régime Khmer rouge encore en vie.


Nuon Chea apparaît comme « un homme convaincu de n’avoir rien fait de mal », a déclaré le co-procureur Robert Petit. Selon son co-avocat Me Son, aucune preuve de sa culpabilité n’a été versée au dossier.


Il a contesté sa mise en détention provisoire et a fait une demande de remise en liberté, refusée le 20 mars 2008.

 



Ieng Sary. (« Frère numéro 3 »)

Accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Défendu par Maître Ang Udom (Cambodge) et Maître Karnavas (USA)

Sa date de naissance n’est pas claire non plus. Il serait né selon certaines sources en 1930. On trouve sur d’autres sources qu’il est né en 1922 ou 1925.


Une chose est sûre, il est né au Vietnam. C’est un Khmer Krom, c’est-à-dire un Khmer du sud du Vietnam. Son vrai nom est Kim Trang, et son nom révolutionnaire était Camarade Vann.


En 1946, il prend au Cambodge la tête d’un mouvement indépendantiste étudiant, nommé « Libération du Cambodge du colonialisme français », puis obtient une bourse et part étudier à Paris à la fin des années 40.


Il adhère en 1951 au Parti Communiste Français et épouse la même année Khieu Thirith, également étudiante, à la mairie du 15ème arrondissement de Paris. Il entretient à Paris des relations avec Saloth Sar (qui se fera appeler plus tard Pol Pot : POLitique POTentielle) et Khieu Samphan, accusé comme lui dans le procès.


Après son retour au Cambodge, Ieng Sary devint professeur d’histoire et géographie au tout début des années 60. Il a pris le maquis en 1963 dans la province du Kampong Cham. Il devint en 1972 Commandant en chef d’une zone militaire du nord-est.


Il est nommé le 9 octobre 1975 responsable des affaires étrangères du régime de Pol Pot, puis Ministre des Affaires Etrangères à partir du 30 mars 1976.


Lors du procès de 1979 (voir plus haut), Ieng Sary a été condamné à mort par contumace et à la confiscation de tous ses biens, puis il fut amnistié par SM Norodom Sihanouk en 1996 lorsqu’il se rallia au gouvernement. Ses avocats aimeraient que cette amnistie de 1996 soit reconnue pour que leur client ne soit pas condamné.


Ieng Sary a été arrêté avec son épouse le 12 novembre 2007, dans leur villa cossue de Phnom Penh. Ayant amassé une importante fortune personnelle et craignant qu’elle ne soit saisie à titre de dommages et intérêts, Ieng Sary et son épouse avaient déjà mis tous leurs biens aux noms de leurs enfants. Ils ont donc déclaré ne pas avoir les moyens de payer leurs avocats. Les frais de leur défense devront être pris en charge par le tribunal.


Ieng Sary a demandé à avoir droit, durant sa détention provisoire, à des visites conjugales.


Ieng Sary n’a pour l’instant jamais exprimé le plus petit regret. Il conteste en bloc les faits qui lui sont reprochés et refuse de porter la moindre responsabilité dans ce qui s’est passé au Cambodge. Il est décrit comme un personnage arrogant, insaisissable, manipulateur, cruel et retors.


 


Khieu Samphan.

Accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Défendu par Maître Sa Sovan (Cambodge) et Maître Jacques Vergès (France).

Son nom révolutionnaire était Camarade Hem.


Sino-khmer né en 1929, dans la province du Kampong Cham, il part étudier à Paris où il obtient en 1959 un doctorat de sciences économiques, dans lequel il fait l’éloge d’un système d’autarcie pour le Cambodge.


Il rencontre Jacques Vergès, alors étudiant communiste, à Paris dans les années 50. Me Vergès admet aujourd’hui avoir « participé, dans un certain sens, à sa politisation. »


Il fut à son retour au Cambodge professeur de français et Ministre dans le gouvernement de Norodom Sihanouk dans les années 50 (rappelons que Norodom Sihanouk avait, à cette époque, abdiqué en faveur de son père dans le but de se consacrer à la politique, et qu’il avait gagné haut la main les élections législatives. Cette situation politique dura jusqu’à la mort de son père).


Khieu Samphan fonda en 1954 un journal, « Observateur ».


Il devint aux élections de 1966 le représentant du peuple de la province de Kandal, puis prit le maquis en avril 67, pour échapper à son arrestation.


En 1976, il devint Président du Kampuchea Démocratique.


Il se rallia au gouvernement en 1998, son armée fut intégrée à l’armée gouvernementale, et il vécu ensuite en liberté.


Il a été arrêté le 19 novembre 2007.


Maître Vergès a déclaré en 2008 qu’il n’y avait pas eu génocide et que les chiffres avaient été exagérés. Les avocats de Khieu Samphan ont fait appel en 2008 contre sa mise en détention provisoire. L’appel a été rejeté.


Khieu Samphan a déclaré ne rien regretter, ne rien avoir à se reprocher. Il s’étonne d’être poursuivi pour crimes contre l’humanité, alors qu’il a toujours, selon ses dires, « œuvré pour le bien de son pays ».


Le 21 mai 2008, souffrant apparemment d’hypertension, Khieu Samphan a été précipitamment transféré à l’hôpital Calmette.



 



Ieng Thirith, épouse de Ieng Sary.

Accusée de crimes contre l’humanité.

Défendue par Maître Phat Pouv Seang (Cambodge) et Maître Diana Ellis (GB)

Khieu Thirith est née dans la province de Battambang en 1932. Elle est originaire d’une famille aisée. Elle fait ses études au lycée Sisowath de Phnom Penh, puis part avec une sœur poursuivre ses études de littérature anglaise à Paris, se spécialisant dans l’étude de l’œuvre de Shakespeare.


Déjà fiancée à Ieng Sary au Cambodge, elle l’épouse durant l’été 1951. Sa sœur Ponnary épousera plus tard Pol Pot.

 

Elle rentre au Cambodge en 1957 et devient professeur, puis fonde une école privée d’anglais en 1960 avant de rejoindre les Khmers rouges.


Elle fut Ministre des Affaires Sociales sous le régime de Pol Pot, mais aussi Chef de la Croix Rouge du Kampuchea Démocratique… (Source : Wikipedia)


Elle fut impliquée dans les purges massives du régime.


Elle a également fait une demande de remise en liberté.


Le 22 mai 2008, souffrant apparemment d’hypertension, Ieng Thirith a quitté précipitamment l’audience qui examinait cette demande.


 



Douch (également orthographié Duch)
1er accusé à être jugé.

Accusé de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, torture et meurtre avec préméditation.

Défendu par Maître Kar Savuth (Cambodge) et Maître François Roux (France). (3)

Son vrai nom est Kaing Guek Eav. Camarade Duch durant le régime de Pol Pot. Il est né le 17 novembre 1942 et fut professeur de mathématiques avant de rejoindre les Khmers rouges.


Il fut à partir de 1975 le directeur du centre de torture S21, ancien lycée de Phnom Penh nommé Tuol Sleng, reconverti en prison, où plus de 10 000 personnes (les chiffres varient grandement selon les sources, mais on parle en général de 16 000 à 17 000 personnes tuées à S21) furent emprisonnées, souvent en famille, torturées et tuées, ou achevée à Choeung Ek.


Douch est décrit comme un homme méthodique, méticuleux et perfectionniste, qui avait la manie des archives. Il écrivait des annotations ou des instructions en rouge sur les dossiers des prisonniers. Sur une liste de dix sept noms d’enfants, par exemple, il écrira : « tuez les tous. ».


Douch a fui à la frontière thaïlandaise au moment de la chute du régime KR, et s’est fait engager incognito comme humanitaire dans un centre de réfugiés. Il se convertira au christianisme dans les années 1990 et sillonnera le pays pour effectuer des missions évangélistes. Il sera reconnu en 1999 par un photographe irlandais, et arrêté.


Il a passé depuis son arrestation en 1999 un peu plus de neuf ans en détention provisoire dans une prison militaire. On l’a ensuite transféré en 2007 de sa prison militaire à une prison dépendant des CETC. Il a fait appel de sa détention provisoire, mais son appel a été rejeté en décembre 2007.


Douch a reconnu sa responsabilité, contrairement aux quatre autres accusés. Il plaide coupable, et il est conscient qu’il est temps pour lui de rendre des comptes pour les actes qu’il a commis.


Cependant, il nie avoir participé en personne aux tortures, ce que contestent certains survivants de S21. De plus, les dix années qu’il a déjà passées en détention provisoire l’ont poussé à demander, par l’intermédiaire de ses avocats, des compensations financières en cas d’acquittement, ou au moins une réduction de peine en cas de condamnation. Sa demande a beaucoup choqué les rescapés.


Me Roux a également demandé, le 17 février 2009, jour d’ouverture de son procès, qu’il y ait prescription pour les accusations de torture et meurtre avec préméditation.

 

 

 



Douch est le premier accusé à être jugé au procès des Khmers rouges, qui s’est donc officiellement ouvert le 17 février 2009 après plusieurs mois d’instructions et d’audiences préliminaires. Son procès devrait durer quatre mois.

Il représente « l’affaire numéro 1 », et les quatre autres accusés ont été regroupés dans « l’affaire numéro 2 ».

