La réforme a déjà fait l’objet d’une révision, et le gouvernement conservateur de David Cameron espérait au début
du mois de novembre que la nouvelle mouture serait acceptée par les syndicats qui, peu satisfaits par ce que le Premier Ministre nommait une « offre juste », ont
maintenu leur mot d’ordre de grève.
Le gouvernement britannique argue que la réforme des retraites s’impose dans la mesure où les gens ayant de nos
jours une espérance de vie allongée, il est normal que le nombre d’années de cotisations soit augmenté. Le coût des retraites des employés du secteur public, payées par les
impôts, ayant augmenté d’un tiers, a-t-il annoncé, il n’était pas possible de laisser ces coûts augmenter encore. Pour justifier sa réforme, le gouvernement britannique avance que
de toute façon les retraites du secteur public resteront supérieures à celle du secteur privé. Dans l’ensemble, côté conservateur, on pense également qu’il n’y a pas de raison que
ceux du secteur privé doivent continuer à subventionner par leurs impôts les retraites d’un secteur public déconnecté de la réalité économique.
Il semblerait que peu de gens au Royaume Uni contestent l’utilité d’une réforme en elle-même, car le désaccord
entre les syndicats et le gouvernement porte sur son contenu et non sur le principe même d’une réforme. Le leader syndical Brendan Barber (Secrétaire Général du Trade Union
Congress) précise en effet que ce n’est pas le changement en lui-même qui est contesté, mais le fait que cette réforme, avec ses augmentations importantes dans les cotisations,
est injuste et donne le sentiment qu’elle servira surtout à réduire le déficit à court terme.
Les syndicats ont jugé que les améliorations apportées à la réforme par le gouvernement étaient minimes, et
espéraient qu’il dépose une offre plus acceptable. « En l’état actuel des choses, le plan pour le 30 novembre est maintenu » a annoncé Barber au début du mois de
novembre. Il a plus tard renouvelé auprès du gouvernement sa demande de nouvelles propositions. Il précise que les fonctionnaires sont démoralisés, et sont motivés à faire
grève par un immense sentiment d’injustice. Finalement, il pense que le gouvernement conservateur va subir des conséquences au niveau politique si aucun terrain d’entente n’est
trouvé. Paul Kenny, un autre leader syndical, a fait remarquer que la grève était inévitable, et que c’était « très dommage ».
Côté Labour, on avance que les modifications de la réforme sont un pas dans la bonne direction, mais qu’il reste
beaucoup à faire.
Certains Britanniques sont donc partagés quant au bien fondé de la grève elle-même. Ceux qui sont pour font
remarquer qu’elle est justifiée parce qu’il n’est pas normal de devoir travailler plus longtemps en cotisant davantage pour au final recevoir une retraite réduite, et qu’on ne
peut avoir la même énergie au travail lorsqu’on est jeune ou que l’on est proche de la retraite. Des employés du secteur privé interrogés par la BBC ne comprennent pas, quant à
eux, ce qui motive ceux du secteur public, qui bénéficient de la garantie de l’emploi et sont certains d’obtenir au moins cinquante pour cent de leur salaire à la retraite, à
stopper le travail.
Cependant, un sondage de la BBC News révèle que 61% des Britanniques pensent que la grève des employés du secteur
public est justifiée. Les jeunes y seraient plus favorables que les personnes déjà retraitées.
Deux millions de personnes sont attendues dans la rue lors des manifestations de mercredi. Devant un pays
brusquement à l'arrêt et deux millions -au moins- de personnes dans les rues, quelle sera la réponse du gouvernement conservateur de David Cameron ?
(Ps : juste une précision, histoire de ne pas trop simplifier : le
gouvernement de David Cameron n'est pas totalement conservateur puisqu'il s'agit d'un gouvernement de coalition avec les Liberal Democrats. Celà dit, il y a tout de même 18
ministres conservateurs pour 5 LD)