Admettons que ce nuage survole la France. Et visiblement ce serait le cas la semaine prochaine, comme il a été
annoncé au journal de vingt heures de David Pujadas ce 17 mars. On se contente de nous annoncer que cela ne sert strictement à rien de prendre des pastilles d’iode maintenant, mais ça, on
l’avait bien compris (cela ne devrait pas empêcher, pensent certains, sans doute à raison, les autorités de les distribuer ou les vendre à titre préventif, mais on comprend fort bien que ne pas
le faire constitue un bon moyen d’empêcher les gens de les prendre à tord et à travers, sur le coup de l’émotion –cette émotion qui est la preuve, soit dit en passant, que tout le monde, au
plus profond de lui-même, est en réalité contre, totalement contre, et viscéralement contre le nucléaire.) de même qu’on nous annonce que le risque n’est pas grand ici, en cas de passage du
nuage radioactif sur la France, d’une exposition dangereuse pour la santé, et ça, on ne demande qu’à le croire, bien que tout cela nous rappelle étrangement le nuage de Tchernobyl s’arrêtant
aux portes de la France, attendant son visa de tourisme pour franchir la frontière… Quoi qu’il en soit, on ne nous explique absolument pas comment une distribution, si tant est qu’elle s’avère
nécessaire cette fois ci, ou si un jour, même lointain, elle devait s’avérer nécessaire, serait organisée et mise en œuvre. Nous vivons dans un pays
pas si grand que ça, mais abritant malgré tout plus de cinquante centrales nucléaires, ce qui est énorme, et on ne sait rien, strictement rien, des
mesures que notre gouvernement prendrait en cas de catastrophe nucléaire sur le sol français. On se doute qu’en cas de nécessité, les évacuations se feraient dans le plus grand calme, les
distributions de comprimés d’iode, ordonnées par le gouvernement, se feraient, bien entendu, de façon parfaitement organisée, en respectant les délais… Ce serait peut être le cas, mais le doute
persiste car si l’on ne nous tournait pas si régulièrement en bourriques, nous serions beaucoup plus enclins à faire confiance à nos gouvernants et à les croire.
Mais pourquoi s’inquiéter, de toute façon ? On sait que, bien entendu, les centrales nucléaires françaises ne
risquent absolument rien (bien que « le risque zéro n’existe pas » n’est-ce pas…) et surtout pas de connaître un jour le triste sort de celle de Fukushima, encore moins de celle de
Tchernobyl. Forcément, puisque nos centrales sont au dessus de celles du reste de l’humanité… Et elles le resteront, croyez le ou non, même si chaque année les fait vieillir un peu plus, et
même si nous les trouverons encore en activité dans dix, vingt, trente ou cinquante ans.
En ce qui concerne le drame de Fukushima, on entend sur une chaîne qu’il n’y a que peu de risques que le nuage de
Fukushima atteigne nos côtes, sur une autre que des particules seront certainement détectées dans le courant de la semaine prochaine, comme il a déjà été dis plus haut.
Jeudi 17 mars au soir, toujours, David Pujadas, présentateur de la
2ème chaîne nationale française, reçoit François Fillon à son journal télévisé. J’écoute attentivement les
déclarations de notre Premier Ministre concernant les essais que vont subir nos centrales nucléaires françaises, rassurée que le gouvernement ait entendu, ne serait-ce que partiellement, mais
c’est mieux que rien, les arguments des militants anti-nucléaires, et qu’il envisage par conséquent un audit sur « l’ensemble », oui, l’ensemble, j’ai bien entendu, des centrales de
l’hexagone, pour compléter les traditionnels contrôles… et là… je manque de m’évanouir tant le choc émotionnel est fort. Mon cœur se met à battre comme un fou, j’ai soudain du mal à respirer,
je suis oppressée, et la peur me retourne tellement l’estomac que je m’effondre en larmes. Je sais que je suis à fleur de peau en ce moment, car je n’ai jamais réussi à oublier la catastrophe
de Tchernobyl, dont les images, que j’aurais mieux fait de m’abstenir de regarder, m’ont complètement traumatisée, et que ces nouvelles images en provenance de Fukushima me replongent dans
cette atmosphère de cauchemar que nous croyions ne plus jamais revivre. Il y a également de grandes chances que, pour ces raisons de tension nerveuse, je n’ai pas bien compris ce dont il
s’agit. Mais ce que j’entends ce soir, annoncé sur un ton parfaitement calme et anodin, comme si tout cela était parfaitement normal, est ni plus ni moins qu’il s’agit d’un test de résistance à
la pire des situations, un test qui va mettre nos centrales dans la même situation qu’à connue celle de Fukushima ! Ca me semble franchement risqué ! Et si l’une, ou l’autre, de nos
centrales, ne résistait pas à ce test et partait en vrille ? Bien que je sente déjà mon cœur commencer à battre plus fort, je continue à écouter, et là mon souffle se coupe
complètement et mon cerveau s’emballe, car j’entends « système de secours »… « coupure électrique »… et je crois comprendre qu’on va soumettre les centrales à une coupure
électrique afin de voir comment répond et se comporte le système de secours. Et c’est là que je panique totalement et manque de m’évanouir, et pas au sens figuré, car si je ne suis pas sûre
d’avoir bien compris qu’il s’agit bien de couper l’alimentation électrique pour tester les systèmes de secours, je suis sûre d’une chose : c’est suite à un test de ce
genre que le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl a explosé !!