On a annoncé que le procès de ces quatre autres accusés, dont le profil est plus politique, risque de se révéler plus compliqué que celui de Douch. Les dates de ce deuxième procès n’ont pas encore été fixées. Il devrait se tenir en 2010.


Ainsi, en dépit des difficultés rencontrées, surtout budgétaires, et des nombreux délais causés notamment par les appels systématiques des accusés, le tribunal semble donc avoir réussi sa première mission : que les procès des accusés puissent enfin s’ouvrir.


La course contre la montre pour juger les anciens hauts dirigeants Khmers rouges est désormais lancée.



 




Sources :


- Les articles de Cambodge Soir Info

- Certains articles du journal en ligne Ka Set Info

- Le site internet du DC Cam

- Le site internet des CETC

- Le site de l’organisation Trial Watch où se trouvent notamment des biographies de chacun des accusés, et d’où proviennent les photos utilisées ici.

- Wikipedia.

- La structure des CETC peut être consultée sur ce site internet.

Attention, ce site mentionne la détention de Ta Mok, décédé depuis la rédaction de l’article par l’auteur.


 




Notes.


(1) Remarque : certains reprochent aujourd’hui aux témoignages des victimes du « procès révolutionnaire » de 1979 d’être de tonitruantes déclarations de propagande pro-vietnamienne. On peut également comprendre, si l’on se met à la place des rescapés qui ont vécu les événements, qu’après avoir subi quatre ans d’enfer Khmer rouge, voyant les Vietnamiens libérer le pays et donc sauver leur vie, ces rescapés se soient sentis grandement reconnaissants envers le Vietnam et les Vietnamiens, et que leurs témoignages et leur sincérité ne puissent être remis en cause.



(2) Sigles utilisés dans cet article :


CETC : Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgien. C’est le nom officiel donné au tribunal chargé de juger les crimes commis par les anciens Khmers rouges.

KR : Khmer Rouge

TKR : Tribunal Khmer Rouge.

DC Cam : Centre de Documentation du Cambodge. S’est occupé depuis sa création de recueillir toute la documentation, les témoignages et toutes les preuves possibles sur le génocide perpétré par les Khmers rouges.



(3) Maître François Roux est un « ténor » du barreau de Montpellier. Il fut notamment l’avocat de Jean Marie Tjibaou, assassiné en 1989, et participa en 2006 au procès des attentats du 11 septembre, commis d’office par le gouvernement américain pour défendre Zacharias Moussaoui.




(Cet article a été repris sur le site Micro Observatoire Démocrate.)

 

 

 

 

                          

 
Par Surya - Publié dans : International
Dimanche 8 février 2009 7 08 /02 /Fév /2009 14:40

 

Amadou et Mariam sont actuellement en tournée européenne pour présenter leur nouvel album « Welcome to Mali ». Ils joueront à Paris le 11 février prochain à la Cigale, mais également le 1er avril 2009 au mythique Olympia. Originaires de Bamako où ils se sont rencontrés, Amadou et Mariam font partie des meilleurs représentants de la scène musicale africaine actuelle.

 

La « world music » Africaine est très appréciée en France, en particulier les musiques d’Afrique de l’Ouest, d’où sont originaires des artistes francophones aussi divers que Salif Keita le Malien, dont la voix s’envole quand il chante des morceaux tels « Sina », Mory Kante le Guinéen, véritable virtuose de la Kora qui a si bien su faire danser en 2001 au son du tonique « Mana Mana Ko », Habib Koité et son groupe Bamada, ou l’extraordinaire Toumani Diabaté, et sa Kora traditionnelle, qu’il joue avec tant de sensibilité. On ne peut malheureusement tous les citer.

Depuis la musique traditionnelle jouée et chantée par les griots, où s’expriment au premier plan les instruments comme la Kora et le Balafon, ou les grands maîtres du Djembé, le tambour solo, dit aussi tambour parlant, en passant par des fusions de rythmes et de mélodies puisés ici et là sur le continent Africain (« Fatouma » de Habib Koité, magnifique morceau (dont voici un aperçu ici, mais qu'il vaut mieux écouter sur son disque live "Foly" tant la version y est réussie (voir la note en bas de page) ) où le balafon, notamment, est accompagné d’une envoutante et chaude guitare Touareg, ou avec des emprunts au Cap Vert ou à la musique Sud Africaine par exemple) jusqu’à la synthèse la plus aboutie entre musique ouest-Africaine et musiques venues d’un autre continent, notamment anglo-saxonne, mêlant intimement les instruments traditionnels africains à des sonorités comme la guitare sèche du blues, la guitare électrique du rock, la batterie, les synthétiseurs… avec parfois l’ajout d’instruments comme le tabla indien…

 

La « world music » Africaine reflète une véritable ouverture d’esprit, un désir des artistes d’aller à la rencontre de l’autre, de se plonger dans d’autres cultures et d’autres sensibilités. Elle est un métissage d’une richesse incomparable et inégalée dans sa diversité, et elle se renouvelle et se réinvente en permanence, intégrant sans la moindre difficulté, de façon complètement naturelle, de nouveaux courants musicaux, tels la techno ou le rap, comme l’avait déjà fait Mory Kanté sur l’album « Le Voyageur », mélange pouvant sembler d’abord expérimental avant de devenir, au fil des ans et des réalisations musicales, un nouveau genre à part entière.

 

 

 

Parmi tous ces artistes d’exception de la scène musicale africaine, Amadou et Mariam ont particulièrement les faveurs du public.

 

Il est impossible d’écouter Amadou et Mariam sans être conquis par ce couple malien, unis dans la vie, unis sur la scène, qui provoquent l’enthousiasme des fans partout où ils se produisent, depuis les petits clubs ou grandes salles du monde entier comme la Cigale à Paris où ils viendront à nouveau jouer le 11 février 2009, jusqu’aux scènes en plein air, telle la grande scène installée à Paris Plage en août 2005, où 48 000 personnes vinrent les écouter lors de leur mémorable concert gratuit, ou à la Goutte d’Or où ils enflammèrent également leur public un autre soir d’été.

 

On ne peut résister à leur énergie et leur joie de vivre communicative, ni à leurs messages de paix, de tolérance et d’amour qu’ils font si bien passer. Mariam rappelle d’ailleurs souvent l’importance du message dans la culture Bambara : « Dans la culture Bambara […] tous les mots sont écoutés avec précision et avec beaucoup d’attention. »

 

Tombée amoureuse de la musique dès l’âge de cinq ans, année où elle a perdu la vue, Mariam se produit dès l’année suivante dans des mariages, des baptêmes et des festivals traditionnels. Amadou, qui a commencé à jouer des percussions dès l’âge de deux ans, puis a joué de divers instruments avant d’adopter définitivement la guitare à l’adolescence, a joué dans le mythique groupe des « Ambassadeurs du Motel de Bamako » dans les années 70, où se sont également produits Salif Keita et le renommé Kanté Manfila.

 

Puis ce fut leur rencontre à l’institut des jeunes aveugles de Bamako, où ils retournent régulièrement donner des concerts lors du festival annuel Paris-Bamako.

 

Amadou et Mariam œuvrent beaucoup pour améliorer les conditions de vie des aveugles au Mali. Les recettes du festival Paris-Bamako, dont ils sont les parrains, servent à aider au fonctionnement de l’institut. De plus, Amadou a été élu en 1981 Secretaire Général de l’Association Malienne pour la Promotion Sociale des Aveugles.

 

De 1980 à 1995, ils connaîtront un grand succès en Afrique et dans les milieux africains de l’Europe. A partir de 1998, leur carrière prendra une dimension plus internationale.

 

L’album « Dimanche à Bamako », sorti en 2004, et réalisé avec le guitariste Manu Chao, leur apportera la reconnaissance mondiale.

 

Parlant de leur nouvel album, « Welcome to Mali », sorti en novembre 2008, Amadou explique sur le site internet du groupe qu’il est « la rencontre entre nos origines et nos aspirations futures. »

 

Leur musique ne cessera au fil du temps d’évoluer et d’intégrer de nouvelles influences. Amadou et Mariam ont réussi à la perfection à marier tous les genres musicaux, rock, funky, blues, reggae… Mariam s’est nourrie depuis l’enfance de chansons maliennes et de classiques français, tandis qu’Amadou a puisé ses influences chez des artistes anglo-saxons comme l’incroyable Jimmy Hendrix, Led Zeppelin, John Lee Hooker, le génial Eric Clapton, mais aussi Stevie Wonder ou Pink Floyd.

 

Amadou et Mariam ont crée de magnifiques balades telles « Je pense à toi », et « Toubala Kono », ou des titres plus festifs et dansants tels « Chantez chantez » ou carrément explosifs, surtout sur scène, comme « Coulibaly ». Amadou électrise la salle avec ses solos de guitare, et le public chante avec eux, danse avec eux, et en redemande…

 

Amadou et Mariam chantent en bambara ou en français, parfois dans une alternance des deux langues dans la même chanson.
Les paroles font parfois les louanges de familles et de lignées à la façon des griots, dénoncent la démagogie et la corruption des politiciens, l’hypocrisie. La morale est très importante dans leurs textes. Ainsi, ils encouragent les gens à essayer de mieux se comprendre, mieux vivre ensemble et partager plus, et à parler pour solutionner les problèmes du quotidien. Leurs chansons racontent également l’amour (leur amour partagé, ou l’amour en général), et sont porteuses de messages de paix et de tolérance. Elles louent la patience et la persévérance, l’intégrité, la loyauté, l’honnêteté, l’amitié, et la solidarité, entre les individus mais aussi entre les peuples.

 

 

 

Un deuxième concert parisien aura lieu à l’Olympia le 1er avril prochain, et toutes les dates de leur tournée européenne se trouvent ICI. Ambiance garantie !

 




 


 






Note, rajoutée le 12 juin 2009 : pour écouter Fatma (Fatouma) sur le disque Foly, allez sur l'article du 12 juin 2009 "Playlist Musiques Africaines", c'est la chanson mise en dernier.




                          
Par Surya - Publié dans : Agenda culturel
Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /Fév /2009 10:04
Creedence Clearwater Revival. (Sans titre) 1968.
(Including : "I put a Spell on You").





Par Surya - Publié dans : Best of musique
Jeudi 29 janvier 2009 4 29 /01 /Jan /2009 10:34
Cet article a été publié sur le site Agoravox.
Si vous désirez y ajouter des commentaires, cliquez ICI

Il a également été repris sur le site Micro Observatoire Démocrate.



Le 17 février 2009 s’ouvre le procès de Douch, premier des cinq hauts dirigeants Khmers rouges (1) mis en examen à être jugé, trente ans après la fin du régime génocidaire de Pol Pot, et le seul jusqu’à présent à avoir reconnu sa responsabilité. Que s’est-il passé au Cambodge entre 1975 et 1979 et comment les rescapés de ce régime supportent-ils de se replonger dans ce passé cauchemardesque ? Que savent-ils du tribunal et du procès, et qu’en attendent-ils ?

     

Le procès a connu dans le passé, et connaît toujours, de grandes difficultés. Problèmes liés aux reports successifs, qui risquaient au fil des ans de compromettre jusqu’à la comparution même des accusés (Ta Mok, surnommé « le boucher » en raison de sa brutalité, est décédé en 2006, ou Pol Pot, décédé de mort mystérieuse en 1998), difficultés financières (le budget du tribunal dépendant en grande partie de pays donateurs), qui ont failli avoir pour conséquence son arrêt pur et simple, problèmes d’organisation, problèmes de traductions (le tribunal étant en partie international). Certains ont même parlé de problèmes de corruption, ou de bâtons mis dans les roues de la justice, afin de l’entraver.

 

Une autre difficulté, et de taille elle aussi, a été de convaincre les victimes de témoigner ou porter plainte. De nombreuses personnes travaillant pour des ONG ou le DC Cam (Centre de Documentation sur le Cambodge) ont sillonné les campagnes, passant de maison en maison pour parler aux villageois, leur expliquer ce que sont le procès et le tribunal, leur distribuer et les aider à remplir des formulaires de dépôt de plainte et de témoignage, notamment parce que le tribunal avait prévu, au début, de diffuser ces formulaires sur Internet, inaccessible dans la majorité du pays.

 

Au début, il a été très difficile pour ces personnes de collecter des plaintes et des témoignages. Pourtant, même si le nombre de plaintes a peu à peu augmenté depuis 2007, de nombreuses personnes ont hésité à participer au procès. Les raisons de leurs hésitations ou leurs refus sont variées.

 

Manque d’information, donc ou difficulté pour mener à bien cette démarche administrative (beaucoup de gens ayant en effet des difficultés pour comprendre ou pour lire les formulaires), mais aussi peur des représailles, peur pour sa sécurité et celle de sa famille. On a en effet rapporté des tentatives d’intimidation ou des menaces de la part d’anciens Khmers rouges(1) à l’encontre des rescapés qui décidaient de participer au procès.

 

Autre raison très fréquente, l’immense difficulté que rencontrent beaucoup de personnes à surmonter le traumatisme de cette replongée dans ce passé qui les hante toujours et leur donne encore parfois d’horribles cauchemars.

 

Beaucoup de gens ont d’autant plus de mal à se libérer aujourd’hui de leurs souvenirs qu’ils ont tout fait pendant trente ans pour les refouler et passer à autre chose. Comment peut-on passer avec tant de courage et de détermination à autre chose, après avoir vécu un enfer pareil...

 


 

3 ans, 8 mois et 20 jours, ou la vie au Kampuchea Démocratique.

 

17 avril 1975. Victorieux de la guerre civile très meurtrière opposant depuis 1970 :

 

- les forces gouvernementales pro Américaines du Général Lon Nol (auteur du coup d’état du 18 mars 1970 ayant renversé Norodom Sihanouk), forces (très fortement) soutenues militairement par l’armée américaine déjà présente au Vietnam,

           - et les forces révolutionnaires ultra-maoïstes des Khmers rouges,

 

...les Khmers rouges entrent triomphalement dans Phnom Penh, sous les cris de joie d’une population qui a cru que cela marquait le début de la paix enfin retrouvée dans le pays (2). Le Cambodge a en réalité basculé dans le cauchemar absolu ce 17 avril 1975.

 

Les Khmers rouges nouvellement au pouvoir changent le nom du pays (désormais le Kampuchea Démocratique), déclarent l’avènement de l’année zéro et mettent immédiatement leur politique à « exécution », ce qui est vraiment le cas de le dire.

 

Les personnes ayant collaboré avec l’ancien régime, les intellectuels, fonctionnaires, médecins, professeurs, religieux... bref, tous ceux qui ne sont pas paysans... les gens qui parlent une langue étrangère... les porteurs de montres, de lunettes (3)... Tous ceux qui ont reçu une quelconque forme d’instruction ou ont l’air d’en avoir reçu une, tous ceux qui ont l’air d’avoir un lien quelconque avec l’étranger et l’ennemi impérialiste, les gens qui osent résister ou simplement protester, tous ces gens profondément haïs par les révolutionnaires Khmers rouges car considérés comme des traîtres capitalistes et impérialistes, sont traqués et parfois exécutés sommairement dès les premiers instants de la « révolution ».

 

Suivant leur programme, ils décident de vider immédiatement les villes pour envoyer tout le monde se « rééduquer » à la campagne. Ils entrent de force dans les maisons, exécutent sur place les récalcitrants et chassent les habitants. Il faut partir. Tous les citadins sans la moindre exception, hommes, femmes, enfants, femmes enceintes, nourrissons, vieillards, malades et blessés sortis de force des hôpitaux (parfois avec la perfusion encore accrochée à leur bras, ou les pansements de leur récente opération), sont déportés vers les campagnes lors d’une interminable exode à pieds sous la canicule écrasante de la saison sèche, sans eau ni nourriture, qui laissera déjà un grand nombre de victimes sur les bas côtés des routes.

 

En trois jours seulement, il n’y a plus personne à Phnom Penh, Battambang ou ailleurs. Les villes sont désormais complètement vides et fantomatiques. Les déportés des villes (le « Peuple Nouveau ») rejoignent les paysans (le « Peuple Ancien »), et sont dispatchés dans des camps de travaux forcés, les « champs de la mort » pour y effectuer en majorité d’harassants travaux agricoles, mais aussi des constructions de barrages, ou de digues en terre, démolies dès la première averse, reconstruites le lendemain et redémolies aussitôt.

 

C’est exténuant, surtout quand on crève de faim, et ça n’en finit jamais.

 

Le Cambodge n’est plus qu’un gigantesque camp de travaux forcés, où les gens, réduits à l’esclavage, connaîtront jusqu’en janvier 1979, date où l’armée vietnamienne est entrée au Cambodge pour chasser les Khmers rouges du pouvoir, les mauvais traitements et humiliations au quotidien, la famine qui ronge le corps et le tue à petit feu, l’épuisement, la maladie qui emporte en quelques jours faute de médicaments et de soins...

 

Ils connaîtront la haine des soldats Khmers rouges, hommes et femmes, garçons et filles parfois âgés de dix ou douze ans seulement, hargneux, impitoyables et zélés qui, armes à la main, surveillent froidement le travail, braillent leurs ordres ou leur propagande révolutionnaire, et ont le droit de vie et de mort sur celles et ceux qu’ils désignent arbitrairement comme « contre-révolutionnaires », « individualistes », « sales impérialistes » ou autre...

 

Ils subiront des violences physiques, seront témoins d’exécutions sommaires et de massacres, il y aura la torture d’hommes, de femmes et d’enfants dans les centres de détention, dont l’épouvantable ancien lycée « reconverti » de Tuol Sleng (dont Douch, qui sera donc le premier jugé, était le directeur), ou parfois dans des pagodes que le cynisme des Khmers rouges avait poussé à transformer en prisons.

 

Ils connaîtront les dénonciations, fortement encouragées par le régime, de n’importe qui pour n’importe quoi, et la peur, ressentie jour après jour après jour... une peur effroyable qui ronge l’esprit comme la famine ronge le corps, l’angoisse permanente d’être piégés, subitement désignés puis emmenés par les soldats, sous les yeux de leurs enfants terrorisés, la peur de faire confiance à quelqu’un et d’être ensuite trahis, et une profonde solitude au milieu de tous ces gens devenus rigoureusement identiques, tous vêtus de ce même « pyjama noir » révolutionnaire, tous arborant la même coupe de cheveux règlementaire...