Cette expérience, ai-je lu,
« prévue sur le réacteur no 4, pour
tester l'alimentation électrique de secours qui permet au réacteur de fonctionner en toute sécurité pendant une panne de courant. », effectuée par les Soviétiques en avril 1986, a mal tourné, ce qui évidemment n’entrait pas dans le cadre du protocole
officiel, et a provoqué la perte totale du contrôle de ce réacteur, avec les conséquences apocalyptiques que l’on sait…
Je force alors mon esprit à se calmer, je me raisonne, je parviens à me ressaisir, mais c’est difficile après avoir
entendu des informations si peu détaillées, si peu explicitées et que j’ai inévitablement recoupées avec ce que j’ai lu, et je finis tout de même par me dire que si la procédure de test
effectuée sur nos centrales est bien la même (dans son principe général) que celle effectuée à Tchernobyl, il est évident que cela ne sera pas effectué dans les mêmes conditions, ni avec la
même désinvolture qui fut celle des Soviétiques, qui ont commis des erreurs grossières et monumentales lors de ce test, et que de toute façon nos centrales, et c’est un fait, ne sont pas
construites sur le même modèle que celle de Tchernobyl. Nos centrales sont stables, et je ne pense vraiment pas qu’il s’agisse là d’un mensonge, elles n’ont pas été conçues à la va-vite ni
construites tout aussi à la va-vite, sans respect de véritables mesures de sécurité, comme le fut la centrale de Tchernobyl, la légendaire centrale « Vladimir Ilitch Lénine » qui
faisait la fierté du régime soviétique, la centrale modèle dont la notoriété se devait déjà de « rayonner » au-delà des frontières de l’Empire.
Et pourtant, malheureusement, la peur est là, maintenant. J’angoisse désormais au sujet de la réalisation de ces
tests, que j’avais accueillis avec soulagement. Je me dis que l’erreur a toujours été humaine, et que si ces tests ne sont pas effectués dans le cadre d’une sécurité absolue, l’un de nos
joujous atomiques ne risque-t-il pas, lui aussi, de s’emballer et se mettre à danser la gigue ? J’aurais préféré que Monsieur Fillon explique mieux ce dont il va s’agir exactement, ou
alors qu’il ne dise rien, carrément.
Parce que j’en viens à me dire, moi qui défends farouchement la pluralité et la liberté d’information, et donc la
transparence totale, qu’il n’est finalement pas si mal que cela quand nos gouvernants nous mentent par omission. Je me surprends à penser que les nouvelles rassurantes, même si on doute de leur
authenticité, ça a parfois du bon ! Ou sans pour autant nous mentir, qu’ils s’abstiennent de donner des informations inutiles dans le sens où elles ne peuvent que nous embrouiller l’esprit
si elles sont partielles, ou nous paniquer si nous les recoupons avec d’autres trouvées par le biais de nos recherches personnelles.
Car s’il est bien de pouvoir avoir librement accès à l’information, ce qui est un gage et le signe d’une démocratie,
il est vrai aussi qu’avec ces flots d’informations désormais à notre portée, parfois des informations anarchiques ou à la limite de la fiabilité d’ailleurs, que l’on trouve surtout sur internet
qui contient tout ce qu’on cherche et plus encore, comme une sorte de gigantesque buffet à volonté, avec cette liberté et cette possibilité de se documenter à tous les râteliers, quitte à ne
plus rien comprendre à ce que l’on lit, je finis par me demander si nous ne risquons pas de devenir, sur certains sujets sensibles comme celui là, des hypocondriaques de l’actualité, recoupant
des informations qui n’ont pas lieu de l’être, voyant des « maladies » là où il n’y en a pas, angoissant en permanence pour rien. J’en viens même à regretter d’avoir allumé la
télévision pour écouter le journal. Ou d’avoir lu l’article de Wikipedia sur les causes de la catastrophe de Tchernobyl. Au choix. Dans un cas comme dans l’autre, cela m’aurait évité une belle
crise de panique préjudiciable au bon fonctionnement de mon cœur.
Quoi qu’il en soit, j’espère vraiment entendre de plus amples informations, dans les jours qui viennent, au sujet de
ces tests auxquels nos centrales nucléaires vont être soumises. Et en règle générale, merci de donner plus d’informations, claires, précises et détaillées, ou pas d’information du tout, s’il
vous plait ! C’est l’un ou l’autre, mais ce « un peu mais pas trop » ne peut que semer le doute et la méfiance dans les esprits.
En tout cas, je vais désormais laisser librement se réveiller ces convictions anti-nucléaires qui dormaient (plus ou
moins) en moi, qui dorment en fait en chacun de nous mais font périodiquement remonter à la surface l’angoisse devant le risque qu’un nuage radioactif traverse notre pays ou qu’une catastrophe
majeure s’abatte sur nous, et me laisser devenir une partisane de la nécessité absolue de sortir du nucléaire et de passer à des énergies renouvelables au plus vite, même si ce « plus
vite » doit prendre vingt ans.
Moins nous consommerons d’électricité, plus nous l’économiserons, moins nous solliciterons nos centrales nucléaires,
et plus vite nous pourrons décrocher cette épouvantable épée de Damoclès qui se balance lentement et sournoisement, au gré des vents, au dessus de nos têtes. Et quand les centrales nucléaires
auront toutes été définitivement arrêtées, l’angoisse qui nous tenaille sera démantelée avec elles.
« Il faut trouver
de nouvelles sources d’énergie. […] Tchernobyl nous a montré la véritable nature de l’énergie nucléaire entre les mains de l’homme. » Mikhaïl Gorbatchev.
2006.