 

Ils connaîtront le désespoir poussant certains à mettre fin à leurs jours, l’interdiction de se plaindre, ou de pleurer quand on n’en pouvait plus ou qu’on venait de perdre un proche. Les émotions étaient proscrites. Se plaindre était considéré comme un acte individualiste. La moindre critique, la moindre remarque, une larme qu’on laissait échapper, pouvaient leur coûter la vie.

 

Ils seront contraints à la soumission absolue et au silence total, le silence sur soi, sur son passé ou ce qui se passe, faute de quoi la survie, qui ne pouvait se concevoir qu’au jour le jour, n’était même pas envisageable.

 

Quelques uns parviendront à s’enfuir des camps et rejoindront la Thaïlande. Ils pourront alors raconter ce qu’ils ont vécu.

 

Les autres n’auront pas cette chance. Un tiers de la population, (Peuple Nouveau, Peuple Ancien, et enfin purges effectuées vers la fin du régime au sein des rangs Khmers rouges), périra dans le génocide, perpétré lors de ces années de terreur et de cauchemar absolus, ou la « machine de mort Khmère rouge », véritable machine infernale, une fois mise en marche, semblait ne plus jamais vouloir ni pouvoir s’arrêter...

 


 

Des gens ont avoué avoir été obligés d’abandonner momentanément le formulaire qu’ils étaient en train de remplir pour faire une pause, souffler, et tenter de se ressaisir lorsque l’émotion, due aux souvenirs insupportables remontés à la surface, les submergeait complètement ou les anéantissait.

 

D’autres ne peuvent évoquer leurs souvenirs ou revivre une scène évoquant ce régime sans se mettre à pleurer, comme cette femme bouleversée, prise en photo lors de la « Journée de la Haine » à laquelle elle assiste, qui éclate en sanglots à la vue de ce figurant jouant le rôle d’un soldat Khmer rouge, et vêtu du désormais symbolique « pyjama noir » (Diaporama.)

 

Certains ne peuvent contrôler leurs crises d’angoisse ou leurs accès de rage. D’autres encore n’arrivent même pas à raconter ce qu’ils ont vécu et se sont, depuis trente ans, emmurés dans un silence total, comme au temps ou le silence était la clé de la survie. Un mutisme dont il est désormais difficile de les extraire.

 

Trente ans après, le traumatisme est encore immense chez les victimes des Khmers rouges, et les séquelles profondes. Alors, des psychologues travaillant pour des ONG sillonnent le pays et tentent de les aider, de les soulager un peu. Ils œuvrent également à distance, par l’intermédiaire de la radio.

 



 

Désinformation et scepticisme...

 

Ce traumatisme est d’autant plus grand que, jusqu’à présent, les gens qui ont traversé cette épouvantable période comme on brave, contraint et forcé, un cyclone dévastateur n’ont eu que peu de possibilités de faire véritablement entendre leur voix auprès de leurs proches.

 

La moitié de la population du Cambodge d’aujourd’hui a moins de vingt ans, et 60 % de cette population est née après le régime des Khmers rouges. Cette nouvelle génération des moins de trente ans est souvent mal informée, voire même pas informée du tout, sur ce qui s’est passé.

 

Certains enseignants parlent désormais de cette période à leurs élèves, organisent des visites de lieux comme Tuol Sleng, mais la période Khmère rouge n’est pas officiellement au programme. Les manuels scolaires ne mentionnent toujours pas « les événements », comme disent pudiquement beaucoup de Cambodgiens, comme si le fait de prononcer les mots « Khmers rouges » allait porter malheur.

 

A croire qu’on a préféré enterrer jusqu’à aujourd’hui cette période du passé, faire comme si elle n’avait jamais existé. Mais le gouvernement cambodgien désire changer cette situation et travaille actuellement avec le DC Cam à la mise au programme scolaire de la période Khmère rouge. Cela devrait être fait en 2009.

 

Lorsque les victimes tentent de raconter à leurs enfants ce qu’ils ont vécu, si beaucoup de jeunes cherchent désormais à en apprendre davantage et posent des questions, il arrive souvent que des enfants et jeunes gens se montrent carrément sceptiques quant à la véracité de ces événements, ou trouvent les faits décrits tellement hallucinants qu’ils s’imaginent que leurs parents exagèrent les récits qu’ils leur font. Certains sont sceptiques également car ils refusent de croire que ces atrocités ont été perpétrées par des Cambodgiens contre d’autres Cambodgiens.

 

"Avant, je n’y croyais pas vraiment à cette histoire de Khmers rouges ; maintenant que j’ai vu le film, j’y crois un peu..." avoue une jeune fille qui vient d’assister à la projection du film du réalisateur Rithy Panh "S-21, la machine de mort khmère rouge".

 

« C’est dur pour nous de croire à ces histoires. On n’a pas vécu cette période alors, qu’en penser ? En qui avoir confiance ? » déclare Sopoi, un ingénieur du son de 28 ans..

 

Alors ces victimes préfèrent souvent se taire plutôt que de devoir affronter la douleur supplémentaire de ne pas être crus. Certains encore disent préférer ne rien raconter aux enfants, car ce qu’ils ont à dire est tellement horrible qu’ils craignent de leur donner des cauchemars.

 

La tenue du procès ayant pour effet de libérer la parole, les choses sont en train de changer, et le DC Cam a également mis en place un travail de mémoire consistant notamment à demander aux jeunes d’interroger leurs aînés et de recueillir leurs récits.

 

 

 

            Désintérêt et espoir de justice...

 

En plus de Douch quatre autres dirigeants Khmers rouges doivent être jugés par les CETC. (4)

 

En vertu de la politique de réconciliation nationale, les anciens soldats Khmers rouges, les chefs... n’auront rien à craindre de ce procès, quelques soient les crimes qu’ils aient pu commettre entre avril 1975 et janvier 1979. C’est ainsi que des victimes peuvent côtoyer au quotidien dans leur village l’assassin de leur mère, frère, enfant... sans rien pouvoir dire, et à qui ils doivent respect en raison de leur statut de notable ou du fait de leur âge.

 

Pour que le procès soit équitable, il faut que les victimes puissent bénéficier d’une défense solide. Un autre problème est en effet que les victimes ayant déposé plainte n’ont pas les moyens de se payer un avocat. Celles qui se sont constitué partie civile seront aidées par des ONG comme Avocats Sans Frontières ou Cambodian Defenders Project et ne seront pas défendues individuellement mais collectivement. Les réparations seront elles aussi collectives. Cet état de choses, stipulé dans le règlement intérieur des CETC, frustre et choque de nombreuses victimes, qui ont souvent tout perdu durant le régime.

 

Les cinq anciens Khmers rouges, quant à eux, seront défendus individuellement, souvent par des ténors du barreau, tel Khieu Samphan, ancien président du Kampuchea Démocratique, qui semble ne pas comprendre ce qui lui est reproché et sera défendu par plusieurs avocats, dont Jacques Vergès.

 

Certains se demandent si ce procès, se tenant si longtemps après les faits et jugeant des criminels que beaucoup de jeunes de la nouvelle génération ne connaissent pas ou peu, valait la peine d’être mis en place.

 

D’autres affirment qu’une bonne partie de la population s’en désintéresse. Ce serait en effet le cas chez beaucoup de personnes nées après le régime des Khmers rouges, mais était-ce une raison pour que ce procès n’ait jamais lieu ? Il est difficile d’imaginer que les rescapés de ce régime, quant à eux, puissent s’en désintéresser, même trente ans après. Certaines victimes, il est vrai, risquent de s’en désintéresser parce que leurs difficultés quotidiennes, en raison de la misère dans laquelle elles se trouvent, les forcent à tourner leur regard ailleurs, ou parce qu’ils ne croient pas en la possibilité d’une justice équitable. Cependant, ce procès représente pour la majorité des victimes, au contraire, un immense espoir, la dernière possibilité qu’ils auront d’obtenir justice, et par conséquent leurs attentes sont grandes. Trop grandes, d’après l’historienne Annette Wieviorka. Beaucoup de victimes, en raison de leurs difficultés, aimeraient avoir des compensations financières, et les ONG sont obligées de leur expliquer que ce ne sera pas possible.

 

Même si le procès ne jugera que cinq personnes, et même si certains s’en désintéressent, il était impératif qu’il ait lieu, que les accusés reconnaissent leurs tords, qu’ils soient jugés pour les crimes commis et condamnés. La peine de mort étant inconstitutionnelle au Cambodge, ils risquent la prison à perpétuité.

 

Ce procès est indispensable pour la mémoire des victimes qui ont perdu la vie et par respect pour les rescapés, dont la vie a été broyée, qui ont perdu une partie ou la totalité de leurs familles, et qui demandent parfois simplement que les cinq accusés reconnaissent leurs tords et présentent des excuses, afin qu’ils puissent se sentir soulagés, constater que les souffrances qu’ils ont endurées ont été entendues et reconnues, se sentir en paix et tourner enfin la page dans la dignité.

 

C’est indispensable aussi pour le travail de mémoire, pour contribuer, en plus du travail d’éducation et d’information qui doit être fait, à ce que la jeune génération sache ce qui s’est passé, le mal qui a été fait au nom d’une soit disant utopie, en réalité une idéologie extrémiste, sectaire et révolutionnaire. Pour que cela ne se reproduise jamais.

 

De ce fait, le procès des Khmers rouges ne concerne pas uniquement le Cambodge. Il va juger les hauts responsables d’un régime politique extrémiste, d’un génocide et de crimes contre l’humanité. Il concerne le monde entier.

 

Et c’est indispensable qu’il ait lieu pour que justice soit faite, tout simplement, et que cessent enfin de flotter au dessus du Cambodge d’aujourd’hui les fantômes du passé et ce lourd, très lourd parfum d’impunité.

 

***

 


 

Signification de l’image présentée.

 

 

 

« L’emblème symbolise les Chambres Extraordinaires ; elle combine une représentation de l’administration de la justice cambodgienne durant l’époque d’Angkor avec la guirlande de branches d’oliviers des Nations Unies, qui évoque la paix. La couleur officielle est bleu-foncé.

Le personnage est assis sur une estrade et tient dans ses mains une épée qui symbolise l’autorité du tribunal. C’est la figure centrale de la peinture murale de l’ancienne Cour d’Appel du ministère de la justice à Phnom Penh, où il est flanqué de deux aides qui se réfèrent à la loi, telle qu’elle est inscrite sur des manuscrits en feuille de palmier.

Le sceau officiel montre l’emblème figurant au centre de deux cercles dans lesquels est écrite, en khmer et dans son intégralité, l’appellation des Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens avec les abréviations ECCC, en anglais, et CETC en français (Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens). »

 

 

Source de cette explication : http://www.eccc.gov.kh/

 

Notes.

 

(1) L’appellation « Khmers rouges » fut donnée par S.M Norodom Sihanouk avant 1975 pour désigner les Khmers communistes révolutionnaires. Remarque : on trouve encore parfois dans les média occidentaux le seul terme « Khmer » pour désigner les Khmers rouges, dans des expressions telles que « le régime khmer a fait tant de victimes… », « les Khmers ont tué… ». C’est une erreur car « Khmer » veut dire « Cambodgien ».

 

(2) Dans le film La Déchirure, de Roland Joffé (1984) qui commence en 1973 durant la guerre civile, une scène montre le journaliste cambodgien Dith Pran, (décédé aux USA en mars 2008 et incarné dans le film par le Dr Haing S Ngor,ancien médecin rescapé des camps Khmers rouges, puis réfugié aux USA où il devint acteur, et où il sera assassiné en 1996 par un gang chinois), acclamant avec le reste de la population l’entrée des chars Khmers rouges dans la capitale le 17 avril 1975, et s’écriant joyeusement (en français) : « La paix ! La paix ! »

 

(Les liens sur Dith Pran et Haing S Ngor sont en anglais.)

 


 

(3) Les lunettes étaient considérées comme le symbole de l’intellectuel. Des gens ont été exécutés simplement parce qu’ils avaient la malchance de devoir en porter.

 


 

(4) Les quatre autres dirigeants Khmers rouges mis en examen, mis à part Douch (de son vrai nom Kaing Guek Eav, ancien directeur de la prison S 21 de sinistre mémoire), sont :

 

- Khieu Samphan (titulaire d’un doctorat de science éco obtenu à Paris en 1959, Président du Kampuchea Démocratique),

 

- Ieng Sary (de son vrai nom Kim Trang, lui aussi, comme Khieu Samphan et Pol Pot, étudiant boursier au début des années 50 à Paris, où ils se sont forgé leurs convictions ultra-maoïstes. Ministre des Affaires Etrangères sous les Khmers rouges),

 

- et son épouse Ieng Thirith, Ministre des Affaires sociales de l’époque. ( ! )

 

- et enfin Nuon Chea ("Frère numéro 2" (le "Numéro 1" étant Pol Pot) L’idéologue du régime, chargé de la sécurité intérieure et plus tard des purges.)

 


 

Pour en savoir plus sur le procès et son déroulement.

 


 

Dossier spécial Khmers rouges sur le site Ka Set Info.

 


 

Egalement un dossier sur le site du journal Cambodge Soir.

 


 

Le site officiel des Chambres Extraordinaires au sein des Tribunaux Cambodgiens.

 


 

Le site internet du procès des Khmers rouges. En anglais. Pas de version en français.

 



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Il existe de nombreux témoignages de rescapés du régime Khmer rouge. On peut lire, par exemple :







Pin, Yathay. L'Utopie meurtrière. Un rescapé du génocide cambodgien témoigne. Editions Complexe. Bruxelles, 1989.

 

 

 

 

 

 


 






Chandler, David Porter. S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges. Editions Autrement. Paris, 2002.

Etude sur la prison S21.










Ung, Loung. D'abord, ils ont tué mon père. Editions Plon. Paris, 2002.

Traduit de l'anglais.

Loung avait cinq ans lors de l'arrivée des KR au pouvoir. Elle témoigne dans ce livre des quatre années passées dans les camps. Sa famille a été décimée.




      






Phcar, Malay. Une Enfance en Enfer. Robert Laffont, 2005.
Malay avait neuf ans en 1975. Il a été séparé de sa famille et envoyé dans un camp spécial pour enfants. Il a perdu une bonne partie de sa famille.












Affonço, Denise. La digue des Veuves. Ed presses de la Renaissance, Paris, 2005.
Denise Affonço est Française, d'origine Vietnamienne. Son mari communiste Chinois était partisan des Khmers rouges, ce qui l'a poussé à vouloir rester au Cambodge. Il fut pourtant rapidement éliminé par les KR, car il écoutait la radio. Denise Affonço a perdu sa fille de neuf ans.








A lire :

Sur le site du DC CAM, une liste de témoignages de rescapés. En anglais.


               

                          
 
Par Surya - Publié dans : International
Samedi 10 janvier 2009 6 10 /01 /Jan /2009 14:31

Les jeux vidéo violents (jeux de combats, jeux de guerre, jeux faisant ouvertement l’apologie de la violence) rendent-il oui ou non certains jeunes plus agressifs et violents ? Tout porte à croire que oui, en dépit des arguments de certains qui affirment que ces jeux ne modifient en rien le comportement des adeptes. Pour le vérifier, faisons une petite visite dans un cybercafé ordinaire…
 

N’ayant pour l’instant pas internet chez moi, je me rends parfois dans un cybercafé pour me connecter. Certains ordinateurs, regroupés dans un espace dédié, sont reliés en réseau et équipés des derniers jeux vidéo à la mode, dont certains semblent, si l’on en juge par la publicité qui en est faite, très violents. Et l’ambiance, une fois descendu au sous sol, est souvent chaude, électrique, voire même parfois explosive ! Bienvenue dans l’antre du dragon…

Ca sent la bagarre dans un groupe d’habitués, des jeunes garçons âgés de 17 à 25 ans environ, qui passent leur temps à se taper dessus par ordinateur interposé. Le problème, c’est qu’à certains moments, ils semblent également se taper mutuellement sur le système. Les gros mots et insultes, qu’ils hurlent d’un bout à l’autre des travées, fusent alors allègrement. Chez certains, on a l’impression qu’ils se contentent de « jouer le jeu », comme un rituel d’appartenance au groupe, mais chez d’autres, il y a une réelle agressivité dans leurs propos et le ton de leur voix. Impossible, quand ils sont là, c’est à dire très souvent, de descendre au sous sol sans surfer au rythme de leur langage épicé.


Leur attitude est inquiétante : outre le fait qu’ils se lâchent complètement, ne tenant plus aucun compte de la présence dans la salle d’autres gens qui viennent pour se connecter à Internet, certains sont si happés par le jeu, s’investissent à un point tel dans le personnage qu’ils représentent, qu’on se demande s’ils ont encore conscience qu’il ne s’agit que d’un jeu. De plus, beaucoup semblent avoir développé une réelle dépendance aux jeux vidéo.

Lorsqu’ils quittent le cybercafé, continuent-ils à évoluer en pensée dans leur univers virtuel, en attendant impatiemment leur prochaine connexion ?


Leur personnage, ce n’est plus un personnage, c’est eux. Le Dr Tao Ran, qui dirige en Chine, près de Pékin un centre pour traiter les drogués de l’Internet, a constaté que les jeunes accros aux jeux vidéos «  souffrent tous de troubles psychologiques graves et de sérieux problèmes d’identité : leur ‘moi ‘ s’est dilué sur l’écran vidéo ; ils ont fini par s’identifier au rôle de leur personnage de combattants dans des jeux violents où la victoire représente une gratification certaine. » (Source : article Wikipedia sur la dépendance aux jeux vidéo).

En matière de dépendance, un jeu comme World of Warcraft (WOW pour les initiés) bat tous les records : il pousse carrément les joueurs à la dépendance car plus ils restent connectés, plus leur personnage acquiert de pouvoirs. Et le personnage perd ses pouvoirs si l’on diminue ensuite le temps de connexion. Le joueur est donc obligé de se connecter au minimum autant de temps que la veille.

 

Cette dépendance et ce problème d’identité sont bien visibles quand on observe certains joueurs au cybercafé : ce que subit leur personnage, ils le prennent comme une véritable agression personnelle, et en conçoivent un désir de revanche et une véritable rancœur à l’égard de leur adversaire qu’ils expriment haut… et fort ! Un de leurs copains leur fait un « coup bas » dans le jeu ? La dispute couve… et puis un jour, elle éclate.

 

Et ce qui devait arriver s’est finalement produit un samedi matin, pour la première ou la énième fois, eux seuls le savent. Brusquement, l’un d’eux a jailli de son fauteuil de combattant comme s’il avait pressé le bouton d’un siège éjectable, s’est jeté comme une furie sur son « ennemi » et l’a bombardé de coups de poings, en gueulant qu’il l’avait prévenu de ne pas à lui refaire ce coup là. Il a fallu deux « baraqués » pour le maîtriser et lui faire retrouver un semblant de calme. Le pauvre ennemi est ensuite parti, complètement écœuré, après avoir traité son « copain » de ouf. Et tout le monde a poussé un autre « ouf », de soulagement celui là, quand la bagarre s’est calmée, et que les joueurs ont repris pacifiquement leur activité.

 

La question de savoir si les jeux vidéo violents rendent les jeunes plus agressifs et violents ne date pas d’hier. Christian Lehmann, dans son roman pour la jeunesse « No Pasaran, le jeu » a également posé le problème de la violence de certains jeux vidéo et du fait qu’ils risquent d’engendrer, chez les jeunes, une confusion entre le réel et le virtuel. L’auteur cherche également à faire comprendre à ses lecteurs, à travers les problèmes rencontrés par ses trois personnages, en particulier l’ultra violent Andréas, que la guerre, la violence, le combat et la destruction ne sont pas des jeux, mais une tragique réalité.

De multiples études ont été faites, et continuent d’être faites, sur la question de la violence dans les jeux vidéo. Certaines concluent que oui tout à fait ça rend plus violent, et d’autres que non pas du tout. Difficile de s’y retrouver. On peut également lire de nombreux articles sur Internet traitant avec plus ou moins d’objectivité de ce problème.

 

Ceux qui pensent que non pas du tout avancent plusieurs arguments :

 

- Les joueurs savent faire la différence entre le réel et le virtuel. Certains oui, mais on ne peut pas généraliser, et dire « les joueurs ». De plus cet argument est à mon avis celui d’un adulte ayant oublié que la personnalité des jeunes entre 15 et 25 ans est encore parfois en pleine construction. D’autres érigent leur cas en généralité pour justifier qu’on peut jouer à des jeux violents sans pour autant devenir ensuite un criminel notoire. C’est un peu réducteur…

 

- Seuls les jeunes dont la personnalité est déséquilibrée deviennent plus violents. Dire cela, c’est déjà reconnaître que ces jeux rendent une partie des jeunes violents. De plus, même si cela ne touche effectivement qu’une minorité de jeunes, ce n’est pas une raison pour évacuer le problème. Ces jeunes, ne serait-ce que de par leur dépendance aux jeux vidéo, sont en souffrance, ils ont besoin d’être aidés et il est donc important que leur problème soit pris au sérieux.

 

- Autre argument énoncé dans une étude que rapporte Courrier International : les enfants hyperactifs seraient au contraire calmés par ces jeux. Parents d’enfants hyperactifs, on a enfin trouvé la solution : demandez à votre enfant de mitrailler quelques dizaines de personnes et faire exploser un ou deux bâtiments, et vous aurez ensuite une paix royale…

 

- Tous les jeux vidéo ne sont pas violents. Ce n’est pas un argument car on étudie justement l’impact sur les jeunes des jeux reconnus violents. Ce sont ces jeux là qui sont incriminés, pas les autres, bien sûr.

 

- La criminalité n’a pas augmenté chez les jeunes accros aux jeux vidéo violents. Tout d’abord ce n’est pas toujours vrai, comme on le verra plus bas, d’autant plus que lorsqu’un problème survient on refuse souvent de faire le rapprochement avec le jeu vidéo, et de toute façon, si la violence verbale et les bagarres ne se terminent évidemment pas en meurtre, ce sont tout de même l’expression d’une violence certaine et inquiétante, et en augmentation.

 

- Des sociologues ont affirmé que les jeux vidéo joués en groupe développent l’esprit de solidarité et d’entraide chez les jeunes. Je les invite à venir passer un peu de temps dans ce cybercafé, ou dans d’autres lieux similaires, pour mettre leur théorie à l’épreuve. ;-)

L’étude rapportée sur Courrier International a été menée auprès de 120 jeunes de Melbourne âgés de 11 à 15 ans, que l’on a fait jouer vingt minutes pour ensuite mesurer leur taux d’agressivité immédiatement après le jeu. Cette étude a conclu que les jeunes ne sont pas rendus plus agressifs par leur pratique. « Le jeu vidéo, même violent, ne rend d’aucune manière le comportement plus agressif.  » a conclu le chercheur.

Je pense que cette étude n’est pas objective car aucun jeune ne se limite à jouer vingt minutes seulement. Ce serait comme sortir deux minutes par un froid glacial et rentrer ensuite en annonçant triomphalement qu’on n’est pas tombé en hypothermie. De plus, l’étude ne prend pas en compte les modifications progressives de comportement sur le long terme.

Seuls les jeunes présentant déjà de l’agressivité, dit l’étude, auraient des risques de devenir plus agressifs. Mais comment ne pas présenter d’agressivité, à diverses doses, dans nos sociétés où la violence est de plus en plus banalisée, que les limites posées à ce qu’on ose montrer sont de plus en plus repoussées ? Les graphismes sont incroyablement réalistes et dorénavant, dans certains jeux, le personnage a le droit de faire à peu près tout ce qu’il désire à ses adversaires, à tel point que certains jeux ont même été interdits dans plusieurs pays, notamment :

 

     - Grand Theft Auto III (GTA III pour les initiés) a été interdit au Japon en 2005 après qu’un jeune de 15 ans, complètement accro, ait assassiné ses deux parents puis fait exploser l’appartement familial. Mais plusieurs personnes ont affirmé (sur quoi se sont-elles basées ?) que cela n’avait strictement rien à voir avec le jeu vidéo… Dans ce jeu, les missions proposées vont jusqu’au meurtre, et chaque mission réussie rapporte de l’argent. Les armes utilisées sont, par exemple, des battes de Base Ball, des fusils à pompe, des grenades… des lance flammes…

- Manhunt II a été interdit de sortie en 2007 en Irlande, GB, Italie et Suisse. Il a été interdit aux mineurs aux USA. La France ne l’a pas interdit au moment de sa sortie, mais a déclaré « rester vigilante ». On se demande bien ce que, concrètement, cela signifie… Ou ce que cela cache… Qu’on n’a pas envie de regarder le problème en face ? Qu’en France, on a désormais la trouille d’interdire ? Manhunt (« chasse à l’homme ») est tellement violent que le seul fait de lire sa description vous flanque la nausée. Tout y est permis, et surtout les crimes les plus sadiques et les plus atroces. Il existe en France un délit d’incitation à la haine raciale, on devrait envisager un délit d’incitation à la criminalité et à la sauvagerie, car là, c’est vraiment de cela dont il s’agit. Ca permettrait d’interdire immédiatement et sans états d’âmes ce genre de « jeux » ultra dangereux.

 

Pour l’instant, ces jeux choquent encore et sont interdits, ou dans le collimateur des commissions de censure, mais qu’en sera-t-il dans dix ou vingt ans, quand la société aura « évolué » ? Déjà, de nos jours, certaines attitudes violentes, qu’elles soient verbales ou physiques, qui auraient fait bondir les gens il y a vingt ou trente ans, sont complètement banalisées.

Les jeux vidéo violents valorisent les comportements les plus agressifs et impitoyables. Ce n’est jamais le gentil ou le « faible » qui gagne des points, de l’argent ou de la force (certains jeux mettant en scène des univers virtuels n’ont jamais de fin). On se demande après cela par quel miracle cela n’aurait strictement aucune influence sur les jeunes (et moins jeunes ?). Après tout, la télévision est connue pour influencer les gens dans le vote qu’ils font, par exemple. Comme c’est curieux, la télé ou les jeux vidéo n’influencent jamais quand il s’agit de violence…


Une étude, très récente puisqu’elle date de novembre 2008, a été menée par des chercheurs de l’Université d’Iowa sur 1595 jeunes Américains et Japonais. Elle diffère des précédentes études en ceci qu’elle est la première à prendre en compte les effets de la violence des jeux sur le long terme. Elle conclut que les comportements violents doublent chez les jeunes après trois ou six mois de pratique.

On peut lire plus de détails sur cette étude
ICI et LA .

Les cybercafés proposant ces jeux en réseau devraient peut être envisager de limiter le temps de connexion quotidien pour chaque joueur. Mais, rentabilité oblige, on ne le fera pas, et puis, comme on l’a vu pour World Of Warcraft, ce serait condamner d’emblée des joueurs à perdre. La Chine l’a pourtant fait, imposant aux abonnés de ce jeu qui résident sur le sol chinois un temps de connexion quotidien limité. C’est au moins une tentative pour inciter les joueurs à se déconnecter, à tous les sens du terme, et lutter contre les situations de dépendance.

 

Un temps limité de connexion empêcherait aussi d’entendre dans les cybercafés des joueurs annoncer, d’un air très sérieux, ou d’un air furieux, des choses du genre « Je suis mort trois fois hier ! », car, fort heureusement pour eux, ils n’auraient alors tout simplement plus le temps de mourir aussi souvent… 



Image trouvée sur http://www.jeuxvideo.com/illustrations/0000/00000043.htm


                 


                          

 

Mercredi 7 janvier 2009 3 07 /01 /Jan /2009 14:00
Le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris propose, jusqu’au 25 mai 2009, une grande et très belle exposition intitulée « Incroyables cétacés ! », qui ravira les amoureux des océans et des magnifiques géants des mers qui les peuplent.

L’exposition « Incroyables cétacés ! » a été inaugurée le 8 juin 2008, journée mondiale des océans, et ouverte au public le 11 juin. Les visiteurs, parisiens, banlieusards et touristes ont jusqu’au 25 mai prochain pour venir découvrir, au sous sol de la Grande Galerie de l’Evolution, tous les aspects de l’évolution et de la vie des grands mammifères marins, ainsi que tout ce qui concerne leurs difficiles rapports avec les hommes, et la protection dont ils font désormais l’objet.

 

On peut diviser l’exposition en trois thèmes, le passé, le présent et le futur, abordés le long de la visite des nombreuses salles.

 


 

1)Le passé, qui expose notamment :

 

-l’histoire des ancêtres des cétacés, où le visiteur admirera, entre autres, dans la première salle, un saisissant squelette pratiquement complet de Cynthiacetus, qui a demandé aux concepteurs de l’exposition deux années entières de travail pour son dégagement et sa reconstitution.

 

-l’histoire de la chasse à la baleine et au cachalot.

 

-l’histoire, forcément liée à celle de la chasse, des relations entre les cétacés et les hommes, faites à la fois d’amour, de fascination, de crainte et de conflits. On découvre également l’histoire des mythes et des fantasmes liés aux cétacés en général, et en particulier au dauphin qui fait l’objet depuis des siècles d’une véritable vénération chez les humains, qui entretiennent avec lui des relations parfois même empreintes de spiritualité. On rencontre Sedna, la déesse Inuit, Flipper le dauphin qui a fait rêver des générations d’enfants, ou encore Moby Dick le redoutable cachalot.

 


 

2)Le présent, où l’on se familiarise de façon plus scientifique avec les 80 espèces de cétacés, ceux à fanons, ceux à dents, les gros, les moins gros, les grands, les petits. On apprend, à l’entrée de l’exposition, à mieux connaître les zones de la planète dans lesquelles on peut les rencontrer.

 

Des panneaux explicatifs enseignent également le mode de respiration et le mode d’alimentation des différents cétacés (un rorqual n’engloutit pas l’eau qui sera filtrée à travers ses fanons de la même façon qu’une baleine franche, chacun possède son propre « style » qui dépend de sa morphologie), les différentes techniques de chasse des odontocètes (cétacés à dents), parfois remarquablement astucieuses.

 

On apprend avec étonnement que les fanons des baleines et rorquals sont composés de kératine, comme nos cheveux ou nos ongles ! Que les dauphins entendent… grâce à leur menton ! Que la graisse liquide, le « blanc de baleine », qui se trouve dans la tête du cachalot, se solidifie lorsqu’il plonge à de grandes profondeurs à la recherche de calmars géants, jouant ainsi le rôle de lest, et qu’il se liquéfie de nouveau lorsqu’il remonte à la surface ! Ou que le dauphin, qui décidément nous étonnera toujours, n’hésite pas à enfoncer carrément jusqu’aux yeux sa tête dans le sable des fonds sous marins, pour déloger une proie enfouie qu’il a repérée grâce à son extraordinaire système d’écholocation.

 

On s’amuse, grâce à un dispositif, à comparer ses capacités à retenir sa respiration avec celles des cétacés, dont certains peuvent plonger en apnée pendant plus de deux heures ! On essaye de reconnaître les différentes baleines grâce à leur chant, et les enfants peuvent manipuler, tout au long de l’exposition, des jeux éducatifs.

 

L’exposition présente également de nombreux films, d’impressionnantes maquettes de quelques têtes de cétacés, grandeur nature ! et une quantité satisfaisante de textes à lire, ce qui est un autre bon point car certaines expositions ont désormais tendance à trop privilégier l’audio-visuel ou le côté « manipulatoire », au détriment de la partie « lecture », et de la partie que l’on pourrait nommer « Pour aller plus loin… ».

 


 

3)Le futur est abordé sous l’angle des menaces qui pèsent sur les cétacés, et des mesures de protection, mises en place par la Commission Baleinière Internationale (CBI), dont ils font désormais l’objet, grâce à un moratoire que plusieurs pays ont refusé de signer.

 

Et les menaces sont nombreuses ! On est ahuris d’apprendre, par exemple, qu’il y a de nos jours tant de déchets non biodégradables (principalement du pastique) dans l’océan qu’un « septième continent  » s’est même formé dans le Pacifique Nord, à cause des courants qui ont rassemblé et compacté ces déchets sur une superficie, toujours croissante, qui fait actuellement six fois la France ! Les cétacés sont également incommodés par la pollution sonore qui les désoriente, et par bien d’autres menaces que l’exposition présente dans une mise en scène très réussie.

 

On peut finalement écouter les avis de différents représentants de la CBI sur le thème : « faut-il reprendre ou définitivement interdire la chasse à la baleine ? » Le représentant du Japon et celui de la Norvège défendent bien sûr leur volonté de continuer la chasse, l’un pour des raisons scientifiques, l’autre par tradition. Les opposants à la reprise de la chasse mettent notamment en avant l’argument selon lequel l’observation touristique des cétacés rapportera beaucoup plus que la chasse aux pays concernés.

 

Et le visiteur peut lui aussi voter pour donner son avis sur cette question de la pleine reprise, ou non, de la chasse à la baleine.

 


 

On ressort de l’exposition, dont la visite très détaillée peut durer largement plus de deux heures, conquis par ces êtres souvent gigantesques, attachants, toujours étonnants mais aussi complètement pacifiques, même les orques ne méritant en aucune façon leur réputation de mangeurs d’hommes. Comme d’habitude, le MHN offre à ses visiteurs une exposition instructive, attrayante, bien faite et pédagogique, si possible à ne pas rater, et dont on peut voir un petit aperçu sur le site internet du Muséum (sans parler des très nombreux livres consacrés aux cétacés), si l’on ne peut aller la visiter.


http://baleines.etc.free.fr/livressurlesbaleines.htm

www.cetaces-et-voyages.com/bibliographie.html


Liste de liens et références bibliographiques sur les dauphins :

www.waterplanetusa.com/fr/links.htm


Mais aussi...

Cétacé Info





                          
 
Par Surya - Publié dans : Expositions
Lundi 5 janvier 2009 1 05 /01 /Jan /2009 13:10

Le site Internet d’Europeana, la toute nouvelle bibliothèque numérique de la Commission Européenne, a été inauguré le 20 novembre dernier… et, victime de son succès, a du fermer ses portes quelques minutes à peine après son lancement ! Le site a rouvert discrètement le 24 décembre 2008, en version de test.


« Victime de son succès », comme l'ont titré quelques articles de journaux consultables sur Internet. A peine ouvert, le site Internet d’
Europeana a provoqué un enthousiasme extraordinaire, au point qu’il a littéralement été pris d’assaut par les internautes, provoquant un blocage des serveurs et la fermeture de son accès. La moyenne de connexions s’est en effet située à vingt millions de clics à l’heure ! (chiffre : Courrier International) Un véritable triomphe.


Un site multilingue.

Europeana est accessible dans 25 langues présentes dans l’Union Européenne, dont le Catalan. La présence de l’anglais, de plus en plus parlé dans le monde au détriment de langues considérées comme plus secondaires (prenons l’exemple de la situation du français dans les pays traditionnellement francophones, anciennes colonies ou autres, où l’apprentissage et la pratique de la langue de Shakespeare remplace à vitesse variable selon les cas, pour des raisons économiques évidentes, l’apprentissage de la langue de Molière) mais aussi la présence de l’espagnol, permettront aux citoyens de pays extérieurs à l’Europe (Afrique anglophone, pays d’Asie...) de venir eux aussi s’informer et se cultiver sur ce site originellement conçu pour concurrencer le projet pharaonique de bibliothèque privée lancé par Google.

Un site Internet ne présentant pas de version en anglais ne pourrait de toute façon toucher qu’un public plus restreint. De plus en plus de sites Internet présentent maintenant, en plus de la seconde version obligatoire en anglais, une troisième, voire une quatrième version.
Une des grandes richesses d’Europeana, en plus de son extraordinaire contenu, réside dans la grande quantité de langues disponibles pour la consultation du site. La présence des 25 langues de l’Union montre que chaque langue européenne est considérée d’égale importance, ce qui est très positif. Europeana est donc de ce fait une sorte d’ambassadrice de l’Union Européenne culturelle sur la toile, la vitrine culturelle d’une Europe rassemblant des peuples très diversifiés mais ayant tous quelque chose en partage.

Ce choix de présenter le site dans toutes les langues de l’Union Européenne laisse également supposer que de nouvelles langues seront à l’avenir ajoutées si d’autres pays intègrent l’Union Européenne, comme par exemple le Turc si la Turquie est admise à l’avenir dans l’Union. Son patrimoine culturel sera alors intégré. Le Russe n'y est donc pas présent, et la Russie elle même, attachée à sa souveraineté, ne semble pas souhaiter intégrer l'Union.


Présenter le patrimoine de l’humanité.

On ne trouve pas que du texte sur Europeana, ce qui montre une évolution par rapport aux premières bibliothèques numériques que l’on considère désormais comme des prototypes (Gallica, par exemple), mais offrira également à terme, dans ses 6 millions de références, de la presse, des reproductions d’œuvres artistiques, de manuscrits, des photographies, des cartes, des films, de la musique… Une véritable mine d’informations !

Que le site ait été pris d’assaut dès sa mise en ligne est donc parfaitement compréhensible. Comment ne pas avoir envie de se précipiter sur un tel site Internet, qui offre déjà deux millions de documents à la consultation, et qui devrait d’ici 2010 rassembler dix millions de références ! (chiffre annoncé sur Wikipedia)

Ce que l’on peut donc considérer comme un site présentant et mettant à disposition une part importante du patrimoine culturel de l’humanité, car fédérant les collections de toutes les bibliothèques européennes, est donc de nouveau accessible. Mais si le savoir est librement mis à disposition, tout le monde pourra-t-il y avoir accès ? Cette question n'est bien sûr pas valable uniquement pour ce site, mais pour l'accès à Internet dans son ensemble.


Mise à disposition du savoir.

Que le site ait été pris d’assaut est également rassurant. On a en effet le sentiment que cette mise en ligne était effectivement attendue avec une réelle impatience. Ainsi, cet enthousiasme exceptionnel suscité par Europeana montre qu’Internet demeure toujours aux yeux de millions d’internautes le média tel qu’on le concevait à ses tout débuts, à savoir un lieu ouvert et convivial dans lequel se déroule une expérience passionnante de partage et de mise à disposition entièrement libre et gratuite des informations et des savoirs, c’est à dire un lieu où l’on va pour s’informer, se cultiver, apprendre, échanger et enrichir son esprit. On partage son savoir sans rien demander en retour, et on dispose du savoir librement mis à disposition par d’autres.

Cet Internet du libre partage des savoirs, malheureusement submergé de nos jours par l’Internet commercial, l’Internet de la consommation (sites de toute nature payants à la consultation ou sur abonnement, sites purement commerciaux d’achats en ligne, publicités intempestives qui surgissent sans prévenir et polluent nos écrans, sans parler des « dérives » venues s’incruster sur le web), cet Internet continuera donc d’exister et de se développer, parce que c’est en priorité à cela que le web doit servir.


Démocratiser réellement l’accès à la culture et aux savoirs.

Mais pour avoir accès à des sites libres et gratuits comme Europeana, encore faut-il pouvoir se connecter à Internet de façon illimitée et à petit prix, si ce n’est gratuitement.

Pour beaucoup de gens, vivant dans des régions reculées, dans des pays émergents, ou n’ayant pas les moyens de se déplacer pour avoir accès à la culture là où elle se trouve, Internet est un excellent moyen, sans doute le meilleur, pour réduire les inégalités devant l’accès à la connaissance, et donc contribuer à réduire les inégalités tout court. L’éducation a toujours été un facteur primordial de développement, l’un ne peut aller sans l’autre.

Pas toujours possible, donc, de se déplacer pour aller admirer sur place les richesses du Louvre, par exemple, ou du British Museum. Grâce à Internet, et donc à des sites comme Europeana, on peut voir un tableau qu’on n’aurait peut être jamais vu autrement, ou lire un livre introuvable là où on habite. Une utopie devenue, dans son principe, réalité.

Cependant, pour que cela ne reste pas pour des millions de gens une pure utopie, c’est-à-dire pour réduire les inégalités face à l’accès à la connaissance, il faudrait aider à développer Internet partout, et baisser de façon très significative les tarifs d’abonnement, (que ce soit pour les personnes à faibles revenus dans les pays développés, ou pour les personnes des pays émergeants), dont on se rend compte, si l’on réfléchit à la question, qu’ils sont franchement hors de prix.

C’en est à se demander si aujourd’hui, les tarifs de nos abonnements sont élevés non pas à cause du prix de la technologie, ce qui peut se comprendre lorsqu’il s’agit d’une nouveauté, mais sont volontairement et artificiellement gonflés parce qu’Internet est devenu un outil de consommation, et non plus seulement un outil éducatif.

Il faudrait au moins, pour compenser, avoir à disposition des connexions libres et illimitées dans les bibliothèques, surtout si leur entrée est payante.

Obtenir une connexion à Internet dans certaines bibliothèques donne l’impression de demander quelque chose de précieux et d’exceptionnel. Cela rappelle, dans une moindre mesure heureusement, ce qui se passait autrefois dans certains lieux où les ouvrages n’étaient pas en accès libre, mais relégués en sécurité dans la réserve. Je pense en écrivant cela à la bibliothèque de l’ancien Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie à Paris, où j’ai eu vaguement l’impression en m’y rendant un jour que le savoir était jalousement gardé et communiqué seulement si on avait une très bonne raison de vouloir y accéder. Pour obtenir un livre, il m’a fallu montrer patte blanche, remplir de façon très officielle une « fiche de communication d’ouvrage » et présenter ma carte d’identité ! Un cas extrême, évidemment, mais qui montre une certaine conception, totalement élitiste à mon avis, en tout cas révolue grâce au principe de la libre circulation des connaissances sur Internet, de l’accès à la culture.

De grandes bibliothèques d’accès payant comme la BNF à Paris proposent la consultation d’internet, dans le cadre de cessions d’une heure trente ouvertes par les bibliothécaires depuis leur bureau d’accueil. La consultation était autrefois illimitée dans cette bibliothèque, mais des restrictions ont été imposées plus tard. Plusieurs personnes auraient abusé de leur temps de connexion, ont expliqué les bibliothécaires. La réaction de la BNF est donc compréhensible, mais cette décision pénalise toutefois l'ensemble des usagers.

Les bibliothèques municipales, dont beaucoup sont sous équipées en matière informatique, offrent l’accès au wifi, mais encore faut-il posséder un ordinateur portable récent. Beaucoup de personnes à très faibles revenus ne peuvent s’en acheter un.

Une bibliothèque qui, de nos jours, n’offre pas de connexion libre, gratuite et illimitée à Internet ne joue tout simplement pas pleinement son rôle de mise à disposition du savoir. Pour accéder aux bibliothèques virtuelles comme Europeana, il faut par conséquent pouvoir accéder librement à Internet dans les bibliothèques « réelles ».

De même, si les sites comme Europeana sont théoriquement consultables dans le monde entier, que le monde entier ait donc la possibilité de se connecter pour les consulter. Cela sera fait, cela ne se fait pas suffisamment rapidement selon moi, cela demandera bien sûr des moyens énormes, mais ce n’est pas seulement une question de moyens, c’est aussi une question de volonté.

L’existence de sites comme Europeana, multilingues et au contenu d’une extraordinaire richesse, est une chose fantastique. Cependant, Internet, en temps qu’outil de partage des savoirs et outil éducatif, est devenu incontournable et indispensable, et l’accès à la culture et à la connaissance est également un droit fondamental, pour tous et partout. L’utopie n’est pas encore, de ce point en vue, devenue réalité.

 


 

                          

Par Surya - Publié dans : Bibliothèques et savoirs
Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /Jan /2009 16:00
The Grateful Dead. Anthem of the Sun. 1968.





Par Surya - Publié dans : Best of musique
Jeudi 1 janvier 2009 4 01 /01 /Jan /2009 21:04

Et revoici ma playlist Musiques d'Afrique.

Voici la playlist d'une passionnée de musiques Africaines. Difficile de faire un choix dans la richesse musicale de ce vaste continent, malheureusement impossible à connaître en totalité. J'ai donc pioché dans les titres de mes artistes préférés.


Cette playlist fait la part belle aux artistes d'Afrique de l'Ouest.


Avec :


Mory Kanté, Guinée Konakry. On reconnait à l'arrière du premier titre proposé, "Faden", la superbe voix de la chanteuse guinéenne  Djanka Diabaté (qui est sa cousine, je crois), surnommée "La Divine".

Mahotella Queens, le trio de stars de l'Afrique du Sud.

Salif Keita, Mali.

Amadou et Mariam, Mali.

Hadja Kouyaté, Griotte de Guinée Konakry. Musique plus traditionnelle.

Cheb Mami, Algérie. (Ca fait deux fois que j'essaye d'intégrer un morceau de Cheb Mami dans cette playlist, et à chaque fois ça marche une fois sur cinq. je vais essayer de trouver d'autres liens, sinon allez voir la vidéo de "Douha Alia" directement sur le site Youtube  ICI. )

Nahawa Doumbia, la grande chanteuse du Mali, née en Côte d'Ivoire.

Habib Koite et Bamada, Mali. Le titre que l'on entend ici est très influencé par la musique Touareg.

 

 

 



















Par Surya - Publié dans : Best of musique

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